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ANNAMALAI  SWAMI

SEUL  LE  SOI  EST  RÉEL



Que règne la paix et l'amour parmi tous les êtres de l'univers. OM Shanti, Shanti, Shanti.

"Demeurez comme le ciel et laissez les pensées-nuages aller et venir."



UESTION  :  Quel est le moyen le plus facile de se libérer du "petit soi"?


Annamalai Swami : Cessez de vous prendre pour lui. Si vous pouvez vous convaincre que " Ce "petit soi" n'est pas vraiment moi", il va tout simplement disparaître.

Question : Mais comment s'y prendre ?

Annamalai Swami : Le "petit soi" ne fait que paraître réel. Si vous comprenez qu'il n'a pas d'existence véritable, il disparaîtra. Il laissera derrière lui l'expérience du Soi réel et unique. Comprenez qu'il n'a pas d'existence véritable et il cessera de vous tourmenter.

La conscience est universelle. Elle ne comporte ni limitations ni "petit soi". Le faux soi ne nait que quand nous nous prenons pour le corps et le mental et que nous nous limitons à eux. Si, au moyen de l'investigation, on remonte à la source de ce "petit moi", on constate qu'il s'évanouit dans le néant.

Question : Mais je suis tellement habitué au sentiment : "Je suis ce "petit soi"". Je ne peux pas perdre cette habitude simplement en pensant : "Je ne suis pas ce "petit soi"".

Annamalai Swami : Ce "petit soi" ne cédera la place au Soi réel que si vous méditez constamment. Un vœu pieux ne suffira pas à le faire disparaître. Essayez de vous souvenir de l'analogie de la corde qui passe pour un serpent à la lueur du crépuscule. Si vous prenez la corde pour un serpent, la nature réelle de la corde se dérobe à vous. En voyant que c'est une corde, il n'y a plus de serpent. La question de savoir comment le tuer ne se posera plus une fois que votre perception claire et juste vous aura montré que le serpent n'a jamais existé. Appliquez ceci au "petit soi" qui vous tracasse. Si vous comprenez que jamais, à aucun moment, il n'a existé en dehors de votre imagination, vous ne vous inquiéterez plus de savoir comment vous en débarrasser.


Question : C'est bien beau, mais je sens que j'ai besoin d'aide. Je ne suis pas sûr de pouvoir développer cette connaissance par moi-même.

Annamalai Swami : Le désir d'être aidé fait partie de votre problème. Ne faites pas l'erreur d'imaginer qu'il existe un but à atteindre ou un objectif à réaliser. Si vous pensez ainsi, vous allez commencer à chercher des méthodes à pratiquer et des gens pour vous aider. Cela ne fera que perpétuer le problème que vous essayez de solutionner. Cultivez plutôt la ferme conscience : "Je suis le Soi. Je suis Cela. Je suis Brahman [la Réalité absolue et impersonnelle]. Je suis tout." Vous n'avez pas besoin de méthodes pour vous débarrasser des fausses idées que vous avez de vous-même. Tout ce que vous avez à faire, c'est d'arrêter de croire en leur réalité. Le meilleur moyen de le faire, c'est de les remplacer par des idées qui reflètent plus adéquatement les choses telles qu'elles sont. Penser et méditer : "Je suis le Soi", vous fera beaucoup plus de bien que de penser : "Je suis le "petit soi" et comment puis-je m'en débarrasser ?"

Le Soi est toujours atteint, il est toujours réalisé ; vous n'avez pas à le chercher, à l'atteindre ou à le découvrir. Vos vasanas [habitudes et tendances mentales] et toutes les idées erronées que vous avez de vous-même obstruent et cachent l'expérience du Soi réel. Si vous ne vous identifiez pas aux idées erronés, votre nature-Soi ne se dérobera pas à vous.

Vous dites avoir besoin d'aide. Si votre désir d'arriver à une compréhension juste de votre nature réelle est assez intense, l'aide viendra automatiquement. Si vous voulez devenir conscient de votre nature réelle, vous serez incommensurablement aidé par le contact avec un jnani [un être réalisé]. Le pouvoir et la grâce qui irradient d'un jnani, apaisent le mental et éliminent automatiquement les fausses idées que vous avez sur vous-même. Vous pouvez progresser en participant au satsang d'un Guru réalisé et par la pratique spirituelle constante. Cela dit, le Guru ne peut pas tout faire pour vous. Si vous voulez vous défaire des habitudes ancestrales qui vous limitent, vous devez pratiquer constamment.

La plupart des gens prennent l'apparence du serpent dans la corde pour réelle. Agissant sur la base de leur perception erronée, ils imaginent toutes sortes de moyens de tuer ce serpent. Il leur est totalement impossible de s'en débarrasser tant qu'ils n'ont pas abandonné l'idée qu'il y a un serpent. Les gens qui veulent tuer ou contrôler le mental ont le même problème : ils imaginent qu'il existe un mental ayant besoin d'être contrôlé et prennent des mesures drastiques pour le contraindre à se soumettre. Si, au lieu de cela, ils développaient la compréhension qu'il n'existe rien de tel que le mental, tous leurs problèmes seraient résolus. Vous devez nourrir la conviction "je suis la conscience omniprésente dans laquelle apparaissent et disparaissent tous les corps et les esprits du monde. Je suis cette conscience qui demeure inchangée et inaffectée par ces apparitions et disparitions." Stabilisez-vous dans cette conviction. C'est tout ce que vous avez à faire.

Bhagavan [Ramana Maharshi] narra l'histoire d'un homme qui voulait enterrer son ombre dans un trou profond. Il creusa le trou et se plaça de telle façon que son ombre soit au fond du trou. Il essaya ensuite de la recouvrir de terre. Chaque fois qu'il jetait de la terre dans le trou, l'ombre réapparaissait à la surface. Bien sûr, il n'y parvint jamais. Beaucoup de gens se comportent de la même manière quand ils méditent. Ils considèrent leur mental comme réel, essayent de le combattre, de le tuer et échouent toujours. Tous ces combats contre le mental sont des activités mentales qui le renforcent au lieu de l'affaiblir. Si vous voulez vous débarrasser du mental, tout ce que vous avez à faire, c'est de comprendre qu'il n'est "pas moi". Cultivez la conscience "je suis la conscience immanente". Quand cette compréhension se sera stabilisée, le mental inexistant aura fini de vous tourmenter.

Question : Je ne pense pas que le fait de répéter "je ne suis pas le mental, je suis la conscience", puisse me convaincre que je ne suis pas le mental. Ce ne sera simplement qu'une pensée de plus. Si je pouvais expérimenter, fût-ce un instant, à quoi le fait d'être dépourvu du mental ressemble, la conviction me viendrait automatiquement. Je pense qu'une seule seconde d'expérience de la conscience telle qu'elle est me convaincrait bien plus vite que plusieurs années de répétitions mentales.

Annamalai Swami : Chaque fois que vous vous endormez, vous avez l'expérience d'être sans le mental. Vous ne pouvez pas nier que vous existez pendant que vous dormez et vous ne pouvez pas nier que votre mental ne fonctionne pas au cours du sommeil sans rêve. Cette expérience quotidienne devrait vous convaincre qu'il est possible de continuer à exister sans mental. Bien sûr, vous n'avez pas la pleine expérience de la conscience pendant que vous êtes endormi, mais si vous réfléchissez à ce qui se passe dans cet état, vous comprendrez que votre existence, la continuité de votre être, n'est pas du tout dépendante de votre mental ou de votre identification à lui. Quand le mental réapparaît chaque matin, vous concluez hâtivement "C'est le vrai moi, c'est ce que je suis". Réfléchissez quelque temps à cette proposition et vous verrez combien elle est absurde. Si ce que vous êtes réellement n'existe que quand le mental est présent, vous devrez admettre que vous n'existiez pas pendant que vous étiez endormi. Personne n'acceptera une conclusion aussi absurde. En analysant les états dans lesquels vous vous trouvez alternativement, votre propre expérience vous fera découvrir que vous existez aussi bien quand vous dormez que quand vous êtes réveillé. Vous découvrirez aussi que le mental ne devient actif que lorsque vous êtes réveillé ou en train de rêver. À partir de ces simples expériences quotidiennes, il devrait être facile de comprendre que le mental est quelque chose qui va et vient. Votre existence ne s'évanouit pas chaque fois que le mental cesse de fonctionner. Je ne vous parle pas d'une théorie philosophique. Je vous parle de quelque chose que vous pouvez vérifier par expérience directe au cours de chaque période de vingt-quatre heures de votre vie.

Prenez ces faits que vous pouvez découvrir en les expérimentant directement et examinez-les d'un peu plus près. Quand le mental apparaît chaque matin, ne concluez pas aussi hâtivement que d'habitude "C'est moi ; ces pensées sont les miennes." En lieu et place, regardez ces pensées aller et venir sans vous identifier à elles. Si vous pouvez résister à l'impulsion de revendiquer chaque pensée comme vôtre, vous arriverez à une conclusion renversante. Vous découvrirez que vous êtes la conscience dans laquelle les pensées apparaissent et disparaissent. Vous avez le droit d'être libre. À la façon dont le serpent apparaît dans la corde, vous découvrirez que le mental n'est qu'une illusion qui apparaît par l'ignorance ou par méprise.

Vous voulez qu'une expérience puisse vous convaincre de la véracité de ce que je dis. Vous pouvez vivre cette expérience si vous renoncez à votre sempiternelle habitude d'inventer un "je" qui revendique chaque pensée. Soyez conscient de vous-même en tant que seule conscience, regardez les pensées aller et venir. Venez-en à la conclusion, en expérimentant directement, que vous êtes réellement la conscience elle-même et pas son contenu éphémère.

Les nuages vont et viennent dans le ciel, mais leur apparition et leur disparition n'affectent pas le ciel. Votre nature réelle est comme le ciel, comme l'espace. Demeurez comme le ciel et laissez les pensées-nuages aller et venir. Si vous cultivez cette attitude d'indifférence envers le mental, graduellement, vous cesserez de vous identifier à lui.

Question : Au début de ma sadhana [pratique spirituelle], tout allait pour le mieux. Je ressentais beaucoup de paix et de bonheur ; jnana [connaissance véritable] paraissait très proche. Mais maintenant, il n'y a plus guère de paix, seulement des obstacles et des empêchements.

Annamalai Swami : Chaque fois que les obstacles surgissent sur le chemin, pensez-y comme n'étant "pas moi". Cultivez l'attitude selon laquelle le vrai vous est hors d'atteinte des ennuis et des obstacles. Il n'y a pas d'obstacles pour le Soi. Si vous arrivez à vous souvenir que vous êtes toujours le Soi, peu importent les obstacles.

Un des alvars [un groupe de saints vaishnavites] constata un jour que si l'on ne s'adonne à aucune pratique spirituelle, le mental n'est pas vécu comme un problème. Il dit que c'est seulement lorsque l'on commence à faire de la méditation que l'on prend conscience des diverses façons qu'a le mental de nous créer des problèmes. C'est entièrement vrai. Mais on ne devrait pas s'inquiéter des obstacles ni les craindre. On devrait simplement les regarder comme n'étant "pas moi". Ils ne peuvent vous créer des ennuis que dans la mesure où vous pensez que ce sont vos problèmes.

Les vasanas qui vous entravent et se dressent devant vous peuvent revêtir l'apparence d'une grande montagne qui vous empêche de progresser. Ne vous laissez pas intimider par sa taille. Ce n'est pas une montagne de roche, c'est une montagne de camphre. Si vous en allumez un coin avec la flamme de l'attention discriminante, elle sera réduite à néant.

Tenez-vous en arrière de la montagne de problèmes, refusez de vous les approprier, ils se dissoudront et disparaîtront sous vos yeux.

Ne vous laissez pas induire en erreur par vos pensées et vos vasanas. Elles rusent toujours pour vous amener à croire que vous êtes une personne réelle, que le monde est réel et que tous vos problèmes sont réels. Ne les combattez pas. Ignorez-les simplement. N'accusez pas réception de toutes les fausses idées qui continuent de vous venir. Etablissez-vous dans la conviction que vous êtes le Soi et que rien ne peut se coller à vous ni vous affecter. Une fois ainsi convaincu, vous verrez que vous ignorez automatiquement les habitudes mentales. Quand le rejet des activités mentales deviendra continuel et automatique, vous commencerez à avoir l'expérience du Soi.

Quand vous voyez deux étrangers se quereller au loin, vous ne leur accordez guère d'attention parce que vous savez que cette dispute ne vous concerne pas. Traitez le contenu de votre esprit de la même manière. Au lieu de remplir votre mental de pensés, puis d'organiser des combats entre elles, n'accordez aucune attention au mental dans son ensemble. Restez tranquillement dans le sentiment "je suis", qui est conscience. Cultivez l'attitude selon laquelle toute pensée, toute perception "ne sont pas moi". Quand vous aurez appris à considérer votre mental comme un étranger distant, vous n'accordez plus d'attention à tous les obstacles qu'il ne cesse d'inventer pour vous.

Les problèmes mentaux se nourrissent de l'attention qu'on leur accorde. Plus vous vous tourmentez à leur sujet, plus ils prennent de l‘ampleur. Si vous les ignorez, ils perdent leur force et finissent par disparaître.

Question : Je me dis et je pense sans cesse qu'il n'y a que le Soi. Mais, sans que je ne comprenne bien pourquoi, il persiste un sentiment de vouloir ou d'avoir besoin de quelque chose de plus.

Annamalai Swami : Qui est-ce qui veut ? Si vous arrivez à trouver la réponse à cette question, il n'y aura plus personne pour vouloir quoi que ce soit.

Question : Les enfants naissent sans ego. Comment leur ego apparaît-il et recouvre-t-il le Soi quand ils commencent à grandir ?

Annamalai Swami : Les jeunes enfants peuvent sembler ne pas avoir d'ego mais leur ego et toutes les vasanas latentes qui l'accompagnent sont là sous forme de germe. Quand le corps de l'enfant grandit, l'ego grandit aussi. L'ego est produit par le pouvoir de la maya [illusion], qui est l'une des shaktis [pouvoirs] du Soi.

Question : Comment la maya opère-t-elle ? Comment prend-elle naissance ? Puisque rien n'existe hormis le Soi, comment le Soi fait-il pour dissimuler lui-même sa propre nature ?

Annamalai Swami : Le Soi, qui est un pouvoir infini et la source de tout pouvoir, est indivisible. Cependant, au sein de ce Soi indivisible, on trouve cinq shaktis ou pouvoirs, dotés de fonctions différentes et qui opèrent simultanément. Les cinq shaktis sont la création, la préservation, la destruction, l'illusion [maya shakti] et la grâce. La cinquième shakti, la grâce, neutralise et annihile la quatrième shakti, la maya.

Quand la maya est totalement inactive, c'est-à-dire quand l'identification au corps et au mental a été abandonnée, il y a une conscience de la conscience, une conscience d'être. Une fois que l'on est établi dans cet état, il n'existent ni corps, ni mental, ni monde. Ces derniers ne sont que des idées qui donnent l'impression d'exister en raison de la présence et de l‘activité de la maya.

Quand la maya est active, le seul moyen efficace de la dissoudre est la voie montré par Bhagavan : on doit pratiquer l'investigation du Soi et distinguer ce qui est réel de ce qui est irréel. C'est le pouvoir de maya qui nous fait croire à la réalité de choses qui n'ont aucune réalité en dehors de notre imagination. Si vous demandez : "Que sont ces choses imaginaires ?" La réponse est : "Tout ce qui n'est pas le Soi sans forme." Seul le Soi est réel ; tout le reste n'est que pure imagination.

Il est futile de chercher à savoir pourquoi la maya se produit et comment elle fonctionne. Si vous êtes sur un bateau qui prend l‘eau, vous ne perdez pas votre temps à vous demander si le trou a été fait par un italien, un français ou un indien. Vous bouchez la voie d'eau. Ne vous souciez pas de savoir d'où vient la maya. Mettez toute votre énergie à échapper à ses effets. Si vous utilisez votre pensée pour étudier l'origine de la maya, vous êtes condamné à l'échec parce que toutes les réponses que vous aurez seront issues de la maya. Si vous voulez comprendre comment la maya voit le jour et comment elle fonctionne, vous devez vous établir dans le Soi, le seul endroit où vous êtes libéré de son emprise. Ensuite, vous pouvez observer comment elle s'empare de vous chaque fois que vous ne réussissez pas à garder votre attention dans le Soi.

Question : Vous dites que la maya est l'une des shaktis. Qu'est-ce que vous entendez au juste par shakti ?

Annamalai Swami : Shakti c'est l'énergie ou le pouvoir. C'est un nom pour l'aspect dynamique du Soi. Shakti et shanti [paix] sont deux aspects de la même conscience. Si vous voulez les distinguer un tant soit peu, vous pouvez dire que shanti est l'aspect non-manifesté du Soi tandis que shakti est l'aspect manifesté. Mais en réalité elles ne sont pas séparées. Une flamme a deux propriétés : lumière et chaleur. Les deux ne peuvent pas être séparées.

Shanti et shakti sont comme la mer et ses vagues. Shanti, l'aspect non-manifesté, est le vaste corps d'eau immobile. Les vagues qui apparaissent et se meuvent à la surface sont la shakti. Vaste, incluant tout en elle, shanti est immobile tandis que les vagues sont en activité.

Bhagavan disait qu'après la réalisation, le jivanmukta [libéré vivant] expérimente shanti au-dedans et qu'il est établi en permanence dans cette shanti. De cet état de réalisation, il peut voir que toutes les activités sont causées par la shakti. Après la réalisation, on est conscient qu'il n'existe pas de personne individuelle faisant quoi que ce soit. En lieu et place, nous sommes conscients que toutes les activités sont la shakti du Soi un. Le jnani, qui est pleinement établi dans la shanti, est constamment conscient que la shakti n'est pas séparée de lui. Dans cette conscience, tout est son Soi et toutes les actions sont siennes. Ou encore, on peut aussi dire qu'il ne fait jamais rien. C'est l'un des paradoxes du Soi.

L'univers est contrôlé par l'unique shakti, parfois appelée Parameswara shakti [le pouvoir du Seigneur Suprême]. C'est elle qui meut et ordonne toutes choses. Les lois naturelles, comme celles qui maintiennent les planètes dans leurs orbites, sont toutes des manifestations de cette shakti.

Question : Vous dites que tout est le Soi, même la maya. Si c‘est le cas, pourquoi est-ce que je ne vois pas le Soi clairement ? Pourquoi m'est-il caché ?

Annamalai Swami : Parce que vous cherchez dans la mauvaise direction. Vous pensez que l'on peut voir le Soi ou que l'on peut en faire l'expérience. Ce n'est pas le cas. Le Soi est la présence, la conscience, où se produisent le fait de voir et le fait d'expérimenter.

Même si vous ne voyez pas le Soi, Il est bel est bien là. Non sans humour, Bhagavan remarquait que les gens ne font qu'ouvrir le journal et y jeter un coup d'œil. Ensuite, ils déclarent : "J'ai lu [littéralement "j'ai vu"] le journal." Mais en fait ils n'ont pas vu le journal, ils n'ont vu que les lettres et les images à la surface. Il ne peut y avoir ni mots ni images sans le papier, mais les gens oublient toujours le papier pendant qu'ils lisent les mots.

Puis Bhagavan utilisait cette analogie pour montrer que pendant que les gens voient les noms et les formes qui apparaissent sur l'écran de la conscience, ils ignorent l'écran lui-même. Ce genre de vision partielle mène à la conclusion que toutes les formes sont sans rapport les unes avec les autres et qu'elles sont séparées de la personne qui les voit. Si les gens étaient conscients de la conscience plutôt que des formes qui apparaissent en elle, ils réaliseraient l'apparence de toutes les formes qui se manifestent au sein de la conscience une et indivisible.

Cette conscience est le Soi que vous recherchez. Vous pouvez être cette conscience mais vous ne pouvez jamais la voir parce quelle n'est pas séparée de vous.

Question : Vous parlez beaucoup des vasanas. Pourriez-vous, s'il vous plaît, me dire ce qu'elles sont et comment elles fonctionnent ?

Annamalai Swami : Les vasanas sont les habitudes mentales. Ce sont les identifications erronées, les schémas de pensée sans cesse répétitifs. Ce sont les vasanas qui recouvrent l'expérience du Soi. Les vasanas surviennent, captent votre attention, et vous tirent vers le dehors, vers le monde plutôt que vers le dedans, le Soi. Cela se produit si souvent et continuellement que le mental n'a jamais la moindre possibilité de se reposer ou de comprendre sa vraie nature.

Les coqs aiment gratter le sol. C'est une habitude constante chez eux. Même quand ils sont sur un roc nu, ils essayent de gratter le sol.

Les vasanas fonctionnent d'une manière semblable. Ce sont des habitudes et des schémas de pensée qui reviennent sans cesse, même quaned on ne les souhaite pas. La plupart de nos idées et de nos pensées sont fausses. Lorsqu‘en tant que vasanas, elles surviennent de façon habituelle, elles nous lavent le cerveau et réussissent ainsi à nous faire croire en leur réalité. Les vasanas fondamentales telles que "je suis le corps" ou "je suis le mental" sont survenues dans nos esprits si souvent que nous admettons automatiquement qu'elles disent vrai. Même notre désir de transcender nos vasanas est une vasana. Quand nous pensons : "Je doit méditer" ou "Je dois faire un effort", nous ne faisons qu'organiser un combat entre deux vasanas. Vous ne pouvez échapper aux habitudes mentales qu'en demeurant dans la conscience en tant que conscience. Soyez ce que vous êtes. Soyez tel que vous êtes. Soyez simplement silencieux et immobile. Ne faites pas attention à toutes les vasanas qui apparaissent dans le mental et fixez plutôt votre attention dans le Soi.

Question : Bhagavan disait souvent aux dévots de "rester tranquille". Est-ce qu'il voulait dire "rester mentalement tranquille" ?

Annamalai Swami : La fameuse instruction de Bhagavan "summa iru" [reste tranquille] est souvent mal comprise. Elle ne signifie pas que vous devez rester physiquement tranquille ; elle signifie que vous devez toujours demeurer dans le Soi. S'il y a trop d'immobilité physique, tamoguna [l'état de torpeur] apparaît et prédomine. Dans cet état, vous aurez sommeil et vous vous sentirez lourd. Rajoguna [l'état d'activité excessive] de son côté, produit de nombreuses émotions et active le mental. Dans sattva guna [l'état de quiétude et de clarté], la tranquillité, le silence et l'harmonie règnent. Si une certaine activité mentale s'avère nécessaire pendant que l'on est en sattva guna, elle a lieu ; le silence et la tranquillité dominent le reste du temps. Quand tamoguna et rajoguna prédominent, on est aveugle au Soi. Si sattva guna prédomine, on expérimente la paix, la félicité, la clarté et une absence de pensées vagabondes. C'est la tranquillité que Bhagavan prescrivait.

Question : Dans L'enseignement de Ramana Maharshi, Bhagavan parle de bhoga vasanas [vasanas qui provoquent le plaisir] et de bandha vasanas [vasanas qui produisent l'asservissement]. Il dit que le jnani a des bhoga vasanas mais pas de bandha vasanas. Swamiji veut-il bien élucider la différence ?

Annamalai Swami : Rien ne peut être cause d'asservissement pour le jnani parce que son mental est mort. En l'absence de mental, il ne se connaît qu'en tant que seule conscience. Comme le mental est mort, il ne peut plus s'identifier au corps. Cependant, même s'il sait qu'il n'est pas le corps, ce dernier n'en demeure pas moins en vie et il continuera à vivre. Le jnani continuera d'en être conscient jusqu'à ce que son propre karma [action destiné] soit épuisé. Tant que le jnani est conscient du corps, il est aussi conscient des pensées et des vasanas qui surviennent dans ce corps. Mais aucune de ces vasanas n'a le pouvoir de l'asservir parce qu'il ne s'identifie jamais à elles. Elles ont tout de même le pouvoir d'amener le corps à se comporter de certaines façons. Son corps éprouve du plaisir et fait l'expérience de ces vasanas, mais sans le moindre effet sur le jnani. C'est pourquoi on dit que le jnani a des bhoga vasanas mais pas de bandha vasanas.

Les bhoga vasanas diffèrent d'un jnani à l'autre. Certains jnani peuvent accumuler des richesses, d'autres peuvent rester assis en silence ; certains peuvent étudier les Shastras [Écritures] tandis que d'autres peuvent rester illettrés ; certains peuvent se marier et élever une famille, mais d'autres peuvent devenir moines célibataires. Ce sont les bhoga vasanas qui déterminent le genre de vie qu'il va mener. Le jnani est conscient de toutes les conséquences de ces vasanas sans jamais s'identifier à elles. À cause de cela, il ne retombe jamais dans le samsara [l'illusion du monde].

Les vasanas surviennent à cause des habitude et des pratiques des vies antérieures. C'est pourquoi elles diffèrent d'un jnani à l'autre. Quand les vasanas surviennent chez les gens ordinaires qui s'identifient encore avec le corps et le mental, elles provoquent attirances et répulsions. On en épouse certaines de tout cœur tandis qu'on en rejette d'autres comme indésirables. Ces attirances et ces répulsions engendrent des désirs et des peurs qui à leur tour produisent davantage de karma. Tant que vous portez des jugements sur ce qui est bon et mauvais, vous vous identifiez avec le mental et vous vous fabriquez du karma supplémentaire. Quand du nouveau karma est créé de cette façon, il vous faudra reprendre naissance pour en jouir.

Le corps du jnani exécute tous les actes qui lui sont destinés. Mais parce que le jnani ne porte pas de bon ou de mauvais jugements, et parce qu'il n'éprouve ni attirance ni répulsion, il ne se crée pas de nouveau karma. Comme il sait qu'il n'est pas le corps, il assiste à toutes les activités de ce dernier en témoin, sans y être d'une quelconque façon impliqué.

Il n'y a pas de renaissance pour le jnani parce qu'une fois le mental détruit, le potentiel de création de karma supplémentaire est absent.

Question : Donc tout ce qui nous arrive dans la vie n'arrive qu'à cause de nos attirance et de nos répulsions passées ?

Annamalai Swami : Oui.

Question : Comment apprendre à ne pas réagir quand des vasanas surviennent dans l'esprit ? Devrions-nous être attentifs à quelque chose de particulier ?

Annamalai Swami : Le seul moyen c'est d'apprendre à les reconnaître quand elles surviennent. Si vous pouvez les appréhender assez tôt et assez fréquemment, elles ne vous causeront pas d'ennuis. Si vous voulez prêter attention à une zone de danger en particulier, regardez comment opèrent les cinq sens. Le fait de rechercher de la stimulation à travers les cinq sens fait partie de la nature du mental. Il s'empare des impressions des sens et les traite de manière telle qu'elles produisent de longues suites de pensées incontrôlées. Apprenez à observer comment vos sens se comportent. Apprenez à observer comment le mental réagit aux impressions des sens. Si vous pouvez empêcher le mental de réagir aux impressions des sens, vous éliminerez un grand nombre de vasanas.

Rien n'attirait Bhagavan, rien ne provoquait en lui le moindre sentiment de répulsion. Si nous éprouvons attractions ou répulsions, si nous haïssons ou aimons quelqu'un ou quelque chose, il en résulte un asservissement mental. Les jnanis n'éprouvent jamais ni attraction ni répulsion. Voilà pourquoi ils sont libres de tout asservissement.

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