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YOGA  VASISTHA

L' ATTITUDE  DU  CHERCHEUR



Que règne la paix et l'amour parmi tous les êtres de l'univers. OM Shanti, Shanti, Shanti.



ISVAMITRA   dit :


Ô Rama, tu es assurément le plus sage parmi les sages et tu n'as vraiment plus rien à apprendre. Toutefois, ton savoir a besoin d'être affermi, de même que la connaissance du soi que possédait Shuka dut être affermie par Janaka avant que Shuka pût trouver la paix qui passe l'entendement.

RAMA lui demanda alors :

Bienheureux, je t'en supplie ! Explique-moi comment il se fait que Shuka ne trouvait pas la paix malgré l'étendue de son savoir et comment il finit par y goûter.

VISHVAMITRA lui répondit :

Ecoute, Ô Rama, n'aie crainte ! Je vais te conter l'histoire édifiante de Shuka, sage dès la naissance, fils de Vedavyasa, à présent assis à côté de ton père. Exactement comme toi, Shuka parvint à la vérité touchant à l'existence après avoir longuement médité sur l'évanescence de ce monde. Toutefois, comme il avait acquis cette connaissance par lui-même, il ne pouvait être catégorique et se dire qu'il s'agissait de la Vérité. Il était bien sûr arrivé à l'état d'extrême et suprême détachement.

Un beau jour, ce Shuka vint demander à son père Vedavyasa : "Sire, comment la création d'un monde aussi divers a-t-elle vu le jour ; et comment finira-t-elle ?" Vedavyasa lui fit une réponse particulièrement détaillée, mais Shuka se dit : "Je savais déjà tout ça. Qu'y a-t-il de neuf là-dedans ?" Nullement impressionné, il resta sur sa faim. Vedavyasa le sentit, et dit donc à Shuka : "Mon fils, c'est tout ce que je sais, mais il existe sur terre un sage, le roi Janaka, qui en sait davantage. Veux-tu aller le trouver ?"



Shuka se rendit aussitôt au palais de Janaka. Informé par ses gardes de l'arrivée du jeune homme, Janaka fit comme si de rien n'était, et le jeune Shuka attendit patiemment une semaine à l'extérieur. Au bout de huit jours, Janaka fit entrer Shuka à l'intérieur du palais et lui envoya des danseuses et des musiciens, ce qui laissa Shuka de marbre. Après cet accueil, on fit venir Shuka auprès du roi et celui-ci lui dit : "Tu connais la Vérité. Que puis-je te dire d'autre ?" Shuka lui posa la question qu'il avait déjà posée à son père et, à son tour, Janaka lui fit la même réponse. Shuka fit alors : "Je sais déjà cela. Mon père me l'a dit, les Écritures affirment la même chose et, maintenant, tu proclames la Vérité, à savoir que cette diversité est imputable aux modifications mentales et qu'elle prendra fin quand celles-ci cesseront." Ainsi, une fois que sa connaissance du soi fut confirmée, Shuka accéda à la paix et demeura en nirvikalpa samadhi.

VISHVAMITRA s'adressa à l'assemblée des sages :

Comme Shuka, Rama a lui aussi acquis la plus haute sagesse. Le signe le plus manifeste qu'un homme a effectivement accès au plus haut degré de la sagesse est qu'il n'éprouve aucun attrait pour les plaisirs du monde car, chez lui, même les penchants les plus infimes ont disparu. Quand ces penchants sont forts, il y a servitude. Une fois qu'ils ont cessé, advient la libération. Le sage véritablement libéré est celui qui, par tempérament, n'est plus le jouet du plaisir des sens, et n'est plus mû par le désir de célébrité, ou tout autre motif. Et je prie le sage Vasistha d'instruire Rama afin qu'il soit établi dans sa sagesse et que, nous aussi, nous soyons inspirés. Cet enseignement deviendra sans nul doute la plus haute sagesse, la meilleure de toutes les saintes Écritures – car il est communiqué par un sage éveillé à l'étudiant détaché du monde des sens et qualifié pour l'entendre.

VASISTHA prit la parole :

Je vais certainement accéder à vos souhaits et maintenant transmettre à Rama la sagesse qui m'a été révélée par le créateur Brahma en personne.

RAMA intervint :

Grand saint, peux-tu avoir l'obligeance de me dire d'abord pourquoi Vedavyasa n'était pas considéré comme délivré alors que son fils Shuka, lui, l'était ?

VASISTHA répondit :

Ô Rama, on ne sait combien d'univers ont déjà vu le jour avant d'être dissous. En fait, on ne peut même pas se faire une idée des innombrables univers qui existent en ce moment. Tout cela peut être immédiatement conçu dans notre propre cœur, car ces univers sont les créations des désirs qui naissent dans le cœur ainsi que des châteaux en Espagne. L'être humain fait apparaître ce monde dans son cœur comme par enchantement et, pendant qu'il est vivant, il renforce cette illusion. À sa mort, il fait apparaître l'au-delà et en fait l'expérience – c'est ainsi que naissent des mondes à l'intérieur de mondes, tout comme les couches se superposent dans une tige de plantain. Pas plus le monde de la matière que les modes de création ne sont vraiment réels. Les vivants et les morts ont pourtant le sentiment de l'être. Ils sont bel et bien convaincus qu'ils possèdent une réalité. L'ignorance de cette vérité perpétue les apparences trompeuses.

Ô Rama, dans cet océan cosmique de l'existence naissent des êtres ici et là qui sont égaux à d'autres, et d'autres qui leur sont différents. Ce Vedavyasa est le trente-troisième dans le flux de création. Ainsi que d'autres sages, il s'incarnera et se désincarnera à maintes reprises. Lors de certaines de ces incarnations ils seront sur un plan d'égalité avec d'autres et, dans d'autres, sur un plan d'inégalité. Dans cette incarnation, Vedavyasa est assurément un sage libéré. Ces sages délivrés s'incarnent également d'innombrables fois et, à l'occasion de ces existences, ils entretiennent des rapports avec les autres. Ils sont quelquefois leurs égaux, mais il leur arrive aussi de ne pas posséder le même niveau de savoir, de se comporter différemment, etc.

VASISTHA poursuivit :

Ô Rama, de même qu'avec ou sans vagues l'eau demeure de l'eau, quels que soient les dehors du sage libéré, sa sagesse demeure inchangée. Il n'y a de différence qu'aux yeux de l'observateur ignorant.

Par conséquent, Ô Rama, écoute ce que je vais te dire. Cet enseignement dissipera, à coup sûr, les ténèbres de l'ignorance. Tout ce qui est acquis en ce monde ne l'est qu'au prix d'efforts pour connaître le soi. Lorsque advient un échec, on s'aperçoit qu'on a relâché ses efforts. Cela est évident, mais ce qui porte le nom de destin est imaginaire. Nul ne peut le voir.

Rama, l'effort intérieur est cet acte mental, verbal et physique, conforme aux instructions d'une sainte personne versée dans les Écritures. Ce n'est qu'au prix d'efforts de cette nature qu'Indra est devenu roi du firmament, que Brahma est devenu le créateur, et que les autres dieux ont obtenu la situation qui est la leur.

Les efforts pour connaître le soi sont de deux sortes : ceux des naissances passées, et ceux de cette existence-ci. Ces derniers neutralisent efficacement les premiers. Le destin n'est que le fruit des efforts d'une incarnation passée. Au cours de l'incarnation actuelle, ces deux types d'efforts sont en conflit perpétuel ; et ce sont les plus forts qui triomphent.

Les efforts non conformes aux Écritures sont motivés par l'illusion. Quand se dresse un empêchement à l'aboutissement des efforts, il convient d'examiner l'obstacle en question pour voir s'il est imputable à une action dictée par l'erreur et, si tel est le cas, il faut y remédier sur-le-champ. Il n'est pas plus grande puissance qu'une action juste accomplie dans le présent. Il faut donc avoir recours au travail sur soi, serrer les dents, vaincre le mal par le bien et le destin par les efforts présents. Le paresseux est pire qu'un âne. Il ne faudrait jamais céder à la paresse, mais s'efforcer d'atteindre la libération en constatant que la vie s'enfuit à chaque instant. Il ne faudrait pas se vautrer dans la bauge des plaisirs des sens ainsi qu'un ver se délecte à se tortiller dans le pus.

Qui dit "Le destin me pousse à agir ainsi" est stupide, et la déesse de la fortune l'abandonne. Acquiers donc la sagesse grâce à ton travail, puis prends conscience que tes efforts se parachèvent dans la réalisation directe de la Vérité.

Sans cette épouvantable source démoniaque qu'est la paresse, qui serait pauvre ou illettré sur terre ? C'est à cause de la paresse qui sévit sur terre que les gens mènent des vies d'animaux, qu'ils sont malheureux et connaissent la misère.

VALMIKI dit :

L'heure des prières du soir était venue et l'assemblée se dispersa.

Le lendemain, VASISTHA prit le premier la parole :

Le fruit dépend des efforts consentis, Ô Rama. Tel est le sens du travail sur soi. On lui donne aussi le nom de destin [volonté divine]. Sous le coup de la souffrance, les gens s'écrient "Hélas, quelle tragédie !" ou bien "Hélas, regardez mon destin !", exclamations synonymes. Ce qu'on appelle destin, ou volonté divine, n'est autre que le résultat des actions ou des efforts passés. Le présent est infiniment plus puissant que le passé. Ceux qui se satisfont des fruits de leurs efforts passés [en qui ils voient la volonté divine] et cessent de faire des efforts maintenant sont vraiment des insensés.

Si l'on constate que les efforts actuels sont parfois contrariés par le destin [ou la volonté divine], on devrait comprendre que les efforts présents sont insuffisants. Un homme faible et obtus voit la main de la providence quand il est confronté à un adversaire fort et puissant, et il perd la partie.

Il arrive qu'on obtienne une grande victoire sans effort. Par exemple, conformément à une ancienne coutume, l'éléphant d'apparat choisit un mendiant pour diriger un pays dont le souverain est mort subitement sans laisser d'héritier. Il ne s'agit certainement pas d'un accident ou d'une intervention divine, mais du fruit des efforts accomplis par le mendiant au cours de l'existence précédente.

Il arrive aussi que le travail d'un paysan soit réduit à néant par une averse de grêle. Cela signifie évidemment que la force des grêlons a été plus grande que les efforts du paysan, et que celui-ci devrait désormais déployer de plus grands efforts. Il ne devrait pas pleurer la perte inévitable. Si pareille peine est justifiée, pourquoi ne devrait-il pas se lamenter tous les jours sur le caractère inéluctable de la mort ? Le sage devrait bien sûr savoir ce qu'il est possible d'acquérir par un travail sur soi, et ce qu'il ne l'est pas. Toutefois, c'est de l'ignorance que d'attribuer tout cela à un agent extérieur et d'affirmer que "Dieu m'envoie au ciel ou en enfer," ou qu'"un agent extérieur me pousse à faire ceci ou cela." Il convient de fuir des gens aussi ignorants.

Il faut se dégager des goûts et des dégoûts, s'engager à faire de justes efforts et à atteindre la Vérité suprême, sachant pertinemment que seul compte le travail sur soi et que celui-ci n'est qu'une autre appellation de la volonté divine. Nous n'avons que mépris pour le fataliste. Le travail sur soi digne de ce nom naît d'une compréhension juste, laquelle se manifeste dans le cœur de celui qui s'est ouvert à l'enseignement des Écritures et ont étudié le comportement des saints.

VASISTHA poursuivit :

Le corps libéré de la maladie et l'esprit délivré de l'affliction, il faudrait poursuivre la connaissance du soi afin de ne pas renaître. Ce travail possède une triple racine, et porte donc trois sortes de fruits : un éveil intérieur de l'intelligence, une vivacité de l'esprit, et l'action physique.

Le travail sur soi s'appuie sur les trois fondements suivants : la connaissance des Écritures, les enseignements de l'instructeur et les efforts de l'intéressé. Ici, le destin [ou dispensation divine] n'entre pas en ligne de compte. En conséquence, celui qui désire le salut devrait orienter l'esprit impur sur la voie des entreprises pures au moyen d'efforts constants – ce qui constitue l'essence même de toutes les saintes Écritures.

Les saints insistent sur le point suivant : ne jamais quitter le chemin qui mène au bien éternel. Le chercheur qui est sage le sait bien : le fruit de mon travail sera proportionné à l'intensité de mes efforts, et pas plus le destin qu'un quelconque dieu ne peut décréter qu'il en soit autrement. Au vrai, ses efforts sont seuls responsables de ce que l'homme obtient ici-bas. Lorsqu'il sombre dans le malheur, certains, pour le consoler, en imputent la faute à son destin. C'est pourtant évident : pour aller à l'étranger, on voyage et, pour se rassasier, on mange – le destin n'a rien à voir dans l'affaire. Nul n'a jamais vu ce fameux destin, mais tout le monde a constaté qu'une action [bonne ou mauvaise] produit un résultat [bon ou mauvais]. Nous devrions donc dès l'enfance nous efforcer de favoriser notre véritable bien [notre salut] par l'étude ardente et réfléchie des Écritures, la fréquentation des saints, et le travail sur soi conforme au devoir.

Le destin, ou dispensation divine, est une simple convention qui, à force d'être déclarée véritable, a fini par être prise pour la vérité. Si ce dieu ou ce destin est vraiment l'ordonnateur de toute chose en ce monde, à quoi bon agir [même se baigner, parler à quelqu'un ou donner quelque chose] et instruire qui que ce soit ? Non. Hormis les cadavres, tout en ce monde est actif, et cette activité produit son juste résultat. Nul n'a jamais prouvé l'existence d'un destin ou d'une dispensation divine. Afin d'assouvir leurs appétits égoïstes, les gens emploient des expressions comme "Le destin ou la dispensation divine me pousse à faire ça," mais il n'en est rien. Par exemple, si un astrologue prédit qu'un jeune homme deviendra un grand savant, ce jeune homme va-t-il devenir savant sans étudier ? Non. Alors, pourquoi croire à une dispensation divine ? Rama, Vishvamitra le sage que tu vois ici, est devenu Brahmarishi au prix de ses efforts. Tous autant que nous sommes, nous ne devons la connaissance du soi qu'à nous-mêmes. Renonce donc au fatalisme et mets-toi au travail.

[le mot utilisé pour destin est "daivaim" qui signifie également "dieu"]

RAMA demanda :

Seigneur, tu es assurément le détenteur de la Vérité. Explique-moi, s'il te plaît, ce que les gens entendent par dieu, destin ou daivam.

VASISTHA répondit :

Les gens appellent destin, ou daivam, le fruit des efforts, c'est-à-dire les bons et mauvais résultats des actions passées. Les gens attribuent aussi au destin, ou daivam, la nature, bonne ou mauvaise, de tels résultats. Quand vous voyez que "telle graine donne telle plante", le phénomène est attribué à une intervention de ce daivam. Mais je pense que le destin n'est autre que la conséquence de nos propres actions.

Nombre de tendances latentes habitent le mental de l'homme, tendances qui entraînent divers types d'actions – physiques, verbales et mentales. Il est certain que nos actes sont absolument conformes à ces tendances. Il ne peut en être autrement. C'est ainsi que les choses fonctionnent. L'action n'est autre que les plus puissantes des tendances latentes, lesquelles ne différent en rien du mental. Il est impossible de déterminer avec précision si des catégories telles que mental, tendances latentes, actions, et destin [daivam] sont réelles ou irréelles. C'est la raison pour laquelle les sages en ont parlé de façon symbolique.

RAMA posa une nouvelle question :

Grand saint, si les tendances latentes rapportées de la naissance précédente me poussent à agir dans cette vie-ci, où est la liberté d'action ?

VASISTHA répondit :

Rama, les tendances issues des incarnations passées sont de deux sortes – des tendances pures et des tendances impures. Les tendances pures te poussent vers la libération et les tendances impures sont fautrices de troubles. Au vrai, tu es la conscience même, et pas de la matière physique inerte. Tu n'es poussé à l'action par rien d'autre que toi-même. Tu es donc libre de renforcer les tendances latentes pures au détriment des tendances impures. Les tendances impures doivent être abandonnées progressivement. Le mental doit s'en détourner peu à peu, afin d'éviter des réactions violentes. En encourageant les bonnes tendances à se manifester souvent, renforce-les. Celles qui sont impures s'affaibliront de ne jamais servir. Grâce aux bonnes actions, tu seras bientôt tout à l'expression des seules tendances qui sont bonnes. Quand tu seras ainsi venu à bout des mauvaises tendances, il te ensuite faudra même abandonner les bonnes. Tu feras alors l'expérience de la Vérité suprême, grâce à l'intelligence que génèrent les bonnes tendances.

VASISHTA poursuivit :

L'ordre cosmique que les gens appellent destin, daivaim ou niyati, et qui garantit que tout effort est couronné d'une juste réalisation est fondé sur une omniscience omniprésente et omnipotente [connue sous le nom de Brahman]. Veille donc à ne pas laisser les sens et le mental s'extérioriser et, l'esprit bien orienté, écoute calmement ce que je vais te dire.

Ce récit a pour sujet la libération. En l'écoutant en compagnie d'autres sages chercheurs rassemblés ici, tu réaliseras cet être suprême étranger à la douleur et à la destruction. Ô Rama, l'omniscience omniprésente, ou l'être cosmique, brille éternellement en tout être. Exactement comme une vague apparaît à la surface de l'océan qui s'agite, une vibration se manifeste dans cet être cosmique et le seigneur Vishnou voit le jour. De ce Vishnou est issu Brahma, le créateur. Brahma a commencé à créer les innombrables espèces de créatures de l'univers, animées et inanimées, capables de sentir et privées de sensations. Et l'univers se trouve dans l'état qui était le sien avant la dissolution cosmique.

Le Créateur vit que tous les êtres vivants de l'univers étaient sujets à la maladie, à la mort, à la peine et à la souffrance. La compassion emplit son cœur et il chercha à établir un chemin susceptible de permettre aux créatures de s'éloigner de toute cette misère. Sur ce il institua de nobles vertus [comme l'austérité, la charité, l'amour de la vérité et la rectitude de conduite], ainsi que des centres de pèlerinage. Mais c'était insuffisant. Ces choses n'accordaient qu'un soulagement temporaire et non point un affranchissement définitif du joug de l'affliction.

Réfléchissant à cette question, le Créateur me donna naissance. Il m'attira à lui et couvrit mon cœur du voile de l'ignorance. Je perdis aussitôt le souvenir de mon identité et de ma nature essentielle. J'étais très malheureux. J'implorai Brahma le créateur, mon père, de me montrer comment sortir de cette souffrance. Plongé au fond de mon tourment, je n'avais pas de volonté, et me trouvais incapable de faire quoi que ce soit ; je demeurais paresseux et inactif.

En réponse à ma prière, mon père me révéla la vraie connaissance qui dissipe instantanément le voile de l'ignorance dont il m'avait lui-même couvert. Alors le Créateur me dit : "Mon fils, j'ai voilé la connaissance, puis te l'ai révélée, afin que tu puisses connaître sa gloire ; car c'est seulement maintenant que tu seras à même de comprendre la dure peine des créatures ignorantes et de les aider. Ô Rama, équipé de cette connaissance, je suis ici et je continuerai à être ici jusqu'à la fin de la création."

VASISTHA poursuivit :

Semblablement, à toutes les époques, par sa volonté, le Créateur donne l'existence à plusieurs sages, dont moi-même, pour l'éveil spirituel de tous. Et pour que le côté séculier ne soit pas en reste, Brahma crée aussi sur terre des rois qui gouvernent avec équité et sagesse. Toutefois, ces souverains sont bientôt corrompus par l'amour du pouvoir et par les plaisirs. Des conflits d'intérêts les poussent à se combattre et ces conflits, à leur tour, génèrent des remords. Afin de mettre un terme à l'ignorance de ces chefs d'états, les sages leur transmettaient la sagesse. Au temps jadis, Ô Rama, les rois recevaient cette sagesse et la chérissaient ; c'est ce qui lui valut son nom de Raja Vidya, Science Royale.

Née de la pure discrimination, la plus haute forme de détachement a vu le jour dans ton cœur, Ô Rama, et elle dépasse le détachement dû à des circonstances particulières ou à un profond dégoût. Il faut certainement attribuer un tel détachement à la grâce de Dieu. Cette grâce accompagne la discrimination arrivée à maturité, à l'instant précis où le détachement est généré dans le cœur.

Tant que la plus haute sagesse ne point pas dans le cœur, la personne est assujettie à cette roue de la naissance et de la mort. Je t'en prie, écoute bien l'exposé que je vais te faire de cette sagesse, en concentrant ton esprit.

Cette sagesse détruit la forêt de l'ignorance. Errer dans cette forêt entraîne la confusion et des tourments apparemment sans fin. Il convient donc de rechercher un instructeur éclairé et, ayant adopté l'attitude juste, de lui poser la bonne question et d'obtenir de lui l'enseignement. Celui-ci devient alors partie intégrante de soi-même. L'insensé pose des questions stupides avec irrévérence ; et plus bête encore est celui qui méprise les paroles du sage. Mais l'homme qui répond aux vaines questions d'un insensé n'a sûrement rien d'un sage.

Ô Rama, tu es assurément le meilleur des chercheurs, car tu as réfléchi à la Vérité comme il convient, et tu es inspiré par la meilleure forme de détachement. Je suis convaincu que ce que je vais te dire trouvera une ferme assise dans ton cœur. Au vrai, c'est dans son cœur qu'il faut faire tout son possible pour installer la sagesse sur un trône car le mental est aussi instable qu'un singe. Et, alors, il faudrait fuir la compagnie des gens qui n'ont que faire de la sagesse.

Rama, quatre gardiens défendent l'entrée de moksha, le Royaume de la Liberté : la maîtrise de soi, l'esprit d'investigation, le contentement, et la bonne compagnie. Le chercheur épris de sagesse devrait assidûment cultiver l'amitié de ces quatre gardiens, ou au moins de l'un d'entre eux.

VASISTHA poursuivit :

Le cœur pur et l'esprit réceptif, dégagé du voile du doute et de l'agitation du mental, Ô Rama, écoute cet exposé sur la nature de la libération et les moyens d'y parvenir. Car les terribles tourments de la naissance et de la mort ne prendront fin qu'une fois réalisé l'être suprême. Si ce serpent mortel de la vie ignorante n'est pas terrassé ici et maintenant, il entraîne d'interminables souffrances non seulement pendant cette vie-ci, mais au cours d'innombrables existences à venir. On ne peut ignorer cette souffrance, mais il faudrait la vaincre au moyen de la sagesse que je vais te transmettre.

Ô Rama, si tu viens ainsi à bout de ce tourment de l'histoire qui se répète [samsara], tu vivras ici même sur terre tel un dieu, comme Brahma ou Vishnou ! Car, une fois l'illusion dissipée et la Vérité atteinte au moyen de l'investigation sur la nature du soi, lorsque l'esprit est en paix et que le cœur accède d'un coup à la Vérité suprême, quand sont retombées toutes les vagues des pensées au sein de l'activité mentale, que s'établit un incessant courant de paix et que le cœur se voit comblé du bonheur suprême de l'absolu, quand la Vérité a été ainsi perçue dans le cœur, alors ce monde même devient une demeure de félicité.

Un être parvenu à ce stade n'a rien à acquérir et rien à fuir. Il n'est pas souillé par les imperfections de la vie. Le malheur de la vie ne le touche pas. Il n'apparaît pas et ne s'en va pas non plus, même s'il donne l'impression d'arriver et de repartir aux yeux de ceux qui le voient. Même les devoirs religieux s'avèrent pour lui inutiles. Il n'est pas affecté par les tendances passées qui ont perdu leur force. Son esprit a renoncé à l'agitation et il repose dans la félicité qu'est sa nature essentielle. Une telle béatitude n'est possible que grâce à la connaissance de Soi. Aucun autre moyen ne permet d'y goûter. Voilà pourquoi il faut constamment s'appliquer à la connaissance de Soi. C'est le seul devoir qui nous incombe.

Qui néglige les textes sacrés et les saints ne parvient pas à la connaissance de Soi. Pareille bêtise est plus nocive que tous les maux qui assaillent ce monde. C'est donc avec ferveur qu'il convient d'écouter ce texte sacré qui aboutit à la connaissance de Soi. Qui se procure ce livre sacré ne retombe pas dans le puits obscur de l'ignorance. Ô Rama, si tu veux te délivrer des tourments du samsara [l'histoire qui se répète], accueille l'enseignement salutaire de sages comme moi, et sois libre.

VASISTHA poursuivit :

Afin de franchir ce formidable océan du samsara [l'histoire répétitive], on devrait recourir à ce qui est éternel et immuable. Ô Rama, le meilleur de tous les hommes est seulement dont l'esprit est établi dans l'éternel et possède donc une parfaite maîtrise de soi et baigne dans la paix. Il voit que plaisir et douleur se pourchassent sans répit et que la maîtrise de soi et la quiétude font partie de la sagesse. Qui ne s'en aperçoit pas dort dans une maison qui est la proie des flammes.

Qui acquiert la sagesse de l'éternel ici-bas se voit libéré du samsara, et ne renaît plus dans l'ignorance. On peut douter de l'existence d'une Vérité aussi immuable ! Si tel est le cas, ça n'empêche quand même pas de s'interroger sur la nature de la vie, car la quête de l'éternel adoucira la souffrance due aux changements de l'existence. Mais, si l'homme découvre que cette Vérité existe, en la connaissant il est libéré.

L'éternel ne s'obtient pas plus par les sacrements ou les rituels que par les pèlerinages ou la richesse. On n'y parvient qu'en conquérant le mental, en cultivant la sagesse. Qu'ils marchent, qu'ils soient victimes d'une chute ou restent assis, tous sans exception – dieux, démons, demi-dieux ou humains – devraient donc constamment rechercher la conquête du mental et la maîtrise de soi qui sont les fruits de la sagesse.

Une fois apaisé – pur, tranquille, libre de l'illusion ou de l'hallucination et dégagé des désirs – le mental n'aspire plus à rien ni ne rejette rien non plus. C'est la maîtrise de soi ou la conquête du mental, l'un des quatre gardiens mentionnés plus haut qui veillent sur le chemin de la libération.

Tout ce qui est bon et propice découle de la maîtrise de soi. Celle-ci dissipe tout mal. Nul plaisir, en ce monde ou au ciel, ne peut se comparer à la délectation de la maîtrise de soi. La grande joie que l'on goûte en présence de qui possède la maîtrise de soi est unique en son genre. Tout le monde accorde spontanément sa confiance à un tel être. Personne ne le déteste [pas même les diables et les démons].

La maîtrise de soi, Ô Rama, est le meilleur remède à toutes les maladies physiques et mentales. Quand il y a impassibilité, la nourriture a meilleur goût. Qui a revêtu l'armure du sang-froid n'est plus le jouet de la souffrance.

Est vraiment maître de soi-même celui qui, entendant, touchant, voyant, sentant et goûtant ce qui est jugé agréable ou désagréable ne s'en trouve ni transporté de joie ni le moins du monde attristé. Est maître de soi-même celui qui a soumis les sensations de plaisir et de douleur et porte sur tous les êtres un regard égal. Est maître de soi-même celui qui vit parmi les hommes sans être affecté par aucun, qui n'éprouve ni joie ni haine – ainsi qu'il en est pendant le sommeil.

VASISTHA poursuivit :

L'investigation [deuxième gardien sur la voie de la libération] devrait être entreprise par une intelligence purifiée d'avoir approfondi les saintes Écritures. Il ne faudrait jamais l'interrompre. Cette investigation aiguise l'intelligence qui devient capable de réaliser le Suprême. Voilà pourquoi l'investigation est le seul remède parfaitement adapté à l'éradication de la longue maladie connue sous le nom de samsara.

Le sage considère la force, l'intellect, l'efficacité et l'action opportune comme les fruits de l'investigation. Le fait est que royaume, prospérité, jouissance de la vie et libération définitive sont tous fruits de l'investigation. L'esprit de l'investigation protège l'homme des calamités qui affligent l'insensé dénué de réflexion. Quand l'esprit s'est émoussé du fait de l'absence d'investigation, même les rafraîchissants rayons de la lune se muent en armes mortelles, et l'imagination enfantine projette un démon dans chaque coin d'obscurité. Cela explique que l'insensé qui ne s'interroge pas sur son être essentiel soit vraiment un puits de souffrance. C'est l'absence d'investigation qui entraîne des actions préjudiciables à qui les commet ainsi qu'à autrui, sans parler de nombre de maladies psychosomatiques. Il convient donc de fuir la compagnie d'individus aussi déraisonnables. Ceux dont l'esprit d'investigation est sans cesse éveillé illuminent le monde, éclairent tous ceux qui les contactent, dissipent les spectres créés par l'esprit ignorant, et prennent conscience de la fausseté des plaisirs des sens et de leurs objets. Ô Rama, à la lumière de l'investigation, il y a réalisation de l'éternelle Réalité immuable ; c'est-là le Suprême. À ce stade, l'homme ne souhaite plus rien et ne rejette rien non plus. Un tel être est délivré de l'illusion et de l'attachement ; il n'est pas inactif et n'est pas noyé dans l'action ; il vit et fonctionne en ce monde et, au terme de la durée naturelle de son existence, il atteint l'état bienheureux de la liberté absolue.

L'œil de l'investigation spirituelle n'est jamais frappé de cécité, même au beau milieu de toutes les activités. Il faut vraiment avoir pitié d'un homme qui ne possède pas cet œil. Mieux vaut naître grenouille enfouie dans la vase, ver dans la bouse, serpent au fond d'un trou, que d'être privé de cet œil. Qu'est-ce que l'investigation ? S'interroger ainsi : "Qui suis-je ? Comment ce mal du samsara [l'histoire répétitive] a-t-il vu le jour ?" De telles questions constituent la véritable investigation. La connaissance de la Vérité découle de pareille enquête sur soi-même. La connaissance ainsi acquise inonde l'être de tranquillité ; puis advient la paix suprême qui passe l'entendement, ainsi que la fin de toute souffrance.

[vichara ou l'investigation n'est ni raisonnement ni analyse ; c'est plonger directement le regard en soi-même]

VASISTHA poursuivit :

Le contentement est un autre gardien sur le chemin de la libération. Celui qui s'est délecté du nectar du contentement ne trouve aucun attrait aux plaisirs des sens. Nul délice en ce monde n'égale la suavité du contentement qui détruit tout péché.

Qu'est-ce que le contentement ? Renoncer à tout désir d'obtenir ce que l'on n'a pas, et se satisfaire des événements qui adviennent d'eux-mêmes sans en être ravi ni attristé – voilà ce qu'est le contentement. Tant que l'homme n'est pas établi dans la satisfaction du soi, il sera le jouet de la souffrance. Avec l'avènement du contentement, fleurit la pureté du cœur. L'homme comblé, à qui rien n'appartient, possède le monde.

Le satsang [commerce des sages, saints et illuminés] est un autre gardien sur la voie de la libération. Le satsang accroît l'intelligence, détruit l'ignorance et la détresse. Quel qu'en soit le prix, même si les difficultés ne manquent pas et si bien des obstacles se dressent sur le chemin, on ne devrait jamais négliger le satsang. Car le satsang est la seule lumière qui se puisse trouver sur la voie de la vie. En vérité le satsang dépasse toutes les autres formes de pratiques religieuses : charité, austérités, pèlerinages et rituels. Il faudrait faire tout ce qui est en notre pouvoir pour vénérer et servir les saints qui ont réalisé la Vérité et dont le cœur est dégagé des ténèbres de l'ignorance. D'autre part, ceux qui manquent de respect à l'égard de tels êtres se préparent de grandes épreuves.

Ces quatre éléments – contentement, satsang [commerce des sages], esprit d'investigation et maîtrise de soi – constituent les moyens les plus sûrs de se sauver et de ne pas périr noyé dans cet océan du samsara [l'histoire répétitive]. Le contentement est l'acquisition Suprême. Le satsang est le meilleur compagnon de route. L'esprit d'investigation est la plus grande sagesse. Et la maîtrise de soi est l'apogée du bonheur. Si tu es incapable de les pratiquer tous les quatre, mets-en un en application. En observant assidûment l'un d'entre eux, les autres se développent en toi. La plus haute sagesse te trouvera d'elle-même. Tant que tu n'as pas dompté l'éléphant sauvage de ton mental à l'aide de ces nobles qualités, tu ne peux progresser en direction du Suprême, même si tu deviens un dieu, un demi-dieu, ou un arbre. Par conséquent, Ô Rama, efforce-toi coûte que coûte de cultiver ces nobles qualités.

VASISTHA dit :

Un homme doté des qualités énumérées jusqu'ici est à même d'écouter ce que je m'apprête à révéler. Tu remplis assurément les conditions requises, Ô Rama. Seul un être mûr pour la libération souhaite entendre pareille chose. Mais cette révélation est capable de conduire à la libération même ceux qui n'en éprouvent point le désir, de la même façon qu'une lumière a le pouvoir d'éclairer aussi les yeux d'une personne endormie. Lorsqu'on comprend que la corde qu'on prenait à tort pour un serpent n'est qu'une simple corde, toute peur s'évanouit. Semblablement, l'étude de cette sainte Ecriture libère des tourments du samsara.

Ce texte sacré compte 32000 distiques. La première partie intitulée Vairagya Prakaranam traite du détachement et transmet la connaissance de la véritable nature de la vie en ce monde. L'étude attentive de ces 1500 distiques purifie le cœur.

La partie suivante, Mumuksu Vyavahara Prakaranam, relative au comportement d'un être en quête de libération, compte 1000 distiques qui décrivent les capacités requises pour la recherche spirituelle.

Ensuite on trouve Utpatti Prakaranam qui explique la création en 7000 distiques. On peut y lire nombre d'histoires édifiantes qui aident à illustrer la grande Vérité que voici : du fait de l'interaction des conceptions erronées de "ceci" et de "je", l'univers qui n'a jamais été créé donne l'impression d'être.

Puis vient Sthiti Prakaranam, ensemble de 3000 distiques qui traitent de l'existence. Cette partie est également riche en histoires qui permettent de révéler la vérité en ce qui concerne l'existence de ce monde et son substrat.

Les 5000 distiques de l'Upasanti Prakaranam traitent de la cessation. En les écoutant, la perception illusoire du monde prend fin pour ne laisser que des vestiges d'ignorance.

Enfin arrive la partie consacrée à la libération, Nirvana Prakaranam, qui compte 14500 distiques. L'étude et la compréhension de ce texte détruisent l'ignorance fondamentale et, une fois dissipées les illusions et hallucinations de toutes sortes, advient la liberté totale. Bien que toujours vêtu d'un corps physique, l'homme vit alors comme s'il en est délivré. Il est libéré de tous les appétits et de tous les désirs, de tout attachement et de toute aversion. Il se trouve dégagé du samsara [l'histoire répétitive]. Ici et maintenant, le voilà libéré du démon de l'égoïté. Il s'est uni à l'infini.

VASISTHA poursuivit :

Qui sème la semence de la connaissance de cette sainte Ecriture ne tarde pas à récolter les fruits de la réalisation de la Vérité. Il convient d'accepter un exposé de la Vérité, même d'origine humaine. Sinon il faut tout rejeter, y compris ce qui est considéré comme une révélation divine. Même les paroles d'un enfant doivent être acceptées si ce sont des paroles de sagesse. Si tel n'est pas le cas, rejette-les comme on rejette la balle du grain, même si elles sortent de la bouche de Brahma le créateur.

Qui écoute et médite l'exposé de ce texte sacré acquiert une sagesse insondable, une foi inébranlable et un sang-froid à toute épreuve. Il ne tarde pas à devenir un sage libéré à la gloire indescriptible.

Le sage qui jouit de la vision infinie voit d'innombrables univers au sein de l'unique intelligence indivisée, car il a percé à jour la magie de maya, l'illusion cosmique. Il voit l'infini dans le moindre atome, et n'est donc pas attaché à la montée et à la chute des idées de création. Voilà pourquoi il se trouve toujours satisfait. Il ne rejette pas ce qui est mis sur son chemin et qu'il n'a pas recherché. Il ne court pas non plus après ce qui lui a été enlevé, et ne le regrette pas davantage.

Rehaussé de nombre d'histoires passionnantes, ce texte ne pose pas de problème de compréhension. Qui l'étudie et s'en pénètre n'a pas besoin de s'astreindre à des austérités, de pratiquer la méditation ou de répéter des mantras, car qu'est-ce qui dépasse la libération qu'octroie l'étude de cette sainte Ecriture ?

Qui étudie ce texte et en saisit l'enseignement n'est plus le jouet de l'apparence du monde. Quand on s'aperçoit que le serpent mortel qui se trouve là-bas n'est qu'un simulacre, on n'en a plus peur. Quand l'apparence du monde est envisagée en tant qu'apparence, elle ne produit ni joie ni tristesse. Il est vraiment fort regrettable qu'alors qu'un tel texte existe, les gens recherchent les plaisirs des sens générateurs de grandes souffrances.

Ô Rama, quand nous est exposée une vérité dont nous n'avons pas fait l'expérience personnelle, nous ne pouvons la saisir que par le biais d'exemples. Des exemples de ce type ont été utilisés ici dans un but précis et une intention bien déterminée. Ils ne doivent pas être pris littéralement, et leur portée ne doit pas outrepasser l'intention initiale. Quand le texte est étudié de cette façon, le monde se révèle être une vision imaginaire. En vérité, c'est pour nous en convaincre que les exemples ont été choisis ; ils n'ont pas d'autre objet. Qu'aucun intellect pervers n'interprète mal les exemples proposés dans cette sainte Ecriture.

VASISTHA poursuivit :

Les paraboles n'ont qu'un but : permettre à qui les entend d'accéder à la Vérité. La découverte de la Vérité est si essentielle que toute méthode raisonnable visant à y parvenir est justifiée, bien que les paraboles elles-mêmes puissent être imaginaires. Les paraboles ne sont applicables qu'en partie à la Vérité qu'elles sont chargées d'illustrer, et il convient de ne s'attacher qu'à cette partie et de ne pas tenir compte du reste. L'étude et la compréhension des Écritures au moyen d'exemples et avec l'aide d'un instructeur compétent ne sont nécessaires que tant qu'on n'a pas réalisé la Vérité.

Je répète que cette étude doit se poursuivre jusqu'à réalisation de la Vérité. On ne devrait pas s'arrêter avant l'éveil complet. Une connaissance partielle de cette sainte Ecriture entraîne une confusion qui perturbe encore davantage. Ne pas reconnaître l'existence de la paix suprême dans le cœur et admettre la réalité de facteurs imaginaires représentent deux errements imputables à une connaissance imparfaite et à la logique tordue qui en résulte.

De même que l'océan est le substrat de toutes les vagues, seule l'expérience directe est le fondement de toutes les preuves – l'expérience directe de la Vérité telle qu'elle est. Ce substrat est l'intelligence en état d'expérience qui devient elle-même la personne qui vit l'expérience, le fait de l'expérience, et l'expérience elle-même. Seule l'expérience en train de s'accomplir est le fait. Pourtant, dans un état de non-compréhension, cette expérience occupée à s'accomplir donne l'impression d'avoir un sujet [la personne qui fait l'expérience]. La sagesse née de l'esprit d'investigation dissipe cette non-compréhension et l'intelligence indivisée brille dans son propre éclat. À ce stade, même l'esprit d'investigation devient superflu et se dissout.

De même que le mouvement est inhérent à l'air, la manifestation [en tant qu'esprit subtil qui perçoit et qu'objets grossiers perçus] est inhérente à cette intelligence en état d'expérience. Et, du fait de son ignorance, le mental qui perçoit pense "je suis tel et tel objet" et, pour cette raison, devient cela. L'objet n'est connu qu'au sein du sujet qui en fait l'expérience, pas ailleurs !

Rama, en attendant que cette sagesse éclose directement en toi, remets-t-t'en à la connaissance transmise par les grands instructeurs. Quand tu recevras cette connaissance des grands instructeurs, ton comportement reflètera le leur ; et quand tu grandiras ainsi dans leurs vertus, ta sagesse s'épanouira au-dedans de toi-même. La sagesse et l'émulation inspirée par le noble comportement des saints s'enrichissent mutuellement !

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