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H. W. L.  POONJA

SUMMA  IRU



Que règne la paix et l'amour parmi tous les êtres de l'univers. OM Shanti, Shanti, Shanti.

ENTRETIEN  AVEC  DAVID  GODMAN


AVID  :  Papaji, nous essayons de faire un film sur vos enseignements. Comment pouvons-nous faire un film alors que vous dites n'avoir pas d'enseignement ?


Papaji : Délivrer un enseignement, c'est prêcher. Un véritable enseignant n'a pas d'enseignement, pas de méthode, pas de chemin. Pour connaître votre propre Soi, vous n'avez pas besoin d'enseignement. Ce que vous êtes véritablement, vous êtes toujours Cela même. Personne ne va vous donner un enseignement. Vous devez réaliser qui vous êtes, ici-maintenant, en cet instant.

David : Considérez-vous comme un enseignement le fait d'indiquer aux gens la direction vers laquelle ils devraient regarder ?

Papaji : Les gens ne devraient regarder dans aucune direction. [rires] Regarder dans une direction particulière signifie rester fixé à un objet, à l'objet vers lequel vous dirigez votre attention. C'est ainsi que les gens se perdent. Mais s'ils se débarrassent de toutes les directions, s'ils n'ont aucun concept de direction dans leur mental, ils connaissent alors ce qu'ils sont réelle ment. Ils savent qu'ils sont Cela même, qu'ils l'ont toujours été et qu'ils le seront toujours.

David : Vous considérez-vous comme un Guru, Papaji ?

Papaji : Non, pas du tout ! [rires] Je ne déclare jamais : "Je suis un Guru."

David : Qu'en est-il de tous ces gens qui pensent être vos adeptes, vos disciples ? Sont-ils vos adeptes ?

Papaji : Quand il n'y a pas de Guru, il n'est pas question d'adepte. Je souhaite la bienvenue à tous ceux qui viennent me voir, qui que ce soit. S'ils ne viennent pas, je leur souhaite quand même bonne chance. Et quand ils me quittent je dis, "Adieu, vivez heureux où que vous soyez."
David : Vous encouragez chaque personne venant vous voir à chercher son propre Soi. Pourquoi faites-vous ceci ? Quelle est votre motivation ?



 

Papaji : Mon propre bonheur. Ces gens dorment. Ils souffrent tous alors que le trésor est en eux. Tous les êtres humains de ce monde souffrent parce qu'ils essaient de trouver la paix et le bonheur dans les objets. Ils examinent et éprouvent les objets un par un, avec pour seul résultat la douleur et la souffrance. Il n'existe pas d'objet dans le mental, pas de personne, pas de chose, pas de concept qui puisse vous restituer le bonheur et la paix de l'esprit. Par conséquent, je leur donne seulement cette information : "Ne regardez pas ici, là-bas, où que ce soit. La paix est au-dedans de vous et dans le Cœur de tous les êtres. Donc restez tranquille, ne regardez en aucun endroit, ne permettez pas à votre mental de se maintenir où que ce soit, et vous verrez que Cela est la paix, le bonheur même. Voilà la vérité fondamentale. Chaque être au monde est le bonheur même."

David : Il me semble que la plupart des gens qui viennent vous voir pensent que vous transmettez plus que de simples informations. Je pense qu'ils sentent en votre présence un pouvoir, une Grâce qui leur permet de découvrir ce que vous désignez. Avez-vous des remarques à faire à ce sujet ?

Papaji : Certainement. Je désigne leur propre Soi qui est la fontaine de la Grâce, de la beauté. L'amour et la paix y prennent également naissance. Je leur signale seulement : "Regardez en vous-même pendant une seconde. Vous n'avez pas à chercher, vous n'avez pas à trouver. Regardez simplement en vous-même et vous verrez que vous êtes la paix même." Je ne fais que souligner ceci. Les gens sont endormis et parce qu'ils rêvent, il vaut mieux les éveiller. Ces rêves ne sont que des projections mentales, mais comme les gens les prennent pour réelles, elles sont cause de beaucoup de souffrances. Si vous voyez en rêve un tigre, vous êtes effrayé. Il en est de même si vous rêvez que vous êtes attaqué par un voleur.

Stoppez toutes les projections mentales. Voyez que le rêve est seulement un rêve. Voyez qu'il n'est pas réel. Quoi que vous voyez, ce n'est qu'un rêve. Partout où il y a un objet, quelqu'un qui voit et ce qui est vu, c'est un rêve. S'il y a des objets et un sujet qui les voit, il y a rêve. Mais si, d'une façon ou d'une autre, vous vous débarrassez du sujet, des objets et de la relation entre eux, que reste-t-il ?

David : Quand vous regardez les gens qui viennent et qui vous disent : "Papaji, je souffre", ressentez-vous de la compassion pour eux, et quand ils s'éveillent, vous réjouissez-vous ?

Papaji : Je ressens effectivement de la compassion. Comment pourrait-il en être autrement pour moi ? J'ai de la compassion pour tous les êtres qui souffrent et qui rêvent. Je leur dis simplement : "Éveillez-vous, mes chers amis. Mes chers enfants, éveillez-vous. Il n'existe pas de souffrance du tout. Il n'y a qu'une projection de votre mental. Ce n'est pas réel. Vous êtes en train de rêver. Éveillez-vous du rêve et toute la souffrance cessera."

David : J'aimerais que vous nous racontiez l'histoire du professeur japonais qui n'avait qu'un poumon et qui ne pouvait s'empêcher de rire. Je pense que c'est une très bonne histoire en rapport avec votre enseignement. Pouvez-vous nous la raconter en entier ?

Papaji : [Papaji rit] Quand il arriva dans ma maison, j'étais à l'étage en train d'y donner un satsang. Il demanda aux personnes en bas si je pouvais descendre, car son médecin lui avait recommandé de ne pas monter d'escalier.

On lui répondit : "Papaji est très occupé en ce moment. Il donne un satsang en haut. Si vous ne pouvez pas attendre, il vous faut monter pour le voir."

Cet homme désirait beaucoup me voir, aussi il décida de monter l'escalier plutôt que d'attendre que j'aie fini. Les personnes en bas l'aidèrent mais, malgré cela, il monta très lentement et avec de grandes difficultés.

Quand il arriva dans la pièce nous étions tous en train de rire, y compris moi-même. Pendant tout le temps qu'il resta là, il n'y eut pas d'enseignement verbal, ce n'était que rires continuels. Bien qu'il ne connût pas la raison de nos rires, il se joignit à nous. Puis, comme c'était l'heure du déjeuner, nous descendîmes tous manger.

Pendant le repas, il déclara : "À la suite d'une opération je n'ai plus qu'un poumon. Mon médecin m'a recommandé de ne pas monter d'escalier et de ne pas rire, car ces activités suscitent trop d'efforts pour mon poumon. Si je ris ou si je monte des escaliers, je dois prendre un médicament pour m'aider à m'en remettre. Mais ici je ne ressens aucun besoin de prendre ce médicament. En fait, je me sens comme si mon poumon manquant avait été remplacé."

Puis il se mit à rire de nouveau. Pendant tout le temps qu'il est resté avec moi, il n'a pas posé une seule question. Il n'a fait que rire. Cela ne le fatigua pas et il n'eut jamais besoin de prendre son médicament.

Plus tard, alors qu'il était de retour au Japon, il envoya un de ses étudiants me voir. Cet étudiant me dit qu'on demanda à son professeur, après son retour au Japon : "Que rapportez-vous de Lucknow ? Quel est l'enseignement de Poonjaji ?"

Sa seule réponse fut de rire et de rire encore.

Quand son rire s'arrêta enfin, on lui répéta la question : "Quel est l'enseignement de Poonjaji ?" Il répondit : "Rire, rire et danser."

Quand quelqu'un rit, il n'a pas de mental, pas de pensée, pas de problème, pas de souffrance.

David : Donc, tant qu'il rit, il n'y a pas de mental.

Papaji : Pas de mental. Essayez ! [rires] Ceux qui ne rient pas ont un mental. Ils semblent très sérieux et ils ont beaucoup de problèmes. Ils ont un mental, car pour avoir un problème, une souffrance quelconque, il vous faut un mental. C'est le mental qui souffre, voyez-vous. Donc, il vous suffit d'en rire. Riez au moindre problème ! Si vous riez, il s'en ira, il s'enfuira, il s'envolera.

David : Donc le rire répond à une absence de douleur et de souffrance. Est-ce bien cela ?

Papaji : Que dites-vous ?

David : Le rire spontané survient lorsque tous les problèmes mentaux s'en vont ?

Papaji : Bien sûr, bien sûr, oui, oui. Seul rit, seul danse l'homme qui s'est débarrassé de tous ses problèmes. Pour résoudre tous ses problèmes, il lui suffit de danser, il lui suffit de rire.

Un saint homme vivait en haut d'une colline. À minuit, lors d'une nuit de pleine lune, il se mit à rire, à rire sans fin. Tous les villageois se réveillèrent, se demandant ce qui arrivait à ce moine.

Ils montèrent au sommet de la colline et demandèrent : "Monsieur, que se passe-t-il ?"

Le saint répondit en riant : "Regardez ! Regardez ! Regardez ! Il y a un nuage ! Il y a un nuage !"

Beaucoup de gens voient des nuages, mais seul en rit celui qui n'a pas de mental. Tout ce qu'il voit est pour lui une occasion de rire. Car au moment de poser son regard il devient la chose même qu'il regarde. Le nuage est là avec la Lune derrière. Si vous êtes sans mental, rien que cette vision peut vous faire rire.

David : Alors, quand vous voyez le monde, Papaji, cela vous fait rire la plupart du temps. Pensez-vous que tout cela n'est qu'une vaste plaisanterie ?

Papaji : [rires] Je plaisante seulement, qu'y a-t-il d'autre à faire ? Je n'étudie pas de sutras, je n'ai jamais étudié de sutras, ni je ne me réfère à aucun sutra. Je ne fais que plaisanter. [rires intenses]

David : Papaji, nous faisons ce film pour des téléspectateurs étrangers qui ne savent probablement pas grand chose sur vous ou sur votre enseignement. Pouvez-vous leur dire, je vous prie, ce qu'est exactement l'éveil, en des termes qu'ils peuvent comprendre ?

Papaji : L'éveil ou illumination concerne les gens qui n'ont pas trouvé de satisfaction dans les assouvissements sensoriels. Il est destiné aux personnes qui en ont assez des choses, des objets et des plaisirs qu'elles en retirent. Le désir de liberté, d'éveil, prend naissance quand on commence à comprendre que le bonheur permanent ne peut être trouvé dans les plaisirs des sens.

Les objets enregistrés par les cinq sens ne peuvent vous donner de bonheur permanent. Si vous désirez quelque chose, un objet enregistré par les sens, un bonheur naîtra brièvement au moment de l'assouvissement de votre désir. Mais ce n'est pas l'objet lui-même qui vous donne le bonheur, c'est l'assouvisse ment de votre désir pour cet objet. Quand le désir est présent, quand on veut encore réaliser ou obtenir quelque chose, il n'y a pas de bonheur. Le désir cesse seulement au moment où il est satisfait. Alors il n'y a pas de pensée, pas de désir. Si vous examinez de près votre propre vécu, vous découvrirez que le bonheur surgit spontanément seulement lorsqu'il n'y a pas de pensée et pas de désir et qu'il disparaît au retour des pensées et des désirs.

Que peut-on en déduire ? Simplement, en conclusion, que le bonheur survient lorsque vous êtes vide de pensée et de désir et qu'il n'est plus vécu quand les pensées et les désirs sont là. Par conséquent, le bonheur réside dans le vide de la non pensée et non dans la recherche de plus en plus de choses.

Les objets et les désirs qui s'y attachent sont transitoires, ils viennent et s'en vont. Tout ce qui vient et s'en va n'est pas permanent. Si vous voulez un bonheur permanent vous devez comprendre que vous ne pouvez jamais l'obtenir par la poursuite de choses qui viennent et s'en vont.

Le vide de la non pensée, du non désir, est permanent. C'est la source du bonheur permanent, véritable. En fait, c'est le bonheur même. Lorsque vous comprenez et acceptez entièrement ceci, le mental ne se tend plus vers des gratifications extérieures, parce qu'il comprend que l'acte même de se tendre provoque l'émergence du désir et de la souffrance. Lorsque vous pouvez demeurer dans ce vide, ce bonheur permanent, sans ressentir le besoin de chercher le bonheur ailleurs, vous êtes libre des désirs et de la souffrance. Cette liberté est l'illumination.

Une fois établi dans cet état, vous n'aurez plus à vous faire de soucis ou à poursuivre quoi que ce soit dans ce monde. Les gens et les choses de ce monde seront toujours là, mais ils ne vous causeront plus de problème ou de souffrance, parce que le désir d'obtenir du plaisir et du bonheur grâce à eux ne naîtra jamais. Le vide, le bonheur, ne diminueront jamais même si vous menez une vie active dans le monde, car les pensées et les désirs qui occasionnaient précédemment misère, souffrance et frustration ne prendront simplement plus naissance.

Lorsque vous avez un désir de liberté, lorsque vous commencez à comprendre que le bonheur permanent ne peut être gagné par la poursuite des plaisirs de ce monde, vous devriez vous mettre en quête d'un être parfait, de quelqu'un qui s'est établi dans l'état de bonheur véritable et permanent. Un tel être, dont le Cœur est la perfection même, peut vous rendre présent au bonheur et au vide qui résident au-dedans de vous. Il peut le faire par le pouvoir de sa pensée, en vous regardant, en vous touchant ou simplement en restant tranquille. Quiconque vient en contact avec un tel être profitera de sa présence. Un tel être parfait n'a pas le sens de soi, pas le sens d'être une personne individuelle. Bien que tous ceux qui viennent à lui ressentent un bienfait en sa présence, cet être parfait ne pense jamais qu'il aide quelqu'un parce qu'il sait qu'il n'y a personne qui soit séparé ou distinct de lui.

Vous faites tous l'erreur de croire que vous êtes des personnes séparées, avec des esprits et des corps séparés. Cette idée n'est qu'une pensée. Près d'un être pleinement réalisé, cette pensée peut disparaître, laissant derrière elle une présence à votre véritable nature. Le vide du non ego, du bonheur pur dont vous faites l'expérience en présence d'un être réalisé est la connaissance directe de la réalité même.

Je ne conseille jamais à qui que ce soit de renoncer au monde. Ceci n'est pas le chemin pour obtenir l'illumination. On l'a essayé pendant des milliers d'années tant en Occident qu'en Orient, mais cela n'a pas donné de bons résultats. Mon conseil est différent. Je dis simplement : "Restez tranquille. Demeurez là où vous êtes. Ne rejetez pas vos activités du monde. Restez simplement tranquille pendant une seule seconde et voyez ce qui arrive."

C'est une idée entièrement neuve. Je ne pense pas qu'elle ait été émise par qui que ce soit auparavant. Précédemment, les gens avaient l'habitude de faire des tapas pendant des années et des années dans des lieux retirés, essayant d'atteindre l'éveil. Même des rois renonçaient à leurs royaumes, allaient dans la forêt et vouaient toute leur énergie à l'obtention de l'éveil. Mais cela n'a pas marché. Pourquoi ? Parce que la liberté, l'illumination, n'est pas une chose qui peut être "gagnée" ou "acquise". Elle est déjà ici-maintenant, au-dedans de vous, elle est votre propre Soi. Vous n'avez pas à partir ailleurs à sa recherche. Elle est dissimulée par les idées fausses que vous avez de vous-même. Vous pensez : "Ceci est mon corps, ceci est mon mental." Ces idées sont les obstacles qui vous séparent de la présence à votre vraie nature. Si vous pouvez les ôter de votre mental, vous êtes libre. Vous pouvez abandonner ces idées n'importe où. Vous n'avez pas besoin d'aller dans une forêt pour vous en débarrasser.

David : Les gens en Occident reçoivent continuellement des conseils de maîtres spirituels. Tout le monde leur dit : "Joignez notre groupe et vous serez heureux. Suivez nos conseils et vous serez heureux." En quoi votre message est-il différent et pourquoi les gens devraient-ils le croire?

Papaji : Ils conseillent les gens pour les détruire. Je leur dis de rejeter ces enseignants et ces prêcheurs et de venir à moi. Je serai de bon conseil. N'écoutez l'avis de personne, y compris le mien. Jetez un coup d'œil en vous-même et écoutez votre propre voix. Qu'entendez-vous ? N'écoutez aucun conseil, ils appartien nent tous au passé. Tout conseil est venu de quelque chose entendu, lu ou vécu par celui qui conseille. Donc tous ces conseils viennent du passé. Vous n'avez besoin d'aucun conseil pour connaître votre propre Soi. Par conséquent, n'écoutez l'avis de personne. Simplement, restez tranquille. C'est le meilleur conseil. Je dis aux gens : "Restez tranquille. Ne pensez pas et ne faites aucun effort pendant une seule seconde." Voilà mon conseil. Et si vous le suivez, vous aurez très bien fait, non seulement pour vous-même, mais pour tout le monde, pour tous les êtres de la terre.

David : Donc suivre n'importe quel conseil excepté celui de "rester tranquille" vous éloigne du Soi, au lieu de vous en rapprocher.

Papaji : Bien sûr, bien sûr, c'est obligé, car cela vous ramène au passé. Je répète : tout conseil que vous pouvez mentionner est venu de quelqu'un qui l'a entendu ou lu. Cela ne vient que du passé. Cela ne peut vous montrer ce que vous êtes maintenant, juste en ce moment. Ne croyez en aucun des messages qui vous parviennent. Ne croyez même pas en l'information que vos sens vous envoient. Ignorez tout conseil, transcendez les sens et toute l'informa tion qu'ils vous donnent. Alors, et seulement alors, vous saurez qui vous êtes. Vous avez goûté aux plaisirs des sens pendant des millions d'années. Maintenant que vous avez pris une forme humaine, tirez-en le meilleur parti.

N'écoutez aucun conseil. Les conseilleurs n'ont pas obtenu de bons résultats. Ils vous apprennent seulement à vous battre, à vous disputer avec vos voisins et avec toutes les personnes qui n'appartiennent pas à votre église. Et si vous suivez leurs conseils, d'autres enseignants vous diront alors : "Non, ne les écoutez pas, suivez mes conseils." À partir de là, les disputes sont inévitables.

David : Vous dites, Papaji, qu'un fort désir de liberté est nécessaire. D'autres aptitudes sont-elles requises ?

Papaji : Je ne pense pas que le terme aptitude soit approprié. Le désir de liberté surgit spontanément de l'intérieur. Chez quelques rares personnes, il prend naissance à l'intérieur et danse au sein de la liberté même.

Quand un désir naît pour un objet des sens, vous êtes heureux d'aller à la rencontre de cet objet. Mais la liberté n'est ni un objet, ni un sujet. Le désir de liberté naît dans la source, joue sur la source et s'apaise dans cette même source. Quand il est là, il joue avec lui-même, prenant plaisir pour quelque temps, avant de s'apaiser. Naissance ou apaisement ne sont jamais un problème, car il est toujours le même, qu'il s'élève ou non.

Quand les gens disent : "Le désir de liberté se lève et se calme", cela signifie que pour le reste du temps d'autres désirs se lèvent et retombent. Ainsi, quand vous dites : "Le désir de liberté s'est levé en moi", vous sous-entendez qu'il y a eu un moment pendant lequel le désir n'était pas là. Dans mon cas, je n'ai jamais senti se lever le désir de liberté, car il a toujours été là. Depuis l'enfance, il est là.

David : Devons-nous avoir foi en quelque chose, Papaji ? Devons-nous croire que les paroles du maître sont exactes ? Devons-nous croire que nous pouvons atteindre la liberté ? Devons-nous avoir foi en quelque chose ?

Papaji : Oui, bien sûr, il vous faut avoir foi, foi en votre propre Soi, foi en "je suis libre". Si vous voulez avoir foi en quelque chose, voici la meilleure foi que vous puissiez avoir : "Je suis déjà libre." Votre croyance actuelle est : "Je souffre, je suis aliéné." Pourquoi ne pas changer cela en la meilleure foi qui soit, en "je suis libre" ? Quelle différence cela fait-il ?

David : Si l'on a la conviction absolue "je suis libre", la conviction devient alors expérience. Est-ce bien ce que vous dites ?

Papaji : Non, pas "expérience". La liberté n'est pas une expérience. Les expériences se font toujours avec quelque chose d'autre. Le désir de liberté s'évanouira finalement, laissant place à la liberté même. Quand la liberté se connaît elle-même, elle seule demeure. En ce moment vous êtes occupé par d'autres désirs. Quand ils vous auront tous quitté, la liberté elle-même demeure ra et se révélera à vous.

David : Papaji, vous dites qu'il est très aisé de découvrir l'éveil et cependant je vous ai souvent entendu dire que le nombre de personnes qui se sont entièrement éveillées à leur propre Soi peut être compté sur les doigts d'une main. Si c'est tellement facile, pourquoi si peu ont-ils réussi ?

Papaji : C'est tellement facile, parce que vous n'avez pas à travailler pour cela. C'est tellement facile parce que vous n'avez pas à aller quelque part pour l'obtenir. Tout ce que vous avez à faire, c'est de rester tranquille. Atteindre la liberté est par conséquent très facile. Les gens disent que c'est difficile uniquement parce que leur mental est toujours occupé ailleurs. La liberté elle-même n'est pas difficile. Ce qui est difficile c'est d'abandonner l'attachement aux autres choses. Il est possible que s'affranchir des attachements soit difficile et pour cela vous devez prendre une décision. Vous pouvez la prendre maintenant ou la remettre à votre vie prochaine.

David : Est-il nécessaire d'avoir un maître lui-même réalisé pour réussir ?

Papaji : Absolument ! Absolument ! Autrement comment savoir que l'on est sur le bon chemin ?

David : De nombreuses personnes en Occident, Papaji, ont passé beaucoup de temps à chercher un maître réalisé. Comment peuvent-elles le trouver ? Quel avis pourriez-vous leur donner sur le moyen d'en trouver un ?

Papaji : Elles ne peuvent pas trouver. Elles ne peuvent pas trouver. Un véritable maître n'est pas révélé par la vue. Si les gens cherchent à le découvrir au moyen des sens, ils n'auront pas un jugement correct, car un maître est au-delà des sens et au-delà de tout jugement.

Quand vous voulez être libre, la liberté elle-même est déjà là. Mais vous n'avez pas acquis l'habitude de vous fier à elle ; vous ne connaissez pas le langage de la liberté, le langage de la vacuité, le langage de l'amour. Vous ne comprenez pas ces choses, car vous vous êtes vendu à d'autres fins.

Par conséquent, vous ne comprenez pas ce qu'est réellement cette liberté, bien que vous en ayez un désir intense. Quand cela survient, la liberté, par compassion, prend une forme physique pour vous parler dans votre propre langue afin que vous puissiez comprendre ce qu'elle est réellement.

Elle vous enseigne alors : "Je suis ton propre Soi." Elle pénètre votre propre Soi et devient un avec lui. Le rôle d'un enseignant est de vous montrer : "Je suis ton propre Soi. Je suis Cela Même." C'est le rôle de l'enseignant. Pour un certain temps, la liberté devient un enseignant simplement pour vous informer du fait que vous êtes Cela. Vous n'écoutez pas le Cela impersonnel qui est toujours au dedans de vous. Par conséquent, il devient un enseignant. Cela devient un enseignant afin de vous dire : "Vous êtes Cela Même." Quand vous comprenez ceci, vous voyez que vous et l'enseignant ne font qu'un.

David : Comme vous, Papaji, Ramana Maharshi a dit qu'on ne peut pas distinguer un maître véritable de celui qui ne l'est pas, mais il a précisé qu'il existait deux signes que l'on devrait rechercher. On devrait vérifier si l'on ressent ou non la paix en sa présence et observer s'il agit de façon égale avec tous les êtres autour de lui. Etes-vous d'accord sur l'utilité de ces indications ?

Papaji : Bien sûr, je suis d'accord. Vous pouvez facilement être égaré par les causeries que donne un enseignant, par les discours qu'il tient. Mais si vous sentez que votre mental est calme auprès de lui, qu'une expression de bonheur et de paix l'entoure, ce sont peut-être les symptômes extérieurs d'un véritable enseignant. Tout le monde ne ressent pas cette paix. Seuls ceux qui aspirent intensément à la liberté peuvent la ressentir, pas les autres.

Donc, quand vous allez voir un enseignant, restez tranquille, tout simplement. Il n'est pas besoin de poser des questions. N'attendez aucune réponse de sa part. Asseyez-vous en silence et ressentez si votre esprit est calme ou non. S'il est calme, vous pouvez en conclure qu'il est l'homme qui peut vous enseigner, auprès de qui cela vaut la peine de rester.

David : Papaji, vous recommandez aux gens de s'asseoir en satsang auprès d'un maître réalisé et de rester tranquille. Lorsque le maître meurt et que le satsang physique n'est plus possible, que devrait faire ensuite le disciple ?

Papaji : Si c'est un disciple véritable, il ne sera pas d'accord sur le fait qu'un maître puisse jamais mourir. Le corps meurt, mais le maître n'est pas le corps. Tous les corps vont mourir, mais le maître n'a jamais été un corps. Par conséquent, la mort du corps n'a pas d'importance pour le disciple, car il sait que le maître est quelque chose d'autre. Le maître se tient toujours au dedans du Cœur d'un disciple. Le disciple qui sait ceci n'a besoin de rien d'autre. Il sait parfaitement bien : "Mon maître ne me manque pas, il est ici-maintenant, toujours en moi." Voici la relation entre le maître et le disciple.

David : Si le disciple a cette attitude, alors la réalisation est possible après la mort du maître ?

Papaji : Si le disciple...?

David : Si le disciple a cette attitude, "mon Guru n'était pas le corps qui est mort, il est mon propre Soi", alors, avec cette attitude, il peut encore réaliser le Soi. Il n'a pas besoin de chercher un autre enseignant physique.

Papaji : L'enseignant est celui qui enlève le corps et le mental du disciple. S'il ne l'a pas fait ou ne peut pas le faire, il ne peut être accepté en tant que véritable enseignant. Afin de chercher un autre enseignant, il vous faut un mental et un corps, n'est-ce pas ? Si vous n'avez plus de mental ni de corps, où chercherez-vous ? Comment chercherez-vous ?

David : Papaji, pouvez-vous s'il vous plaît décrire votre propre éveil et, en particulier, le rôle qu'a joué à cette occasion votre propre maître, Ramana Maharshi ?

Papaji : C'est une longue histoire.

David : Pouvez-vous nous en donner une version raccourcie ?

Papaji : C'est une longue histoire. Pour la raconter en entier je devrais commencer dès l'enfance. Cependant, je peux commencer au moment où je suis allé voir Ramana Maharshi. J'entrai dans son ashram et tout était tranquille, silencieux. Cet homme était la tranquillité même, une incarnation du silence. Il ne parlait à personne. Il y avait là un formidable silence. Je n'avais jamais vu quelqu'un d'aussi silencieux. Le mental des gens qui allaient le voir ne pénétrait pas le hall où il vivait. Il se tenait simplement assis et le silence était présent.

Il disait : "Restez tranquille, restez tranquille", mais la plupart des gens ne comprenaient pas la signification de ce qu'il essayait de dire. Même aujourd'hui, les gens ne comprennent toujours pas ce qu'il voulait dire.

Ses paroles concernaient de nombreux sujets : comment être libre, comment obtenir l'illumination, et il disait parfois des choses telles que : "Il vous faut la Grâce." Mais le plus souvent il disait, en tamil, "Summa iru" ce qui signifie "Restez tranquille". La plupart des gens ne comprenaient pas ce que cela signifiait véritablement, mais je l'ai saisi immédiatement. Actuellement j'utilise beaucoup cette phase, car je suis de l'avis de mon maître que le meilleur enseignement est : "Restez tranquille".

Si un homme qui est le silence même vous dit de rester tranquille, alors cette phrase vient de l'autorité et fait autorité. Elle est immédiatement opérationnelle. Si un homme ordinaire vous dit de rester tranquille, cela ne marche pas, mais lorsqu'un homme qui est le silence même vous le dit, alors, automatiquement, vous devenez tranquille.

David : Pouvez-vous décrire ce qui s'est passé le jour où vous avez finalement saisi ? Comment cela est-il arrivé ?

Papaji : Depuis l'enfance j'étais un adepte de Krishna au point qu'il se manifestait même devant moi dans une forme physique. Je pouvais l'identifier par tous mes sens de la même manière que je voyais les choses de la vie courante.

J'avais passé environ quatre jours à Adi-Annamalai de l'autre côté de la montagne Arunachala. À mon retour, le Maharshi me demanda où j'étais allé.

Je répondis, "De l'autre côté de la montagne, j'étais seul et je jouais avec Krishna."

– Oh, très bien, ainsi vous jouiez avec Krishna ! s'exclama-t-il.

– Oui, Monsieur, j'ai joué avec Krishna. Il est mon ami.

– Le voyez-vous maintenant ?

– Non Monsieur, je ne le vois pas.

Il me dit alors : "Ce qui apparaît et disparaît n'est pas réel. Celui qui voit est resté. Vous l'avez vu, il a disparu. Le même témoin est resté. Maintenant vous êtes ici également, celui qui voit est resté. Maintenant découvrez qui est celui qui voit."

"Celui qui voit" n'étaient que des mots, mais ils me frappèrent avec un tel impact que je devins celui qui voit. Je devins celui qui voit.

De nos jours, lorsque je donne un satsang, je dis aux gens : "Ne vous accrochez pas au mot. Allez à la racine du mot. Allez à ce que le mot décrit ou indique. Si vous le faites, vous obtiendrez instantanément la compréhension véritable."


 

Lorsque vous prononcez le mot "liberté" par exemple, allez immédiatement à la liberté et demeurez-y. Quand quelqu'un dit, "allons déjeuner", il est question de nourriture et vous devenez instantanément un avec la nourriture. Pourquoi ne pouvez-vous pas faire ainsi lorsque je dis le mot "liberté" ?

Lorsque nous parlons de liberté, nous devons être un avec la liberté, nous devons sentir la liberté, l'apprécier. Mais cela ne se produit pas. Avec les autres choses le mot vous emmène au bon endroit, mais quand je dis le mot "liberté", vous n'allez pas au bon endroit pour le comprendre. Nous avons besoin de tellement de satsangs, de tellement d'enseignants pour le mot "liberté", mais malgré tout nous n'en saisissons pas le véritable sens. Qu'est-ce qui ne va pas ? Nous sommes attachés ailleurs.

David : Papaji, de nombreuses personnes en Occident ont essayé différentes techniques de méditation. Certaines d'entre elles ont médité très intensément pendant de nombreuses années. Je vous ai entendu dire plusieurs fois que de telles pratiques n'apportent pas l'illumination. Pourriez-vous, je vous prie, expliquer pourquoi vous pensez ainsi ?

Papaji : Tout d'abord, la méditation ne sert qu'à fatiguer votre corps et votre mental afin que vous vous en lassiez. Puis l'idée suivante peut se présenter : "Peut-être existe-t-il quelque chose d'autre." Grâce à cette pensée, vous irez peut-être en quête d'un véritable enseignant. Si vous le trouvez, il ne vous dira pas de méditer, il ne vous donnera pas de méthode. Il vous dira simplement : "Restez tranquille." Il ne vous dira pas de faire quelque chose ou d'arrêter de faire quelque chose. Les conférences sur ce que vous devriez faire ou ne pas faire viennent de la part des prêcheurs, non des enseignants. Le véritable enseignant n'a pas d'enseignement, pas de "fais" et de "ne fais pas". Il vous dit simplement : "Restez tranquille." Il n'y a rien d'autre qu'un enseignant puisse dire.

Et cela va marcher. C'est le meilleur enseignement qu'un enseignant puisse donner. Comme je vous le disais précédemment, s'il vous dit de rester tranquille, vous n'entendez pas seulement les mots, vous devenez effectivement la tranquillité. Où est le problème ? Pourquoi tout le monde trouve-t-il ceci si difficile ?

C'est la même chose dans les satsangs. Je dis aux gens, Examinez, scrutez, demandez-vous "qui suis-je ?", et ils répondent : "Nous ne pouvons pas le faire, nous ne le pouvons pas. Nous avons essayé, mais cela nous crée des problèmes, cela nous occasionne de fortes tensions et des maux de tête." Seules quelques rares personnes réussissent. Les autres échouent parce que leur mental est occupé ailleurs. Je ne sais pas pourquoi il en est ainsi. Je ne peux pas expliquer la raison pour laquelle cela marche instantanément chez certaines personnes et pas chez d'autres.

Si vous demeurez tranquille, vous tomberez amoureux de Cela, ce silence et cette paix. Quoi qu'ils fassent, tous les gens ont besoin de joie et de paix. Et il ne peut y avoir de joie, de paix, d'amour, de beauté en quoi que ce soit hormis ce silence qui est toujours ici-maintenant, au-dedans de vous. Voilà pour quoi je dis toujours que vous n'avez pas besoin de méditation. Pour méditer il vous faut un mental et lorsque vous l'utilisez le résultat ne peut qu'être mental. Il vous faut également votre corps. On vous dit de vous asseoir d'une manière spéciale, de positionner vos mains et vos pieds d'une manière particulière. Les activités physiques vous donnent des résultats physiques, les activités mentales, des résultats mentaux. Mais ce dont je parle est au-delà du corps, au-delà du mental. On ne peut pas l'approcher par le mental ni par des moyens physiques.

Suivre certaines idées spirituelles qui vous semblent bonnes ne peut conduire qu'à un résultat intellectuel. Donc, fuyez toute idée. N'essayez pas d'approcher ce silence par des voies physiques, mentales ou intellectuelles. Abandonnez simplement toute notion, toute idée, tout ce que vous avez entendu et lu, et vous découvrirez que vous êtes le vide même.

David : Beaucoup de gens ont essayé d'être tranquilles, immobiles, mais sans succès. Que font-ils de travers ?

Papaji : Ils devraient abandonner l'intention de rester tranquilles. S'ils ne peuvent rester tranquilles, je leur dirais : "Abandonnez l'intention de rester tranquilles." S'ils le font, qu'arrivera-t-il ?

David : Vous dites fréquemment aux gens, Papaji, de se demander "Qui suis-je ?" Pourquoi ceci marche-t-il quand toute autre méthode échoue ?

Papaji : Parce que ce n'est pas une méthode. Les méthodes émondent les branches, mais l'investigation frappe à la racine, à la racine du mental. Une branche que vous avez coupée repoussera après un certain temps. Mais si vous allez à la racine du mental et arrachez la racine, il ne pourra jamais revenir. L'investigation déracine le mental. Quand vous vous demandez "Qui suis-je ?", vous frappez à la racine et détruisez le mental d'une manière permanente. En fait, il serait plus précis de dire que par l'investigation vous découvrez qu'il n'existe pas de mental du tout.

"Je" est le mental. Lorsque vous vous demandez : "Qui suis-je ?", "je" s'interroge lui-même pour découvrir la vraie nature du mental. Personne ne s'est jamais demandé : "Qui suis-je ?", personne. Les gens demandent toujours : "Qui êtes-vous ? Qui est-il ? Qui est-elle ?" Mais personne ne se demande : "Qui suis-je ?" Lorsque vous vous interrogez ainsi pour la première fois, vous ne frappez pas seulement à la racine du mental, vous frappez à la racine de toute création, parce que le "je", le mental, est la source de toute création. Lorsque vous faites l'investigation, le "je" n'est pas seul à disparaître, mais la création elle-même s'évanouit également. Vous découvrez qu'il n'y a pas de créateur, pas de création et pas d'êtres créés. Ce "Qui suis-je ?" est un outil tellement puissant qu'il vous emmène dans les profondeurs du Soi, en ce lieu où vous découvrez que ni vous ni la création n'ont jamais existé.

David : Beaucoup de gens se sont demandé "Qui suis-je ?" sans obtenir la bonne réponse. Le mental était toujours là. Devraient-ils continuer à se poser cette question jusqu'à ce qu'ils obtiennent la bonne réponse ?

Papaji : Non, une fois seulement. Si vous le faites correctement, vous n'avez besoin de poser la question qu'une seule fois. Faites-le correctement et cela frappe au bon endroit. Quand vous vous demandez "Qui suis-je ?", n'attendez aucune réponse. Vous devez vous débarrasser de l'espoir d'obtenir une réponse. Vous ne devez pas faire l'investigation avec l'intention d'aboutir quelque part, d'obtenir une réponse. L'objet de cette question n'est pas d'obtenir une réponse. C'est plutôt de se perdre, comme une rivière se perd dans l'océan. Elle ne va pas à l'océan pour rester rivière, elle va à l'océan pour se perdre. Dans l'enquête "Qui suis-je ?", il y a fusion avec la divinité, avec le Soi dans la vacuité même. Restez simplement tranquille et voyez ce qui se passe.

Lors de cette investigation on ne doit pas attendre de réponse. Quand l'interrogation est terminée, le "je" se trouve liquidé. "Qui suis-je ?" Qu'est-ce qui peut venir après ce "je" ? Vous devenez Ce dans quoi le "je" s'est déversé. Ce lieu ne peut être que la vacuité.

David : Papaji, vous dites fréquemment : "La Vérité exalte une personne sainte." Vous dites également qu'une personne sainte est celle dont le mental est sans tache, pur, immaculé. Et cependant, vous ne demandez jamais à quiconque de rendre son mental sans tache, pur ou immaculé. Comment la Vérité peut-elle nous exalter si nous ne faisons rien pour rendre notre mental pur, sans tache, immaculé ?

Papaji : Vous ne pouvez pas rendre le mental pur. Le mental lui-même est poussière. Vous ne pouvez pas nettoyer la poussière avec de la poussière. Imaginez que vous vouliez nettoyer un miroir poussiéreux. Lui apporter davantage de poussière c'est l'ajouter à la couche initiale. Nettoyer le mental c'est cela : ajouter de la poussière à la poussière. Toutes vos tentatives pour nettoyer le mental par la méditation ou le yoga échoueront, car elles ne feront qu'ajouter de la poussière à la poussière déjà présente. Donc, ce que je dis c'est : "Restez tranquille." Si vous restez tranquille le miroir lui-même s'enlève afin que la poussière ne puisse se poser nulle part. C'est ce que je veux dire par sainteté. La Vérité exalte la sainteté et vous devenez saint en enlevant le miroir du mental.

Lorsque vous êtes devant un miroir, votre visage s'y reflète. Ce reflet est une tache, une impureté. Tant que cette tache est là, vous n'êtes pas saint. Comment enlever ce reflet ? Simple. Vous jetez le miroir. Qu'arrivera-t-il alors au reflet ? Il retournera à votre visage. Si vous jetez le mental pendant une seconde, juste une seconde, la sainteté se révélera elle-même et vous fusionnerez avec elle.

C'est pourquoi je dis : "La Vérité magnifie une personne sainte." Tous les objets que vous voyez autour de vous sont des reflets dans le miroir de votre mental. Tout objet est de la poussière. Jetez le miroir et il n'y aura plus de mental, plus d'objet et plus de poussière.

David : La plupart des gens, Papaji, pensent que l'illumination peut être atteinte après une longue période de dure préparation. Qu'est-ce qui ne va pas dans cette croyance ?

Papaji : C'est faux du début à la fin. Toute croyance est fausse. Pourquoi devriez-vous croire en quelque chose ? Avez-vous besoin de croire que vous êtes David Godman ? Vous en êtes tout à fait sûr, n'est-ce pas ? Avez-vous besoin d'interroger quelqu'un d'autre ? Allez-vous dire à Madhukar : "Dites-moi, je vous prie, où se trouve David Godman. Vivait-il dans cette maison ?"

Il vous dira : "Vous êtes David Godman et ceci est votre maison." Comment avez-vous perdu la connaissance infaillible et la conviction de qui vous êtes réellement ? Vous ne vous engagez pas dans une préparation difficile pour découvrir qui vous êtes si vous le savez déjà. Vous vous attachez à des idées fausses. Parce que vous y croyez, vous finissez par penser que vous avez quelque chose à faire pour être ce que vous êtes déjà. Vous vous coincez dans ces choses et oubliez où est votre véritable maison.

David : Je pense que c'est un problème majeur en Occident, Papaji. Les gens ne sont pas convaincus d'être prêts pour la réalisation dans l'instant. Ils pensent tous qu'ils doivent faire quelque chose.

Papaji : Bien sûr. C'est ce que j'entends dire. C'est pourquoi les professeurs de yoga ont beaucoup de succès en Occident. J'ai vu des centres de yoga jusque dans de petits villages. Il y a environ cinq mille professeurs de yoga en Europe. J'ai parlé à certains d'entre eux et ils réussissent fort bien.

J'ai demandé à l'un d'eux : "Qu'enseignez-vous ?" Il me répondit : "Comment rester jeune et en forme jusqu'à l'âge de quatre-vingt-dix ans." C'est le but de la plupart d'entre eux et si c'est ce que vous voulez obtenir du yoga, il peut vous aider à le réaliser.

De nombreux livres sur le yoga sont vendus en Occident, j'en ai même vus à l'étal sur le trottoir. L'un d'entre eux était Yoga et sexe, vous avez dû le voir.

Ainsi, le yoga enseigné en Occident vise à maintenir la santé et la vitalité du corps. Je me souviens d'une jeune fille à Düsseldorf. Elle semblait avoir environ vingt ans et paraissait en pleine forme et très heureuse. Je l'ai vue pratiquer la méditation, aussi je lui ai demandé : "Lorsque vous méditez, sur quoi méditez-vous ?"

Elle répondit : "Je veux rester jeune longtemps. J'ai actuellement vingt-sept ans et je veux rester en bonne santé jusqu'à quatre-vingt-cinq ans."

Je lui ai donné le nom de Ratna, ce qui signifie "diamant". J'ai rencontré son ami et je l'ai nommé Ratnasagar, ce qui signifie ‘océan de diamants'. Tous deux étaient des gens très bien, mais ils n'obtenaient aucun résultat de leur méditation. Personne n'obtient de véritable résultat par la méditation.

David : Je désire vous poser des questions sur le bonheur, Papaji. Je vous ai entendu dire que personne au monde n'est heureux, que les gens croient seulement l'être. Comment pouvez-vous justifier cela ?

Papaji : Parce que personne n'est heureux dans ce monde. C'est une déclaration véridique. Je n'ai jamais vu une personne heureuse. J'ai voyagé dans le monde entier et, dans chaque pays que j'ai visité, tous ceux que j'ai vus souffraient. Tout le monde souffre, même les gens les plus riches.

Une fois, en Suisse, j'ai rencontré un homme très riche. Je suis allé le voir parce que je m'étais occupé de son fils en Inde. Ce garçon avait eu des problèmes mentaux et quelqu'un lui avait suggéré : "Allez voir Poonjaji à Rishikesh. Vous irez mieux si vous restez avec lui." Ce garçon resta avec moi pen dant un an environ. Il était un peu paranoïaque ou schizophrène, mais il retrouva l'équilibre après être resté avec moi. Il fit le tour de l'Inde avec moi – Lucknow, Haridwar, Rishikesh, Delhi et Bombay – avant de retourner en Suisse.

Son père m'invita lors de mon voyage suivant en Europe. Il me logea dans un appartement panoramique au dernier étage d'un immeuble. De toute évidence cet homme était très riche, mais il ne pouvait dormir la nuit. Il commençait par boire plusieurs verres, puis prenait trois ou quatre comprimés de somnifère. Malgré cela, il ne pouvait dormir.

Je lui demandais : "Pourquoi ne pouvez-vous pas dormir ? Je vous ferai dormir. Décidez à quel moment vous souhaitez dormir et j'y veillerai."

Son problème venait de ce qu'il avait une usine de montage de voitures – 5000 travailleurs à la chaîne, plus tout le personnel administratif. C'était un complexe très important. Les téléphones sonnaient toute la nuit – expéditions, ventes, réservations. C'était sa manière d'être. Il était tellement occupé qu'il ne pouvait dormir.

Je lui dis : "Emmenez-moi demain dans votre voiture et ne me demandez pas où nous allons."

Le jour suivant il me dit : "Je ne puis venir avec vous parce que des visiteurs sont venus ici avec des commandes."

Lorsque vous avez continuellement des affaires en tête – des choses à faire aujourd'hui, demain ou le jour suivant – les pensées correspondantes vous occuperont tout le temps l'esprit. Comment voulez-vous dormir si vous ne les rejetez pas ? En Occident les gens travaillent sans arrêt. Ils n'ont pas le temps de dormir. Etes-vous nés seulement pour travailler ou pour être en paix ? Que se passe-t-il en Occident ? Travail, travail et encore plus de travail. Cela coûte aux gens leur santé, mais néanmoins ils ne prennent pas de repos. Voilà pourquoi ils ne sont pas heureux, voilà pourquoi ils ont des problèmes.

Ils pensent : "J'ai un compte en banque bien garni, un bel appartement et une voiture du modèle le plus récent." Mais ceci n'aide pas un homme à être heureux. Pour être heureux, la meilleure recommandation est le contentement. Quoi que vous ayez, soyez-en satisfait. Si vous voulez comparer votre fortune à celle des autres, regardez les gens qui ont moins que vous et soyez heureux. Ne regardez pas un quelconque sheikh millionnaire et ne vous sentez pas jaloux qu'il soit plus riche que vous. Regardez les gens moins favorisés que vous : "Regarde cet homme. Il mendie. Dieu merci, j'ai plus d'argent que lui. J'ai de la nourriture et je n'ai pas besoin d'avoir en main une sébile de mendiant." Si vous avez cette attitude, vous dormirez très bien.

Henry Ford, fondateur et propriétaire de Ford Motors, était à une époque l'homme le plus riche au monde. Mais il ne pouvait pas manger normalement. Il dit une fois : "J'observe mes ouvriers quand ils déjeunent. Je vois les quantités qu'ils mangent. Je sens que je ne pourrais jamais manger autant de nourriture parce que mes docteurs m'ont recommandé de manger très peu."

Etes-vous venus ici-bas pour ne pas manger, pour ne pas dormir ? Etes-vous ici seulement pour gagner de l'argent, de l'argent que vous laisserez derrière vous à votre mort ? Je ne suis pas en train de dire : "Ne gagnez pas d'argent du tout." Je dis simplement : "Gagnez de l'argent, travaillez et vivez bien, mais n'allez pas vous perdre pour cela." N'oubliez pas que vous êtes venus ici pour être en paix et non pour gagner de l'argent.

David : Beaucoup de gens vivent le bonheur en s'adonnant aux plaisirs physiques. Ce bonheur dont ils font l'expérience est-il celui que vous connaissez d'être votre propre Soi, ou est-ce un bonheur d'une nature différente ?

Papaji : Non, non. Etre votre propre Soi est le seul bonheur véritable. Si vous le recherchez ailleurs, où que ce soit, vous ne faites que vous fatiguer pour découvrir que ce que vous vous évertuez à obtenir n'est pas le bonheur véritable. Si vous avez besoin de répéter encore et toujours le processus pour obtenir le bonheur, alors ce que vous obtenez n'est pas le bonheur véritable. Vous voulez répéter le processus toujours plus parce que l'expérience de bonheur que vous avez obtenue chaque fois ne vous a pas pleinement satisfait. Voilà pourquoi vous le répétez.

David : Je ne parle pas du processus, Papaji, je parle du résultat. Si je suis tout à coup extrêmement heureux de faire quelque chose, mon bonheur est-il le même que votre bonheur, ou est-il différent ?

Papaji : Le bonheur est un. Le bonheur est un. Mais lorsque vous l'attribuez à quelque chose qui n'est pas permanent, alors il est différent. Vous dites "votre bonheur". Le bonheur que je désigne n'est pas celui que vous qualifiez comme étant "mon" bonheur ou "votre" bonheur. Je désigne un bonheur qui n'est pas attribué, qui n'est pas gagné, et non "mon" bonheur ou "votre" bonheur. Voilà l'unique différence. Vous employez "mon" et "votre". Si vous enlevez "vous" et "moi", il n'y a pas de différence.

David : Qu'en est-il des états tels que l'extase et la félicité ? Sont-ils des expériences du mental ou viennent-ils du Soi ?

Papaji : L'extase est un état mental. Elle demeurera pendant un certain temps, puis elle s'affaiblira à nouveau et disparaîtra. De nombreuses personnes entrent en extase rien qu'en entendant un poème ou en chantant un chant, ou par d'autres moyens. On peut entrer dans des états extatiques, mais ils s'en iront car ils dépendent de circonstances transitoires.

La félicité est différente. Elle peut être comparée à l'aube avant le lever du soleil. Quand arrive l'aube vous savez que le soleil suivra bientôt. Le soleil n'est pas là, mais il montre certains signes au-dessus de l'horizon. Donc, lorsque vous ressentez une félicité sans l'attribuer à un objet extérieur, vous focalisez sur l'aube du Soi. Pour voir le lever du soleil vous ne regardez pas vers l'Ouest, mais vers l'Est, vers le point d'où viennent les rayons. Lorsque vient la félicité, fixez-vous sur elle, devenez un avec elle. Lorsque vous faites l'expérience de Cela d'où émane la félicité, cette dernière sera rejetée. La félicité est également un état mental. À la fin elle sera rejetée.

David : Devons-nous la rejeter consciemment, ou cela se produira-t-il automatiquement ?

Papaji : Cela se produira automatiquement.

David : Certaines personnes disent que la félicité est un obstacle à la réalisation et que l'expérience finale est paix et immobilité.

Papaji : C'est une idée qui vient du yoga. Le niveau de la félicité, ou anandamaya kosha, est une des cinq enveloppes qui limitent le "je". En premier il y a l'annamaya kosha, l'enveloppe physique, puis le pranamaya kosha, l'enveloppe des sens ou ‘vitale', puis le manomaya kosha, l'enveloppe mentale, puis le vijnanamaya kosha, l'enveloppe intellectuelle, et finalement l'anandamaya kosha, l'enveloppe de félicité. Dans le système du yoga, vous devez rejeter une par une toutes ces enveloppes, y compris l'enveloppe de félicité. Vous devez enlever un par un tous ces attachements. Lorsque vous avez enlevé votre attachement au corps physique, aux sens, au mental et à l'intellect, la félicité viendra. La félicité est présente quand l'intellect s'en va. Mais on ne devrait pas s'y attacher. La plupart des yogis s'attachent aux états de félicité et ne vont pas au-delà. Ceci est la conséquence du système du yoga qui a pour but d'obtenir les états de félicité.

Ne vous attachez pas à ce kosha [enveloppe] finale. Ne vous contentez pas de la félicité. Demeurez tranquille et laissez la félicité devenir Cela. Au fur et à mesure que le mental absorbe la félicité, il la devient. Après un certain temps, il ne sera plus question de rejeter la félicité, car, venant de l'autre côté, de l'au-delà du mental, du non-mental, la liberté même vous recevra et vous étreindra. À ce stade, personne ne peut rejeter la félicité.

Si vous pouvez ressentir la félicité, c'est très bien. La félicité du Soi, l'atman, s'appelle atmananda. Elle atteint l'atman lui-même. Bien que tout soit parti quand vous atteignez cet état, ce n'est pas encore l'état final. Le "non-mental", qui est en relation avec le mental, est toujours en vie.



 

Si vous pouvez atteindre cet état de non-mental, c'est très bien. Quand vous avez atteint ce stade votre travail est terminé, car, dès lors, c'est la tâche de l'au-delà. Cet au-delà est impénétrable. Il vous prendra en charge et travaillera sur vous d'une très belle manière. Il se révélera lui-même de plus en plus à chaque instant qui passe. Il vous montrera une beauté différente, un amour différent et une forme différente tellement enivrants que vous serez toujours uni à lui. "Il" sera uni à lui. Même si le corps s'en va, vous ne pouvez vous défaire de lui. Ceci peut être décrit comme l'ultime, comme l'"ultimeté".

David : Papaji, quelles sont les différences entre le non-mental, le mental mort et le mental silencieux ?

Papaji : Mental silencieux signifie demeurer temporairement tranquille. C'est simplement une suppression des objets dans le mental. Cela peut se produire de nombreuses fois, mais ne dure pas.

Le mental immobile est également temporaire, il peut résul ter de la méditation, de la concentration. C'est comme la flamme d'une bougie. Quand il n'y a pas un souffle d'air, la flamme est immobile. Quand le vent se lève, la bougie vacille et s'éteint. Le mental immobile s'envole dès qu'il rencontre le vent d'une nouvelle pensée.

En ce qui concerne le non-mental, c'est la première fois que j'entends cette question. Personne auparavant, en Inde ou en Occident, ne m'a jamais interrogé à ce sujet. Je suis très heureux d'aborder cette question pour la première fois.

Avant que nous parlions du non-mental, nous devons voir ce qu'est le mental. Partons de la conscience. Il vous arrive de souhaiter voir votre apparence dans un miroir. D'une façon similaire, la conscience veut parfois se contempler pour voir ce qu'elle est. Une vague se lève dans la conscience et se demande, "Qui suis-je ?" Cette vague se levant dans la conscience s'imagine séparée de l'océan. Cette vague devient "je", le soi individuel. Une fois séparé, ce "je" dégénère un peu plus et se met à créer. En premier, ce sera l'espace, l'immense vide de l'espace infini, sans frontière. Et, avec cet espace, vient la création du temps, car partout où il y a l'espace, il doit y avoir le temps. Ce temps devient le passé, le présent et le futur et, à partir d'eux, les attachements prennent naissance. Toute la création prend naissance au sein du passé, du présent et du futur. C'est ce qu'on nomme samsara. Samsara signifie temps. Samsara est le passé, le présent et le futur sans fin. Tout ce qui est né dans le temps et qui y demeure finira dans le temps. Et tout ceci est mental. Le "je" s'est présenté et a créé l'espace, puis le temps, puis le samsara. Ce "je" est maintenant devenu le mental et ce mental est "je".

Alors, à un moment donné, un intense désir de liberté surgit de la conscience même. À l'origine c'était une descente depuis la conscience, du "je" à l'espace, au temps, au samsara. À présent, c'est une ascension. Dans cette ascension, les attachements aux objets physiques, puis au vital, puis au mental, puis à l'intellect s'en vont. Finalement, vous retournez au "je" seul. Ce "je" est le mental immobile.

Ce "je" a tout rejeté. Il est solitaire, sans attachements. Il ne peut retourner au monde des attachements, au samsara. Il a un désir de liberté, il veut retourner au lieu de son origine. Ce "je" qui avait pris naissance dans la conscience retourne maintenant à la conscience. Il prend la décision : "Deviens non-mental maintenant", et par cette décision le "je" n'est plus là, le mental n'est plus là. Le "je", qui est le mental, a été rejeté, mais il existe encore quelque chose là, entre le "je" et la conscience. Cette chose entre-deux est nommée non-mental. Cette entité entre-deux fusionnera avec la conscience et deviendra alors la conscience même.

Regardez cette tasse [il désigne un gobelet sur la table]. L'espace, le vide, est à la fois à l'intérieur et à l'extérieur. Nous nommons "espace intérieur" l'espace du dedans et l'espace du dehors est nommé "espace extérieur". Pourquoi ? Parce que le nom et la forme de la tasse séparent l'intérieur de l'extérieur. Quand le nom et la forme sont enlevés, l'espace intérieur et le mahat, l'espace plus vaste, deviennent un. En fait, ils furent toujours un. Du point de vue de l'espace même, il n'y eut jamais d'intérieur ou d'extérieur. Le nom et la forme ont fait apparaître l'existence d'un intérieur et d'un extérieur, mais l'espace n'a jamais été touché par ces divisions artificielles. De même, la liberté est toujours là, jamais touchée par les noms et les formes. "Nom et forme" sont "je". Quand le "je" s'en va, les murs qui semblaient diviser la conscience sont enlevés. Ceci devient Ceci.

Lorsque vous retournez du mental à la conscience, vous passez par cette phase de non-mental. Dans cet état il y aura l'impression, le souvenir : "Maintenant c'est le non-mental." Graduellement, lentement, ce non-mental retournera fusionner dans l'au-delà. Mais je ne sais pas comment cela se passe.

David : Le non-mental peut-il redevenir mental ? Peut-il sortir ? Peut-il devenir manifesté ?

Papaji : Un processus a eu lieu. À présent, c'est la conscience même. Pourquoi parler du mental et du non-mental ?

Dans l'ancien temps, quand un roi mourait sans laisser d'héritier, un éléphant royal était envoyé pour désigner son successeur. La tradition voulait que la personne que l'éléphant soulevait et mettait sur son dos, quelle qu'elle fut, devînt le nouveau roi. Une fois, à cette occasion, l'éléphant prit un mendiant et il devint roi. Tout le monde était heureux. Les ministres le saluèrent, lui donnèrent des robes cousues d'or et le mirent sur le trône. Cet homme, qui fut mendiant, n'avait plus rien à faire. On faisait tout pour lui. Tout venait à lui sans qu'il ait à le demander. Les courtisans et les ministres savaient tous comment être à son service. Il n'avait plus à mendier. La nourriture lui était servie aux moments opportuns, et la nuit toutes les reines prenaient soin de lui. Une fois qu'un mendiant a goûté au statut de roi, voudra-t-il retourner dans son village et mendier à nouveau ?

C'est ce qui se passe lorsque vous devenez éveillé au fait d'être conscience. La personne est toujours là, le corps est toujours là, mais aucun personnage ne pense : "Je dois faire ceci ou cela." À la place, il y a une connaissance que la conscience prend soin de tout. Si vous êtes conscience, c'est à dire le roi, les cinq sens deviennent les ministres qui vous servent. L'activité des sens se poursuit automatiquement, vous n'avez pas à penser à eux. Si c'est l'heure pour le roi de manger un pan [rires], le pan sera servi. Si c'est l'heure du café, le café sera servi.

Quand vous êtes conscience, le cerveau devient premier ministre, les organes des sens deviennent ministres, et tous vous servent. Vous n'avez pas à penser du tout.

Pour que cela marche, il vous faut avoir l'autorité et le pouvoir d'un véritable roi. Si vous vous comportez en roi sans en avoir l'autorité, personne ne vous écoutera. L'autorité doit être présente et cette autorité ne peut venir qu'en étant la conscience même.

Je vais vous raconter une histoire plaisante à propos d'un autre roi qui voulait voir son premier ministre de toute urgence, mais comme ce dernier était absent du palais à ce moment-là, le roi alla le voir chez lui.

La femme du premier ministre accueillit le roi et lui dit :

– Mon mari est dans la salle de puja.

– Alors appelez-le, dit le roi.

– Je ne peux pas l'appeler, répondit l'épouse, je ne suis pas autorisée à le déranger quand il est dans cette salle.

Cependant le premier ministre avait entendu l'arrivée du roi. Il sortit de la salle vêtu de sa robe de puja et le roi lui demanda : "Que faisiez-vous ?"

Le premier ministre ne répondit pas, ce qui mit le roi très en colère parce qu'il y vit un acte flagrant d'insubordination. Il appela un de ses officiers de police et lui donna l'ordre de l'arrêter. L'officier avança, mais avant qu'il put mettre cet ordre à exécution, le premier ministre s'écria : "Attendez ! Attendez !" Le roi fit alors un signe au policier et attendit une explication. À la grande surprise de tous, le premier ministre désigna le roi et intima au policier l'ordre de l'arrêter. Bien entendu, le policier, qui n'avait pas autorité d'arrêter un roi, ne bougea pas.

Puis le premier ministre donna l'explication suivante au roi : "Quand vous avez dit "arrêtez-le", le policier allait exécuter votre ordre, car vous avez le pouvoir de donner un tel ordre. Mais lorsque j'ai dit, "arrêtez-le", le policier n'a pas obéi, car je n'ai pas d'autorité sur vous. L'ordre était le même dans les deux cas, mais l'autorité était différente. Vous aviez le pouvoir. Je ne l'avais pas. Je n'ai pas répondu lorsque vous êtes venu, parce que j'étais en train de prononcer le mantra gayatri. Je n'ai pas pu ensuite vous parler de ce mantra, car vous n'y avez pas été initié. Moi-même je ne suis pas habilité à vous parler de ce mantra, je suis donc resté silencieux."

Donc, si vous voulez avoir l'autorité d'un roi, vous devez être la conscience même. Alors les sens vous obéiront. Tout sera beau, parce que tous les ordres viendront de la conscience. Les rois peuvent se tromper, mais la conscience prend toujours la bonne décision au bon moment. Quand vous êtes dans le non-mental, vous ne pouvez faire aucun travail par vous-même. C'est simplement la Grâce qui est présente et vous lui obéissez. Vous-même, vous ne faites rien, parce que le sujet agissant est parti. Le mental n'est plus là. Toutes ses diverses fonctions ont disparu. Vous demeurerez avec le corps pour une période définie, déjà décidée et durant ce temps-là vous serez l'instru ment de la conscience.

Certaines personnes ne peuvent pas supporter le choc de la liberté pendant plus de vingt-et-un jours. Cela a été spécifié dans les livres. Imaginez un homme qui, d'une manière inopinée, gagne un milliard de dollars dans une loterie. Tant de richesse arrivant soudainement peut le tuer. Il pourrait avoir une crise cardiaque et mourir.

C'est parfois la même chose avec l'illumination. Tant de bonheur arrivant soudainement, d'une manière imprévue, peut emporter le corps. Mais l'illumination ne sera pas affectée.

Certaines personnes vivent longtemps après l'éveil, unique ment pour en faire bénéficier d'autres. Cette aide ne vient pas d'une certaine "personne". Elle vient directement de la cons cience. L'instructeur, qui est conscience, sait que ce n'est pas "je" qui travaille. Son attitude est : "J'ai été désigné pour parler, mais ce n'est pas "je" qui parle." Si l'instructeur pense qu'"il" parle, ce n'est que de l'arrogance. Ses paroles resteront sans effet.

Lorsque vous vivez cela directement, ce que vous dites n'est pas votre affaire. Ce n'est pas votre problème si quelqu'un est aidé ou non, si les gens viennent vous voir ou non. Pour vous, tout revient au même.

David : La conscience vous a donc donné l'ordre d'enseigner. Est-ce bien ce que vous dites ?

Papaji : La conscience...?

David : Vous a donné l'ordre d'enseigner. Est-ce bien cela que vous dites ? Vous exécutez seulement l'ordre.

Papaji : [longue pause] La conscience et moi... sommes tellement devenus un, je ne peux pas dire si "elle" peut "me" donner des ordres.

David : Mais un certain pouvoir vous oblige à donner des satsangs, n'est-ce pas ?

Papaji : Oui, un "certain pouvoir" comme ceci : [il tend sa main devant lui], si je veux boire de l'eau, dois-je dire : "Poonjaji, prends le verre" ? Avant de le porter à la bouche, vais-je dire à ma main : "porte-le à la bouche" ? Et avant de boire, vais-je donner l'ordre : "bois" ? [Papaji rit, prend le gobelet et boit]. À cet instant, je n'ai pas donné d'ordre à la main. Tout ceci est moi, voyez-vous. Les gens qui sont aidés ne sont pas ‘autres'. La main est mienne, l'estomac est mien et le besoin d'eau est mien. Qui sont les autres ? Qui est autre que moi ?

Tout d'abord, qui est ignorant ? Si les gens le disent, je ne les crois pas. Qui veut être libre ? Si quelqu'un me le dit, je ne le crois pas. Qui n'est pas déjà libre ?

Donc, quand les gens viennent me voir et disent : "J'ai des problèmes, je suis attaché", je pense qu'ils plaisantent, je plaisante donc également : "Vous n'êtes pas attachés, vous êtes libres."

Ils demandent : "Cela prend-il beaucoup de temps ?"

– Non, non, dis-je, vous pouvez l'obtenir à l'instant même.

Tout cela est très drôle, aussi je le considère comme tel. L'affirmation "je suis enchaîné", n'est-ce pas une plaisanterie ? Les gens qui parlent ainsi ne me montrent ni chaînes, ni fers, ni prison. Quelle sorte de prison est-ce ? Pour moi tout cela est donc une vaste plaisanterie et je l'apprécie.

David : Alors, quand vous regardez les gens pendant le satsang, Papaji, vous ne voyez que des gens éveillés qui font semblant de ne pas être éveillés ?

Papaji : [longue pause] Oh, c'est une question difficile, mais je dois y répondre, car je réponds à toutes les questions. Tout d'abord je les absorbe tous et je donne à chacun une place dans mon Cœur, dans mon Cœur. De même qu'un amant donne une place à sa bien-aimée dans son Cœur, vous avez toujours une place dans mon Cœur. Donc je m'ouvre ici et je dis : "Vous et moi, nous parlerons ensemble. Oui. Vous n'êtes pas séparés de moi, vous êtes au sein du Cœur. Vous êtes dans mon Cœur. Parlons ensemble."

David : La Grâce agit dans le satsang, Papaji. Vient-elle de vous, à travers vous, ou est-elle tout simplement présente ?

Papaji : De la Grâce seulement. La Grâce doit venir de la Grâce, n'est-ce pas ? Une vague doit venir de l'océan. La Grâce doit venir de la Grâce, l'océan de Grâce.

David : Toutefois elle semble s'écouler très fort auprès de vous.

Papaji : Je ne sais pas.

David : Papaji, je vous ai plusieurs fois entendu dire : "Je connais de nombreux stratagèmes pour éveiller les gens. Si un ne marche pas, j'en utilise un autre." Quels sont ces tours et comment les utilisez-vous ?

Papaji : L'un d'eux est : "Restez tranquille ! Restez tranquille ! " Le second : "Ne pensez pas du tout." Le troisième : "N'activez pas votre mental." S'ils ne marchent pas, j'ai un quatrième tour. Je dis : "Venez à moi et je vous apprendrai le yoga. Je vous apprendrai comment faire le shirshasana [une position de yoga, la tête au sol et les pieds en l'air]."

Je leur demande de se tenir debout devant moi, puis je leur dis : "Maintenant tête en bas, pieds en l'air, c'est le shirshasana." Je sais le faire moi-même, alors je peux aisément leur montrer.

Alors, tandis qu'ils se tiennent sur la tête, ils disent : "Mais c'est la liberté que nous voulons."

Pendant qu'ils sont encore dans cette posture, je leur indique comment obtenir la liberté. Je dis : "Restez tranquille, restez tranquille." À ce moment-là, comme ils souffrent un peu, ils écoutent. Quand les gens commencent à avoir des problè mes par l'abus de plaisirs sensoriels, ils viennent me voir et m'écoutent. Quiconque se trouve la tête en bas suffisamment longtemps commence à souffrir et quand quelqu'un commence à être attentif à sa souffrance, il vient me voir. Je connais donc de nombreux tours et je les ai souvent utilisés en Occident.

Les gens qui viennent me voir à Lucknow sont surtout des gens bien. Je n'ai aucun problème avec eux. Ils viennent du monde entier pour la première fois en Inde et à Lucknow, et je suis très heureux avec eux. Quand je leur parle ils m'écoutent. Ils m'écoutent comme ils écouteraient leur père ou toute autre personne respectable qui donnerait de bons conseils. Ils veulent en finir avec leur souffrance, avec leur douleur mentale. Donc je leur donne ce tour : je leur dis d'être tranquilles. La plupart des gens aiment beaucoup ce conseil, car je ne leur demande pas de faire quelque chose. Ils obtiennent le bonheur et la paix en ne faisant rien, en étant simplement tranquilles.

Qui n'aspire pas au bonheur ? Qui n'aspire pas à la paix ? Qui ne veut pas la beauté ? Tout le monde est intéressé. Donc ils m'écoutent et je suis heureux. Tous en profitent. Ils retournent dans leurs pays respectifs en ambassadeurs de cette ville de Lucknow. Et alors ils envoient leurs amis. Des milliers de gens sont venus ici simplement parce qu'ils ont entendu des commentaires favorables.

Personne ne se plaint de ce qui se passe ici. Il n'y a rien à payer, il n'y a pas d'ashram, il n'y a pas d'appels de fonds. Je vis dans ma propre maison et j'appartiens à cet endroit. Je vis ici depuis cinquante ans. J'ai également passé quelques années à l'étranger. J'aime voyager, mais à présent mon âge avancé m'oblige à rester ici. Voilà pourquoi vous êtes ici. Il y a peu de temps encore, je rendais habituellement visite aux gens dans leur propre ville. Je n'aimais déranger personne, voyez-vous.

Donc, à présent, il y a beaucoup de monde ici et je suis très heureux qu'un message de paix se répande. Nous en avons énormément besoin.

Il y a deux mille six cents ans des messagers de paix furent envoyés de l'Inde dans le monde entier en les personnes de Mahendra et Mitra. Les propres fils et fille de l'empereur Ashoka furent envoyés comme émissaires. D'autres personnes allèrent en Chine, au Japon et en Corée avec la même mission. À cette époque le monde entier était en paix. Décidons donc d'envoyer à nouveau ce message de paix et envoyons-le à partir du même endroit. Le Bouddha est originaire de cet état-ci. Je suis très heureux que le message de paix soit répandu une fois encore à partir de l'endroit où vécut le Bouddha. De nombreux touristes viennent dans cet état pour visiter les lieux saints associés à la vie du Bouddha. Ils visitent des localités telles que Kushinagar, Siddharthanagar et Lumbini qui sont devenues des lieux saints, car un homme a répandu un message de paix à partir de ces endroits.

Vous pouvez connaître la paix dans le monde par votre propre éveil. Cette illumination même est un message. Quand vous rentrerez dans vos pays respectifs vous pourrez parler ou demeurer silencieux. Cela marchera, vous verrez. Quand vos amis vous demandent : "Qu'est-il arrivé ?" vous pouvez demeurer silencieux. Il vous le demanderont à nouveau. Restez simplement tranquille, c'est tout ce que vous avez à faire.

David : Papaji, beaucoup de gens vous ont entendu dire : "Je n'ai délivré mes enseignements ultimes à personne." Quels sont ces derniers enseignements et pourquoi ne les répandez-vous pas ?

Papaji : Ils n'en sont pas dignes. Personne n'est digne de les recevoir. Car mon expérience m'a révélé l'arrogance et l'égoïsme de tout le monde. Cela a conduit à de la souffrance. Beaucoup de gens souffrent. Je fais actuellement un nouvel essai. Je verrai ce qui va se passer.

Je ne pense pas que quiconque soit digne de les recevoir. Vous devez faire preuve de sainteté pour en être digne. Pourquoi devriez-vous inquiéter les gens au lieu de les aider ? C'est de l'arrogance, voyez-vous.

Si un roi envoie un messager dans un autre pays, son unique tâche est de transmettre le message. J'ai envoyé un messager en Occident, mais il a essayé de devenir un roi. Beaucoup de gens en ont été perturbés, je l'ai vu de nombreuses fois. Que faire ? Cette sorte de comportement relève de l'indignité.

Il se peut que je sois trop généreux et que je ne lise pas les gens correctement. Peut-être est-ce de ma faute parce que je pense que tout le monde est bon. Bien que je parle de la Vérité à tout le monde, elle rejette ceux qui n'en sont pas dignes. Seule une personne sainte peut recevoir cet enseignement. Une telle personne en sera digne.

Dans le cas contraire, la Vérité pénétrera la tête et deviendra un savoir intellectuel. Les Occidentaux veulent une compréhension intellectuelle. Il sont très heureux quand ils comprennent. C'est tout ce que l'Occident veut : un savoir par l'intellect. Tout le monde sait qu'il y a quelque chose ‘au-delà'. Mais quand j'en parle, les Occidentaux disent : "Je ne comprends pas, je ne comprends pas." Donc je leur dis : "Vous n'avez pas du tout besoin de comprendre."

J'avais un ami qui habitait à Paris. Il avait suivi J. Krishnamurti pendant trente-cinq ans. Il voyageait de part le monde, suivant Krishnamurti partout où il se rendait : en Australie, en Nouvelle Zélande, en Suisse, en Angleterre. Il avait étudié tous ses livres.

Il vint me voir à Saanen et je lui ai parlé pendant un certain temps. Après m'avoir écouté, il dit : "Je ne comprends pas, je ne comprends pas."

Je lui dis : "Vous n'avez pas à comprendre ceci. Ce n'est pas quelque chose à comprendre. Vous devez l'être."

Il désapprouva : "Non, non. Je dois comprendre. Je ne vous comprends pas et je ne comprends pas Krishnamurti non plus."

Je lui répondis : "Vous n'avez besoin de comprendre Krishnamurti ou moi-même."

Il m'expliqua alors pourquoi il avait tant de problèmes avec Krishnamurti : "Je suis au point A et Krishnamurti est au point B. Mais quand je change de perspective de A à B, il se déplace au point C. Donc, je ne comprends même pas Krishnaji."

Krishnamurti était également à Saanen à cette époque et de nombreuses personnes qui le suivaient venaient me voir. Un homme vint un jour et se mit à parler : "Poonjaji et Krishnaji disent la même chose. Krishnaji dit, "enlevez les concepts du mental " et Poonjaji dit la même chose. Ils disent tous deux, "à moins que vous ne vidiez la coupe du mental, vous ne pouvez vous éveiller.""

Un disciple de Krishnamurti contesta cette affirmation : "Non, non, il existe une grande différence entre les enseignements de Poonjaji et de Krishnamurti. Krishnaji nous enseigne comment vider la coupe, Poonjaji nous enseigne de briser la coupe."

Voilà la différence et elle ne peut être comprise par le mental. Vous pouvez comprendre lorsque la coupe est pleine ou lorsque la coupe est vide, mais si la coupe n'existe pas, qui êtes-vous et qu'allez-vous comprendre ? Donc, ce que je dis c'est : "Le mental lui-même n'existe pas, vous n'avez donc pas besoin de comprendre." Vous devez le voir et le sentir quand je parle. Penser ne vous aidera pas.

Le mental lui-même n'est qu'une idée. Débarrassez-vous de cette idée. Et le mental est le passé, donc débarrassez-vous du passé également. Venez au présent et je vous dirai alors que faire ensuite. Venez au moins au présent et vous verrez.

David : Papaji, beaucoup de personnes viennent au satsang et ont des expériences d'éveil. Certaines d'entre elles reviennent des semaines ou des mois plus tard et disent : "Je l'ai perdue." Que se passe-t-il là ?

Papaji : De nouveau, c'est qu'ils n'en sont pas dignes.

David : La plupart du temps vous leur reprochez cette perte. Vous leur dites : "C'est de votre faute."

Papaji : Oui, Oui. Ils l'ont perdue parce qu'ils n'en ont pas pris grand soin. Je dis à ces gens : "Imaginez que je vous donne un gros diamant, vous pouvez en vivre pour le restant de vos jours, vous pouvez le vendre et en obtenir des millions de dollars. Si, au lieu de cela, vous ne reconnaissez pas sa valeur et vous vous en débarrassez, à qui la faute ? Si vous le donnez à la femme d'un pêcheur qui l'utilise pour calibrer ses poids parce qu'elle n'en connaît pas la valeur, à qui la faute ?"

Cet éveil est un diamant. Il ne devrait pas être transmis à des personnes indignes qui en feront un mauvais usage. Et en fait, elles en abusent. Je ne fais pas de distinction entre les gens qui viennent me voir. À tous, je leur dis la même Vérité. Certains l'obtiennent et puis la jettent en en faisant mauvais usage.

Ils reviennent et disent des choses du genre : "Mon amie m'a quitté. Je lui ai téléphoné et elle est revenue. Maintenant je suis à nouveau heureux." Est-ce cela la liberté ? La prochaine fois ils me diront : "Je suis revenu chez moi, mais elle m'a de nouveau quitté. À présent, je suis de nouveau affligé." J'entends des histoires similaires tous les jours.

David : Papaji, quand les personnes vous quittent, vous ne leur dites jamais : "Prenez soin de ce diamant que je vous ai donné. Prenez-en bien soin." Simplement, vous leur faites le reproche de l'avoir perdu lorsqu'elles reviennent.

Papaji : Toutes ne le perdent pas. Certaines d'entre elles sont des personnes de toute beauté. Elles m'écrivent et me disent : "Je le garde. Je garde encore ce don précieux. Non seulement je le garde, mais je le partage avec les autres. Après ce partage il est toujours le même, il ne diminue pas. Quel cadeau inestimable vous m'avez fait !" Toutes ne le perdent pas. Quoique je veuille que tout le monde en bénéficie, je sais aussi que tous ne peuvent pas l'obtenir. Néanmoins, les résultats sont très bons. J'observe les autres ashrams et je vois ce qui s'y passe. Comparés à eux, les résultats que nous obtenons ici sont tout à fait satisfaisants. Je suis très satisfait.

David : Une dernière question, Papaji. Toute votre vie, vous avez essayé d'exprimer votre propre vécu intérieur. Pourriez-vous, je vous prie, faire une nouvelle tentative pour nous ? Qui êtes-vous ? Qu'êtes-vous ? Quel vécu avez vous de votre Soi ?

Papaji : Voici une réponse très facile : "Je suis votre propre Soi. Je suis votre propre Soi, et c'est la Vérité. Comment serait-il possible que je fusse seulement moi-même ? Je suis votre propre Soi et le Soi de tous les êtres qui existent et qui viendront à l'existence."

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