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Papaji :
[s'adressant à une femme qui semblait ne pas
avoir complètement conscience de ce qui se
déroulait autour d'elle, en raison d'une
expérience intérieure dans laquelle elle
paraissait immergée.] Nous marchions ensemble
dans le jardin. Il y avait de la musique. Je vous ai
regardée et vous ai parlé, mais vous
n'entendiez pas ce que je disais. Vous étiez la seule
personne présente qui ne m'entendait pas. Vous ne
preniez pas part à ce qui se passait, parce que votre
esprit était ailleurs, quelque chose en vous, qui
était bien plus intéressant et attirant. C'est
vrai, n'est-ce pas ? La vie pourrait se dérouler
ainsi en permanence. Vous pourriez vous mouvoir à
travers elle sans laisser aucune empreinte de pas.
Question : Des empreintes de pas ?
Papaji : Votre esprit n'était engagé
dans aucun objet extérieur. Vous ne preniez pas
sérieusement part à ce qui se déroulait
alentour en raison de votre absorption. Il devrait en
être ainsi. Vous finirez bien par prendre part, mais
en même temps, vous ne prendrez pas part. C'est la
technique à adopter. Cela viendra doucement.
Question : C'est bien ce que j'ai ressenti pendant
presque tout le week end.
Papaji : Vous ne parlez pas assez fort. Venez vous
asseoir ici. Je ne voudrais pas avoir à vous demander
de vous répéter à chaque fois.
Question : [après s'être
rapprochée] J'allais dire que pendant ce week
end, j'ai eu l'impression de voir une personne qui se
demandait : " Qui est Susie ? ", et une autre qui observait
simplement ce processus. Est-ce de cela dont vous parlez
?
Papaji : Oui, c'est ce que je suis en train de
décrire. Vous êtes en salle de transit
occupée à observer ce qui se passe. Continuez
ainsi. Dans une salle de transit, tout le monde s'agite.
Vous le savez. Des annonces résonnent dans les
haut-parleurs, que les gens essayent d'entendre ; il y a
tant d'agitation tout autour ; personne n'est simplement
assis en silence. Voyez ce qui se déroule.
Observez-le, faites quelque commentaires à son sujet
si ça vous chante, mais ayez en même temps la
clarté en vous-même. C'est maintenant le moment
de le faire. Vous n'avez jamais lu quoi que ce soit à
ce sujet. Pourquoi ? Parce que ce n'est écrit nulle
part. Ce n'est ni à lire dans les livres ni à
recevoir de quiconque.
Vous êtes en quête de clarté, d'une
élucidation de la confusion dont vous avez pris
conscience en vous-même. Cela se fera d'ici quelques
jours, ensuite vous pourrez faire vos bagages et partir. Ce
dont vous me parlez est une bonne chose. Elle commence
à se faire en vous. Quelque chose vous est
dicté, et vous suivez les ordres. Vous devenez un
instrument ; un instrument en train d'être
activé par un pouvoir qui n'est pas votre propre ego.
Ce sera une vie très heureuse, une très belle
vie. Elle sera dénuée de
responsabilités. Vous connaîtrez un grand
bonheur.
Question : Je ne pense pas que l'ego soit absent.
N'est-ce pas ? J'ai le sentiment qu'il est toujours
présent.
Papaji : Dans cet état, il se transforme en
une corde calcinée. Vous la regardez, sa forme vous
paraît être celle d'une corde, mais elle n'est
d'aucune utilité. Si vous essayez de la prendre pour
attacher quelque chose avec, elle se
désintègre dans vos doigts. Elle semble
être là, mais ne peut plus servir à
rien.
Question : Je vois. Je vais essayer d'attacher
quelque chose avec pour voir si elle fonctionne
toujours.
Papaji : Ne pensez pas du tout. Soyez seulement telle
que vous êtes. La méditation se déroule.
Elle fera son uvre. La méditation se
déroule continûment. Voyez-vous ? Le
constatez-vous ?
Question : Oui, je constate que...
Papaji : C'est ça la méditation.
Question : C'est intéressant. J'ai
l'impression... d'une sorte de perception... c'est
intéressant... Je ressens une perception d'un genre
particulier.
Papaji : Oui, c'est ce dont je parle. C'est la
méditation, mais elle est devenue sans effort. Il y a
bien de la concentration, mais elle ne se porte sur aucun
objet ; ni un objet au dedans, ni un objet au dehors. Vous
ne vous accrochez à aucun objet. Avez-vous
remarqué ?
Question : Non. Ça ressemble simplement
à de la méditation. Je n'ai pas vraiment
conscience de ce qui se passe autour de moi.
Papaji : [en riant] Oui, la vraie
méditation est ainsi. Habituellement, il y a un
certain attachement aux objets des sens, une
adhérence, mais dans cette méditation-ci, il
n'y a rien à quoi se raccrocher. Aucune intention.
C'est le point important. L'absence d'intention signifie
méditation constante. Vous ressentez probablement une
certaine différence. Le mental est silencieux. Dans
cet état, il le restera même si vous ne
méditez pas. Vous êtes quelque peu
différente. Ne l'avez-vous pas remarqué ?
Question : Oui.... Je sens... Je suis
connaissance.
Papaji : C'est ce que je suis en train de dire. C'est
quelque chose qui vous était connu. Vous aviez cette
connaissance au préalable. Comment méditer,
quelle posture adopter. Le savoir est là. Il est en
train de vous revenir.
Question : Je n'ai rien fait. Je n'ai adopté
aucune posture et je n'ai pas médité.
Papaji : C'est la méditation naturelle. Ce
n'est pas vous qui la " faites ". C'est quelque chose qui
est là de tout temps. Cela s'appelle " sahaja ", qui
signifie " naturel ". Il s'agit de la méditation
sahaja.
Question : Sahaja ?
Papaji : La méditation sahaja. C'est
l'état naturel. Elle deviendra votre sur.
Question : Cela m'embrouille, Papaji. Vous en parlez
et vous accordez beaucoup d'importance à ce
changement. Me concernant, je ne le ressens pas comme
spécial.
Papaji : C'est bien. Vous ne le ressentez
peut-être pas comme quelque chose de spécial,
mais le dire est spécial. [rires] Vous ne le
disiez pas auparavant, avant de venir ici. Pour le moment,
ça n'est pas " spécial " pour vous, mais si
vous le saviez avant ; si cette " connaissance ", comme
vous l'appelez, était présente auparavant,
alors pourquoi être venue ici ?
Question : Je ne sais pas.
Papaji : Maintenant, vous dites : " Je ne sais pas ".
Auparavant, vous saviez beaucoup de choses. Il ne vous reste
plus rien à accumuler. Plus rien ni à obtenir,
ni à accomplir. C'est un retour à votre
état naturel, un état tout à fait
naturel. La plupart des gens ne peuvent pas le faire. Ils ne
veulent pas rester tels qu'ils sont. Ils veulent devenir
quelque chose d'autre, quelque chose qu'ils ne sont pas, et
c'est ce qui les perturbe. Vous dites des choses justes. "
Pas de changement. " C'est très bon.
[très longue pause]
Lors d'un séjour à Rishikesh, il y quelques
années de cela, une femme originaire de Baroda est
venue me rendre visite. Avez-vous entendu parler de Baroda ?
Son mari était ingénieur dans l'industrie
pétrochimique. Elle avait rejoint Rishikesh avec une
cinquantaine d'autres personnes, afin de suivre un cours de
yoga à l'Ashram de Shivananda. Leur programme
était très chargé. Ils logeaient dans
une maison appelée " Maison de Baroda ". Baroda avait
été un état indépendant et cette
bâtisse avait été construite par un
membre de la famille royale afin que les gens qui allaient
de Baroda à Rishikesh puissent avoir où loger.
C'était un très grand immeuble.
Leur programme était bien rempli. Il devaient tous se
lever puis se rendre à leur classe de yoga à
cinq heures du matin. Des conférences, des causeries
et des cours de yoga les occupaient une grande partie de la
journée, mais ils avaient un peu de temps libre
après treize heures. Je logeais dans une villa
attenante à un temple sur les hauteurs de Rishikesh.
Cette femme était venue à ma rencontre pendant
cette courte période de loisir.
Elle demanda au prêtre du temple s'il connaissait
quelque swami en résidence, et il lui répondit
: " Il n'y a personne en tenue de couleur safran à
qui vous adresser, mais un homme en tenue occidentale
enseigne ici. Il est père de famille. Des
étrangers habitent avec lui dans la villa. Vous
pouvez discuter avec lui sur place. "
Elle désirait que le prêtre fasse les
présentations, mais il répondit : " Pas besoin
d'introduction. Allez simplement rejoindre le groupe. Cela
ne gênera personne. "
Quelque chose dans votre visage me fait penser à
elle. Elle mangeait et s'activait, mais son attention
était retirée vers le dedans
d'elle-même. Elle ne remarquait pas grand chose de ce
qui se déroulait autour d'elle. Quelque chose
l'attirait vers l'intérieur, et elle n'absorbait que
très peu du monde extérieur.
À l'époque, sept ou huit étrangers
demeuraient avec moi et nous parlions anglais. Quelques
hindous venaient aussi. Cette femme est arrivée
à mon satsang accompagnée de plusieurs autres,
également élèves du cours de yoga
donné à l'Ashram de Shivananda . Elle me
semblait être la chef du groupe.
Après quelque conversation préliminaire au
sujet du yoga, un sujet qu'elle semblait plutôt bien
maîtriser, elle me demanda : " Swami, comment
contrôle-t-on l'activité mentale ? "
C'est une question standard, que les disciples posent aux
Gurus depuis des millénaires. En tout ce temps,
jamais cette question n'a reçu de réponse
satisfaisante.
Dans la Gita, Arjuna avait le même problème. "
Il est comme l'air, disait-il, comment peut-on le
contrôler ? "
Cette question en particulier obsède tout le monde
sur le chemin spirituel, mais en cette occasion, je ne
donnais aucune réponse. Je demandais plutôt
à une française qui habitait chez moi, de
faire du thé pour nos nouvelles convives. La question
fut répétée, et à nouveau je ne
répondis pas. Une fois le thé consommé,
elle me posa la question une troisième fois, et pour
la troisième fois, je ne dis rien. Le temps leur
était compté, car il leur fallait retourner
à l'Ashram de Shivananda continuer leurs
études. Elles suivaient le programme depuis trois
jours déjà, et elles devaient le
compléter avant de pouvoir rentrer chez elles.
Elle me posa encore une fois la question juste avant de
repartir, et à nouveau je demeurai silencieux.
Le lendemain, à une heure très matinale, elle
vint me voir seule, portant des fruit et des fleurs.
Elle me les donna, en disant : " J'ai trouvé la
réponse. Malgré votre silence à mes
questions, je voulais revenir vous la poser à
nouveau, car j'étais vraiment ennuyée. Au
milieu de la nuit, vers une heure trente du matin, on a
frappé à ma porte. Je supposais que
c'était quelqu'un du groupe, mais en l'ouvrant, je
vis que c'était vous. "
Je n'étais allé nulle part cette
nuit-là. J'étais dans mon lit, endormi,
à ce moment-là.
Elle continua : " Vous vous êtes
présenté à ma porte, et vous m'avez, en
quelque sorte, répondu. Maintenant, je suis
satisfaite. Nous étions venus ici en groupe pour un
mois d'entraînement au yoga. Nous avions
réservé tout un wagon de train et voyagions
tous ensemble. Je ne veux pas rentrer chez moi dans ce wagon
avec tous les autres. Je veux rester ici avec vous. "
J'essayai de la décourager : " Vous pouvez poursuivre
votre séjour là où vous êtes.
Vous pouvez compléter vos cours puis retourner chez
vous, à Baroda, en compagnie des autres. "
" Non, dit-elle, je veux rester ici avec vous. "
Quand je me rendis compte qu'elle était
résolue à rester auprès de moi, je lui
demandai d'aller voir le directeur de l'ashram où je
résidais, car je ne pouvais laisser des gens y loger
sans d'abord obtenir sa permission. Quand il eut
donné son accord, elle emménagea dans une
chambre proche de la mienne. Ensuite, elle entra dans ma
chambre, s'y assit et refusa de bouger ou même de
manger. Elle était absorbée dans un
état d'intériorité et refusait de se
préoccuper des affaires de la vie ordinaire. Elle
pouvait entendre ce que je disais, mais elle n'était
en aucun cas inclinée à bouger, ni à
suivre mes suggestions. Elle ne m'adressait même pas
la parole quand je lui demandais de faire certaines
choses.
Son nom était Suman, " Suman, lui disais-je, vous ne
mangez rien. Il faut manger. Je vais vous y aider. "
Je lui mettais de la nourriture dans la main, mais elle
refusait de porter sa main à sa bouche. Je dus donc
lui lever le bras et placer sa main devant sa bouche. Elle
ne se plaignit jamais de tout ceci, mais elle ne faisait
aucun effort d'elle-même.
Je lui fis ouvrir la bouche afin d'y mettre la nourriture,
et je lui dis : " C'est tout ce que je peux faire pour
vous. Vous devez mâcher et avaler par vous-même.
Ça, je ne peux le faire pour vous. "
Elle me posa beaucoup de problèmes pendant deux
jours. Elle restait assise là pendant tout ce temps,
jour et nuit, le regard fixe et dans le vide, sans
répondre à aucune de mes suggestions. Je
n'arrivais pas à la faire retourner dans ses
quartiers. Elle restait simplement assise sur le sol de ma
chambre et refusait de bouger. Nous formions un petit groupe
de sept ou huit personnes à cette époque et
partagions quatre chambres. J'avais la mienne et les autres
se partageaient les trois chambres restantes. Le directeur
me connaissait et avait l'habitude de nous donner ces
chambres chaque année pour trois mois. L'endroit
était bien - sur les hauteurs, à quelque
distance de la ville de Rishikesh.
Je voulais renvoyer cette femme à sa famille, mais,
étant donné les circonstances, je savais qu'il
me faudrait faire tous les arrangements nécessaires
moi-même. Je l'emmenai à Haridwar en taxi, lui
procurai un billet de train en première classe pour
Baroda, achetai des sucreries pour ses enfants et lui donnai
une bouteille d'eau du Gange pour qui en voudrait. J'essayai
de lui faire manger quelque chose à la gare, mais
elle n'en avait cure.
Elle essaya de me donner tout son argent, me disant : " Je
n'en ai plus besoin. Je ne garderai que cinq roupies pour le
trajet. Je pourrai prendre un taxi à l'arrivée
et ma famille pourra le payer quand j'arriverai à la
maison. Maintenant, tout ce que je possède vous
appartient. Je veux que vous ayez tout. "
Je refusai de le prendre. Comme je voyais qu'elle
n'était pas en condition de prendre soin
d'elle-même, j'en parlais à l'homme qui
partageait son compartiment de première classe.
J'avais trouvé le numéro de
téléphone de sa famille et le lui confiai.
" Quand le train arrivera à Baroda, lui dis-je,
veuillez appeler ce numéro et vous assurer que
quelqu'un viendra la chercher. Sinon, elle va simplement
errer et se perdre. "
Quand j'expliquai à l'homme de son compartiment que
Suman avait du mal à se prendre en charge
elle-même, il promit de s'occuper d'elle
jusqu'à ce que sa famille vienne l'accueillir
à Baroda. Comme le train devait y faire un
arrêt de vingt minutes, il aurait tout le temps de
faire les arrangements nécessaires.
" Est-ce qu'elle mangera ? " me demanda-t-il. Je lui
répondis : " Si vous placez de la nourriture dans sa
main et que vous lui demandez de la mettre dans sa bouche,
de la mâcher et de l'avaler, elle le fera
probablement. Mais, ne vous inquiétez pas si elle ne
mange pas. Elle peut rester ainsi jusqu'à ce que sa
famille la récupère. Elle n'a aucun
problème d'ordre physique. Elle est simplement
distraite en ce moment. Elle a seulement dirigé son
attention dans une autre direction.
Tout s'est déroulé comme prévu et elle
est bien arrivée chez elle. Son mari m'a
envoyé un télégramme me remerciant de
tout le mal que je m'étais donné pour la faire
rentrer à la maison. Il m'a même invité
à passer quelques temps chez eux. Apparemment, Suman
lui avait dit que si je n'allais pas chez eux, elle les
quitterait pour aller me retrouver.
Son cas est très rare ; celui de quelqu'un qui a
obtenu cela instantanément du maître. Elle
était venue avec une question brûlante - "
Comment contrôler l'activité mentale ? " - et
sans que je ne lui dise quoi que ce soit, elle avait fait
l'expérience de l'état dans lequel il n'est
plus nécessaire de contrôler l'activité
mentale. C'est l'état de non-demeure, l'état
en lequel le mental ne demeure nulle part. J'ai connu deux
ou trois cas pareils ; il sont peu courants.
J'ai accepté l'invitation du mari et passais quinze
jours chez eux. Ensuite, je l'ai emmenée à
Bombay où je rendis visite à d'autres
élèves.
Ces choses se déroulent parfois très
rapidement. Chez d'autres, cela ne se produit jamais.
Le cycle des naissances et des morts est sans fin. Qu'est-ce
que la naissance et qu'est-ce que la mort ? Elles sont
désir. Ce cycle sans fin est alimenté par le
désir, le désir de profiter des objets des
sens par le corps. Quand le désir prend fin, ce cycle
prend aussi fin. Ce cycle en apparence sans fin des
naissances et des morts, disparaît avec la cessation
du désir. La naissance et la mort ne sont pas les
seuls à disparaître. Quand le désir
s'évanouit, l'univers entier cesse d'exister. C'est
comme s'il n'avait jamais existé. C'est comme
ça.
Question : [nouvel interlocuteur] J'ai une
question au sujet du mental. Il m'a semblé ce matin
que l'on n'a pas seulement besoin de se désengager de
l'activité mentale. J'ai l'impression qu'elle peut
m'emmener où que j'ai besoin d'aller.
Papaji : L'esprit peut être l'ennemi et il peut
aussi être l'ami. C'est lui qui emprisonne et c'est
lui qui libère. L'esprit attaché aux objets
transitoires et temporaires, c'est le mental qui emprisonne.
C'est le mental ennemi. Mais un esprit qui ne demeure nulle
part, accroché à aucun objet, c'est le mental
qui est votre ami. Celui-là est le mental
libérateur. Tout dépend de vous, de quel genre
de compagnie vous entretenez dans votre esprit. Le mental,
ou pensée, peut vous détruire, mais il peut
également être d'une grande aide. Le mental est
le siège d'un pouvoir considérable, un pouvoir
que l'on peut utiliser. Quand il est au repos, il donne la
paix. Mais, quand il est agité, il crée tout
ce samsara, cette souffrance, cet enfer. Un mental
tranquille fait descendre le paradis sur la terre. Il
répand la paix partout. Dans cet état,
où que vous alliez, cet endroit sera le paradis. Tel
est le mental.
Question : J'ai l'impression qu'un choix se
présente. L'esprit peut décider de
créer, soit un paradis, soit un enfer. À tout
instant, le choix se pose.
Papaji : Oui, c'est votre propre choix. Il vous faut
décider de cela pour vous-même. Vous pouvez
prendre la décision, " Je suis enchaîné,
je dois souffrir " ; et cela crée le samsara.
Autrement, vous pouvez dire : " Je veux la paix. Je veux la
liberté. Je veux le bonheur. Je veux l'amour ".
Lorsque vous vous dirigez dans cette direction, quel choix
magnifique vous faites ! Faites-le ! " Je veux la
liberté ! Je veux être libre ! Je veux le
bonheur ! Je veux l'amour ! " Faites-le maintenant,
aujourd'hui, ou au moins pendant cette vie-ci. Faites qu'en
vous il y ait une activité mentale saine, un mental
amical.
Question : [autre interlocuteur] Si le mental
ne se pose nulle part, existe-t-il encore ?
Papaji : Non. Quand un désir survient dans
l'esprit, il s'élève avec lui une intention de
profiter des objets des sens. Au moment où cela se
produit, vous êtes impliqués dans le plaisir
qu'ils procurent. L'activité mentale uvre par
les sens ; les sens s'extériorisent vers des objets
dont ils peuvent profiter. Tout cela ne se manifeste
qu'à l'apparition du désir et de l'intention.
Votre intention transforme l'esprit en l'agent des plaisirs
auxquels il s'adonne. Au milieu de tout ça, se trouve
l'ego, celui qui profite de tous les objets
recherchés et appréciés. Si l'ego reste
immobile, le mental lui-même ne se manifeste pas. Il
ne pose aucun problème. Il ne demeurera nulle part,
et sans endroit où se poser, il retournera à
sa source, le lieu du non-mental. Là, ne se trouve
aucune activité mentale que ce soit.
Vous pouvez fonctionner sans l'activité mentale. Vous
pouvez fonctionner parfaitement sans elle. Plus tôt ce
matin, cette dame nous parlait de la façon dont cela
peut se faire. Elle parlait de l'état dans lequel
uvre l'absence de mental. Que disiez-vous ?
Pourriez-vous le répéter ?
Question : [la femme qui faisait penser Poonja
à Suman] Je disais qu'il y a un acteur et un
observateur.
Papaji : Oui, il en est ainsi. Pouvez-vous
développer ?
Question : J'ai l'impression qu'à la fois un
acteur et un observateur opèrent dans la même
personne. Et le corps semble agir simplement par
lui-même.
Papaji : Le corps agit et l'observateur est distinct
de lui. Le corps reçoit des instructions directes,
mais pas de l'ego. L'idée de : " Je suis celui qui
agit " est absente. Quand l'agent n'est pas là, on
n'est pas responsable de nos actions. Aucun karma n'est
fabriqué dans cet état. C'est le non-mental.
Vous pouvez très bien agir sans ce mental.
Question : [nouvelle personne] Pourquoi
l'activité mentale resurgit-t-elle ensuite à
nouveau ?
Papaji : Si dans cet état, vous faites
attention et vous êtes vigilant, ce n'est pas le
mental qui resurgit. Quelque chose d'autre surviendra
à sa place. Quel est cet " autre " ? Maintenant, vous
ne connaissez que le mental. Vous ne savez rien de ce qui
est au-delà. Quand l'activité mentale s'est
éteinte, vous n'avez plus de désirs, et sans
désirs, vous retournez à la source. Une fois
là, autre chose vous animera, quelque chose dont vous
n'aviez pas conscience auparavant. Vous pouvez l'appeler
prajna, sagesse. Elle prendra soin de vous, et le fera
à la perfection. Quand prajna dirigera votre vie,
vous en serez simplement l'instrument. Cela a
été clairement expliqué dans la Gita.
Arjuna a abandonné son esprit aux pieds de son
Maître, et a laissé prajna lui dicter ses
actions. L'ordre d'aller au combat a débuté
sous la commande direct de Krishna. Cet ordre a
uvré en Arjuna et l'a porté tout au long
de la bataille. Ce mot, cet état d'être auquel
le divin dicte sa conduite ne peut être connu
qu'après la libération.
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