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U. G.  KRISHNAMURTI

ENTRETIEN



Que règne la paix et l'amour parmi tous les êtres de l'univers. OM Shanti, Shanti, Shanti.



UESTION  :  Quand vous dites "je", quel concept avez-vous de vous-même ? À quoi ce "je" fait-il référence ?


U.G. : Pour moi, le "je" est un pronom singulier à la première personne. J'ai découvert cela étant très jeune. Ceci dit, je ne pense pas qu'il existe quelque "je", ou Soi, ou n'importe quel autre terme pour désigner ça. Vous ne pouvez en aucune façon vous séparer de cet organisme vivant, sauf au travers des concepts ou des idées qui vous ont été inculquées. Le seul moyen que vous avez de vous séparer de quel que soit ce que vous l'appelez : le "je" ou le Soi ou l'Atman, c'est d'utiliser la connaissance. Sinon, vous n'avez aucun moyen pour vous séparer de ce que vous appelez "vous", "je". Bien sur, j'utilise "je", j'utilise aussi "mon" parfois ; "ma" fille quand je la présente à quelqu'un, ou "ma" sœur. Ma femme est décédée il y a trente-cinq ans, donc il ne m'est plus d'aucune utilité d'en parler comme étant "ma" femme. Mais en réalité, je n'ai aucune relation que ce soit avec "ma" fille ou avec une personne que je présenterais comme "mon" ami. Je ne peux me séparer et me considérer que quand j'utilise la connaissance que j'ai du Soi, du "je", ou de l'Atman, ou quel que soit ce qu'il est. Donc, cette connaissance a été rentrée là-dedans, dans l'ordinateur, la base de données ou base de mémoire, par la culture ou la société. Ceci dit, je ne pense pas, jamais avoir la moindre idée quant à ce que je pourrais bien être.

Il n'y a ni intérieur, ni extérieur. Je ne peux me distinguer de vous qu'à travers la connaissance que j'ai de vous. Je ne me dis jamais que vous portez des blue-jeans. Je sais que ce sont des blue-jeans. Dès que je dis : "Ce sont des blue-jeans", la connaissance que j'ai des blue-jeans disparaît. Donc, je ne peux pas dire que je ne sais rien. Quand je dis que : "Je sais que ceci est bleu, et que le ciel est clair", alors je me retrouve à nouveau dans la même situation qui est celle de ne vraiment pas savoir ce qu'est ce que je regarde. Je ne me dis jamais : "Le temps dehors est clair". Jamais. Et, si vous me le demandiez, je répondrais : "Le temps est clair et ensoleillé, il fait très bon". Votre question fait jaillir toutes les informations présentes là, à l'intérieur. Jamais je ne me dis : "Il fait beau" ou je ne me dis jamais : "Il fait nuit" non plus. Mais je ne suis pas du tout en train de dire que : "Je ne sais pas". Je sais.



Donc, je ne peux absolument pas me séparer de ce qui se passe là dehors, ni de ce qui se passe dedans. S'il n'y a pas de séparation de ce que vous êtes en train de regarder, vous ne pouvez distinguer ce qui se déroule dehors de ce qui se déroule dedans. Il n'y a ni intérieur, ni extérieur ici. L'œil physique ne regarde pas cela comme étant "blanc", ni jamais il dit "c'est foncé". Les perceptions sensorielles ne traduisent absolument rien au sujet de ce qui se déroule là dehors ou ici en moi. Donc, je ne peux en aucune façon me séparer de ce que j'observe là dehors ou là dedans, en moi. Je peux dire : "Ceci est moi", "Cela n'est pas moi" ; "Je suis heureux", "Je suis malheureux" ; "Je suis avare", "Je ne suis pas avare" ; "Je suis jaloux", "Je ne suis pas jaloux". Ils ne représentent rien pour moi.

Question : Alors, n'avez-vous aucune identification avec ce qui se passe dans votre vie de tous les jours ?

U.G. : Non, je n'aime pas utiliser le mot identification. Je ne traduis jamais ce qui se passe afin de cadrer avec ce que je sais. Le besoin ne se présente que lorsqu'une demande survient du dehors. Les actions ne surviennent jamais d'elles-mêmes. C'est quelque chose d'automatique. Pour une raison ou une autre, dans la relation de cause à effet, l'espace entre les deux n'opère pas tout le temps. Ainsi, lorsqu'une demande se présente, je peux ensuite dire que cela est vraisemblablement la cause de ceci, et que ceci est le résultat de cela, mais en réalité, il n'y a aucun espace entre cause et effet. Donc, l'instrument que nous utilisons, qui est la pensée, ou même différentes pensées, naît de la relation de cause à effet, et il vous est impossible de comprendre quoi que ce soit sans créer l'espace entre la cause et l'effet.

Par exemple, la mort n'est qu'en soi un concept. Le corps ne sait pas qu'il est en vie en ce moment et vous ne serez pas là pour présider votre propre mort. Donc, concrètement parlant, je ne peux en aucune façon me dire que je suis en vie, ni savoir que je suis vivant. Si vous me demandez : "Êtes-vous vivant ou mort ?" Je répondrai certainement par : "Je suis vivant." Pourquoi dirais-je cela ? Je dis que je suis vivant en raison de ce que les physiologues m'ont appris et de ce que les docteurs nous disent. Comme je suis capable de parler et de réagir, ils en concluent que je suis un être vivant. Cela constitue le savoir commun transmis à chacun de nous, mais en aucune façon je peux faire l'expérience du fait que ceci est un organisme vivant. Impossible. Ainsi, lorsqu'il sera mort, il en sera fini de notre connaissance accumulée.

Nous ne nous intéressons qu'à une seule chose : "Comment ?" Tout le monde demande : "Comment ?". "Comment" devrait être supprimé de toutes les langues ! "Comment ?" signifie que vous voulez savoir. En sachant de plus en plus de choses, vous maintenez la continuité de ce savoir. Par conséquent, vous refusez qu'il prenne fin, voyez-vous. Nous en savons beaucoup, pourtant nous posons tous constamment cette question "Comment ?".

Question : Saviez-vous ce que vous recherchiez quand vous étiez jeune ?

U.G. : J'étais en réalité et dans les faits à la recherche d'un homme comme moi, qui est ici maintenant. Quand je dis : "Comme un homme comme moi", vous allez me lancer la question : "Savez-vous ce que vous êtes ?" Quelque chose vaguement de ce genre. Donc, il m'a fallu rejeter tout le monde, vous voyez. Ce n'est pas que je me sois dis que j'étais à la recherche d'un homme comme ce type assis ici, mais lorsque je me suis dit sincèrement : "C'est celui que tu cherches", il a alors disparu, complètement et entièrement.

Un jour, je me suis dit : "Pourquoi ai-je gaspillé quarante neuf foutues années de ma vie à vouloir être éveillé ?" Je me suis ensuite dit : "Maintenant tu es un éveillé. Tu es dans le même état que tous ces Maîtres spirituels : Bouddha, Jésus, tous." Ceci m'a frappé si fort : "Jusqu'à hier, tu te disais vouloir être un éveillé comme tous ces gens. Maintenant, tu es en train de te dire que tu es éveillé et que tu es au même niveau que tous ces Maîtres spirituels." J'en ai été littéralement sonné. Je me suis alors dit : "Ce sont eux, les 'maîtres' qui te disent que toi, tu n'es pas éveillé puisqu'ils m'ont transmis le savoir au sujet de la façon dont fonctionne un éveillé. En fait, c'est ce même savoir qui m'informe aujourd'hui que je suis un éveillé. Donc, cette expérience n'a rien de spécial." Je me suis demandé : "Alors, comment peux-tu jamais savoir que tu es un éveillé ?" Ensuite, ce questionnement a déclenché un genre de tourbillon. Il s'est poursuivi : "Comment pourras-tu savoir si tu es dans le même état que tous ces gens ?" Ça s'est poursuivi sans discontinuer pendant quinze minutes, jusqu'à ce que ça s'arrête net. Ce qui me restait, en fait, je n'en sais rien du tout. Que me reste-t-il maintenant ? Je ne dis pas cela par modestie. Je ne peux tout simplement pas me demander : "Qui es-tu ? Qu'est-ce que tu es ? Qu'y-a-t-il ici ?".

Question : Pourriez-vous dire qu'il ne manquait plus quelque chose, que l'impression de devoir découvrir quelque chose avait disparu ?

U.G. : Rien, voyez-vous.

Question : Ainsi, c'était complet ?

U.G. : C'était fini. Ensuite, la chose la plus étrange se produisit à partir de ce moment : Les sens prirent le dessus. J'ai ainsi découvert la façon dont les sens opèrent véritablement. Il n'y avait aucun transmetteur intermédiaire que ce soit, qui puisse dire : "Ce soleil est beau" ou "Il fait sombre" ou "Ceci est dur, ceci est mou". Je regardais une vache dans le champs, et demandai à Valentine, alors assise sur le banc à côté de moi : "Qu'est-ce que c'est ?". Elle répondait : "Une vache". Puis, cinq minutes plus tard, tel un enfant, je lui demandais à nouveau : "Valentine, qu'est-ce que c'est ?" Elle en était dégoûtée : "Combien de fois dois-je te dire que c'est une vache ? Ne le sais-tu pas ?" Voyez-vous, au début j'étais intrigué. Je ne savais même pas ce que c'était. Aujourd'hui je suis dans la même situation et je ne sais jamais ce qu'est ce que je regarde. Si vous me demandez : "Qu'est-ce ?" Je répondrais : "C'est une vache".

Question : Mais quand les pensées vous venaient à l'esprit, est-ce que tout ...

U.G. : Une différence, c'est que je ne peux absolument pas tirer un trait et me dire, ou dire à d'autres, que je fonctionnais d'une certaine façon avant et que je fonctionne d'une autre maintenant. Je ne peux pas fixer de frontière. J'utilise toujours cette comparaison rudimentaire : après le lavage et avant le lavage. Je n'ai aucun moyen de savoir comment je fonctionnais. Mais en fait, je vous le dis, il ne s'opère en moi aucune modification ; sauf le désir, voyez-vous, je voulais être quelque chose de différent de ce que je pensais être. C'est la seule chose qui ne soit plus là. Et, autre chose, il m'est impossible de créer une image en moi de ce à quoi vous ressemblez. Si je me tourne vers le mur, m'éloignant ainsi de vous, cette caméra [il pointe son doigt vers ses yeux] se focalise sur le mur, et je ne peux absolument pas créer une image de ce à quoi vous ressemblez. Impossible. Et si je me tourne à nouveau de ce côté et que je vous regarde, je n'ai pas besoin d'interpréter et de me dire que : "Ceci est vous et vous portez des blue-jeans". Je ne me dis jamais tout ceci, car ça ne m'est pas nécessaire en ce moment.

Je ne peux absolument pas créer ne serait-ce qu'une seule image. Bien que je connaisse Paul depuis trente ans, je ne me souviens pas de ce à quoi il ressemble, mais lorsqu'il se trouve ici devant moi, l'ordinateur projette l'image et le reconnaît, mais jamais il ne se dit que ceci est Paul. Ce n'est pas parce que je ne le sais pas. La base de données, la base de mémoire n'est pas du tout influencée par l'interprète, ou par celui qui fait ressortir ce qu'il est nécessaire de savoir. Dans ce sens, je ne peux pas créer d'image de quoi que ce soit, de ce à quoi ceci ressemble. Ça m'est impossible.

L'attention totale n'existe pas du tout. Ce n'est tout simplement pas possible. Par exemple : Quand vous observez ce rideau s'agiter dans le vent, c'est là la seule chose qui requiert votre attention. Je ne m'explique jamais à moi-même ce que les yeux observent et je ne peux en aucune façon me séparer de ce qui est là. Je ne peux me distinguer de ce qu'observent mes yeux que si le besoin s'en présente. Ce besoin ne proviendra que si quelqu'un me demande quelque chose. Comprenez-vous ? Donc mes actions ne s'initient jamais d'elles-mêmes. Jamais. Ainsi, au moment où la pensée surgit, l'action est terminée. La séparation ne se produit que lorsque la connaissance survient et me dit : "Ceci est un rideau blanc." Voyez-vous, autrement, quel besoin aurais-je de me dire cela ? Mais, la raison pour laquelle nous le faisons est très simple. C'est parce qu'il nous faut maintenir la continuité de notre savoir. C'est la seule raison. Par exemple, vous direz : "Ceci est blanc et cela est bleu, vous êtes ceci et cela.." et vous continuez ainsi à n'en plus finir. Ce besoin est la seule chose qui agit ; ce n'est pas le "je", ni le Soi, ni l'Atman. Il n'y a rien ici, en dehors du besoin de maintenir la continuité du savoir que vous avez des choses alentour et des choses ici [se désignant].

Ces temps-ci, je ne fais que parler de la façon dont les sens fonctionnent. Ce corps est né avec une intelligence extraordinaire, une intelligence qui n'a pas son pareil. Toutes les connaissances que vous possédez ne pourront jamais égaler cette intelligence. Vous ne le pouvez pas. Donc tout ce que vous pensez être bon pour ce corps ; quelles que soient les idées que vous lui imposez, il rejette tout. C'est pour cela qu'il n'a pas besoin de savoir quoi que ce soit, et il n'a pas besoin d'avoir quoi que ce soit de plus. Et ceci, est valable pour toutes les régions de notre existence. C'est donc pour cette raison que je me détourne de toute la technologie médicale. Je n'ai jamais consulté de docteur. Je ne mange rien de ce que tout le monde recommande. Et je dis, de façon catégorique, que les docteur des temps modernes sont les sorcières d'aujourd'hui ; et qu'en ce qui me concerne, la technologie médicale contemporaine est la sorcellerie des temps modernes. Tout ce qu'ils préconisent comme étant bon pour le corps, je n'y touche pas. Désignant la table : je consomme ces flocons d'avoine là. C'est ma dernière trouvaille ; cela s'appelle "super rapide". Vous ne le trouverez qu'à Londres. J'en mange un petit bol auquel j'ajoute de la crème "double-riche", "triple-riche", "quadruple-riche" avec un tout petit peu de jus d'ananas congelé que je ne trouve qu'en Chine. C'est pour cela que je me rends dans ce pays où il y a des supermarchés internationaux. Sinon, je ne consomme ni jus de fruits, ni légumes, rien. Ce corps, voyez-vous, a besoin d'énergie, d'unités thermiques de base. C'est comme ça que je l'expliquerais [en riant]. Ainsi, ce bol de flocons avec beaucoup de crème fournit au corps l'énergie dont il a besoin. Je n'effectue aucune promenade à pieds ni aucun autre exercice physique ne m'est nécessaire. Je suis en vie depuis 80 ans. Donc, rien de ce que nous considérons être bon pour le corps ne lui est concrètement bénéfique.

En fait, ce que je souligne sans cesse, c'est la façon dont le corps fonctionne une fois libéré de l'étranglement de la culture. Je ne fais que décrire cela. Vous ne pouvez aucunement contrôler le fonctionnement de ce corps. Vous n'y pouvez strictement rien. Le corps n'a en réalité pas besoin de tout ce que nous lui faisons absorber. Ce n'est qu'un mouvement vers le plaisir. Nous mangeons pour le plaisir. C'est un fait.

Question : Existe-t-il une telle chose que la Réalité ?

U.G. : Non, cela même si les scientifiques essayent d'affirmer qu'ils connaissent mieux la Réalité que tous les Maîtres spirituels et tous les mathématiciens du monde. Vous ne pouvez aucunement faire l'expérience de la Réalité de quoi que ce soit. Je maintiens et j'affirme avec toute la force que je peux rassembler que ce que vous ne connaissez pas ne peut être expérimenté. Ce que vous ne connaissez pas est un concept, vous voyez ?

Question : Des gens utilisent le terme "pure subjectivité" afin de décrire la Réalité.

U.G. : Les philosophes ont parlé de "perception pure". Il ne peut y avoir de perception, sans parler de perception pure, dénuée de celui qui perçoit. Tout ceux-ci sont des jeux que nous jouons avec nous-même et avec les autres. Il ne peut pas y avoir de perception sans celui qui perçoit. Et, pourquoi parler de perception pure ? Je ne comprends pas. Les Hindous ont également traité le problème de cette façon. Un disciple dit à un autre : "Mon Guru a atteint l'état de Turiya ; l'état le plus élevé." D'après-moi, l'état de Turiya correspond à la maladie d'Alzheimer. Voyez-vous, dans cet état ils n'ont aucun problème ; ils ne reconnaissent rien et ne font aucune expérience de quoi que ce soit. Valentine avait cette maladie. Elle touchait tout afin d'établir une relation avec les objets qui l'entouraient. Le sens du toucher est l'activité sensorielle la plus importante. Les enfants commencent par lui et les quatre autres viennent ensuite.

C'est aussi pour cette raison que les gens qui pensent sans cesse sont quasiment aveugles ; ils n'ont jamais regardé quoi que ce soit de toute leur vie. Par exemple, ce jeune homme ici, ne l'a jamais regardée, ni elle lui [désignant le couple assis en face de lui dans la pièce], parce qu'il ne la regarde qu'à travers ce qu'il sait d'elle, et elle de lui. Vous projetez votre savoir sur l'autre personne, mais en réalité l'œil physique ne peut en aucun cas regarder quoi que ce soit. Il vous faut avoir une connaissance de ce que vous observez. Nous projetons cette connaissance sur ce que nous regardons. Il en va de même pour la Réalité dont ils parlent ; c'est quelque chose dont il est impossible de faire l'expérience et qui ne peut pas plus être connue, à moins d'utiliser la connaissance que l'on a de la Réalité des choses ; même si c'est un scientifique ou un religieux qui parle de Réalité ou de perception pure. D'abord, il ne peut y avoir de perception, encore moins de perception pure. Donc tout cela ne sont que théories, voyez-vous ?

Prenez les gens qui parlent de Dieu. Toutes les théologies qui nous accablent : l'ontologie, le théologique, les preuves cosmogoniques de l'existence de Dieu. Oh ! Mon Dieu, pourquoi nous cassons-nous la tête avec tout ce savoir ? C'est pour avoir plus de connaissances que vous et afin de me sentir supérieur. J'aurai de cette façon une supériorité verbale. Shakespeare n'avait à sa disposition que quatre mille mots de vocabulaire en mémoire [en riant]. Et, aujourd'hui combien de millions en avons-nous ?

Question : Qu'est-ce que l'éveil exactement ?

U.G. : Il n'existe rien de tel que l'éveil, parce que je ne peux jamais me dire que : "Je suis éveillé".


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Question : Alors que vous est-il arrivé quand vous aviez 49 ans ?

U.G. : Il n'y a pas de différence entre les états de veille, de rêve et de sommeil. Il n'y a aucune différence. Je ne suis jamais en train de me dire : "Je suis réveillé", jamais parce que je ne me dis pas plus : "Il fait jour dehors" ou "Il fait nuit noire". Si vous me posez la question de savoir si je suis réveillé, alors j'utilise le savoir que j'ai reçu au sujet de la façon dont un homme réveillé fonctionne. Je ne fais jamais de rêves. Il ne m'est pas nécessaire de rêver et je ne dors jamais huit heures d'affilée. Je suis comme un chat, je fais des petits sommes. Je m'endors à dix heures, et me réveille dix minutes plus tard. Et, à nouveau, vers onze heures je peux me rendormir un peu. Je ne peux donc absolument pas dire : "Je suis endormi ou réveillé, ou en train de rêver". Aucun rêve ne m'apparaît. S'il vous est impossible de créer une image quand vous êtes réveillé, il ne vous est pas plus possible d'en créer pendant que vous dormez. C'est impossible. Quelqu'un pourra remarquer que je suis endormi et même que je suis en train de ronfler, mais je ne peux en aucune façon dire cela de moi-même.

On ne peut se faire remarquer à soi-même que l'on est endormi. Ce n'est qu'au moment du réveil que vous faites la relation entre le soi-disant état de veille et l'état qui le précédait : votre sommeil, et vous ajoutez que vous vous sentez bien parce que vous avez bien dormi. Vous attribuez cela au fait de bien dormir. Vous avez mal dormi, votre nuit a été agitée – d'après ce que vous m'avez dit au sujet de la nuit dernière. Vous avez mal dormi. Cela en référence à l'état dans lequel vous pensez être en ce moment présent, sinon vous ne pourriez rien dire au sujet de votre sommeil : s'il a été léger, profond, agité ou rempli de rêves. En ce qui me concerne, le problème ne se pose pas, puisque je ne sais pas que je suis réveillé. Les sens fonctionnent de façon immédiate et à leur capacité maximum en permanence ; puis, il ralentissent très progressivement, car il doit se régénérer souvent. Vos yeux s'ouvrent peut-être, mais vous ne voyez rien de ce qui vous entoure pendant une fraction de seconde. Vous ne voyez rien, vous n'écoutez rien. Ainsi, il doit ralentir, et une fois qu'il s'arrête [U.G. claque du doigt], si vous regardez des objets, il vous est impossible de voir, car vous ne regardez rien du tout. Si vous dites : "C'est lumineux", alors vous n'êtes pas en train de regarder, mais vous ne faites que projeter votre connaissance, et de me dire : "Il fait jour et soleil". Sans elle, l'œil physique ne traduit jamais ce qu'il voit en tant que : "soleil vif" ou "nuit noire". Si vous me consultiez, je confirmerais. Quand la lumière est trop vive, vous pouvez fermer les yeux et vous tourner dans une autre direction. Vous n'êtes pas cela. C'est automatique, il possède une intelligence formidable quant à sa propre protection. Il sait comment se protéger et comment survivre. Donc, concernant le fonctionnement de ce corps, vous n'avez aucun rôle à jouer. Alors, voyez-vous, l'intelligence présente ici prend le dessus et prend soin d'elle-même.

Concernant tout cela, il y a quelque chose d'étrange. La chose qui s'est passée, si je peux dire que cela s'est passé [je ne sais même pas si quoi que ce soit s'est passé] c'est que l'on n'interprète absolument pas ce qui est là, jamais. Le traducteur est absent, complètement absent. Et en même temps que le traducteur, la sélectivité a également disparu. On ne fait plus de division : bien et mal, bon et mauvais. Ce n'est pas que je sois supérieur ou inférieur. On n'est plus aux prises avec le bien et le mal, le juste et l'injuste. Si par exemple, pour une raison ou une autre, vous trouvez que ma conduite est antisociale, quelle que soit la punition que vous me fassiez subir, je la prends – sans question aucune. Je n'ai aucun droit. Et comme je n'ai aucun droit, je n'ai pas de devoir non plus. Ainsi, la censure est également absente.

Une chose que je dois souligner, c'est que vous ne serez jamais libre de votre conditionnement. Jamais. Peu importe qui dit quoi, il n'existe pas de mental libre de conditionnement. Il n'existe rien de tel que l'expérience d'un mental non conditionné. Pourquoi en parlent-ils ? Vous voyez, quand je vais au supermarché, ce que j'aime le plus c'est le "yaourt à la crème de café". Je ne le trouve qu'en Suisse. Quand je commence à manger, il n'y a aucun contrôle. Un autre exemple, Valentine a dû me cacher un kilo d'amandes, comme on l'aurait fait pour un enfant, car quand j'avais commencé à les grignoter, il y en avait encore deux kilos. Elle m'avait dit : "Mais que se passe-t-il ? Il n'a aucun contrôle de lui-même !" [U.G. rit] Je ne blague pas, je n'ai aucun contrôle. Je ne peux m'arrêter de les manger, et, une fois retirées de ma vue, je ne me souviens plus du goût des amandes. Donc, il n'existe pas de mental qui ne soit pas conditionné. Le mental est lui-même conditionnement. Le mental lui-même est ce qui reconditionne, et il se conditionne de façons diverses dans le but de survivre, voyez-vous ?

Question : Vous dites ne pas avoir d'images dans l'esprit.

U.G. : Non.

Question : Maintenant avez-vous quelque pensée ou concept ?

U.G. : Non.

Question : Cela pour dire : Pensez-vous à ce que vous allez faire le mois prochain : acheter un billet d'avion, obtenir un visa?

U.G. : Uniquement pour des raisons pratiques. Si je n'obtiens pas de réservation dans un avion, je dois bien avertir quelqu'un de mon arrivée à une date ultérieure, mais je ne suis jamais déçu ni quoi que ce soit.

Question : Donc, quand vous n'avez aucun projet à l'esprit dans le but d'une planification pratique, vous n'avez rien en tête ?

U.G. : Non, rien. Ma façon de fonctionner c'est que je suis toujours occupé avec ce qui se passe en ce moment et il n'y a aucune place pour quelque préoccupation que ce soit. Vous vous préoccupez des choses qui ne sont pas en train de se dérouler ici. S'il y a une différence, c'est peut-être la seule. Les gens s'imaginent que je vis dans un vide où il ne se passe rien. Comment y-aurait-il quelqu'un dans un tel état ? Il est rempli de ce qui se passe en ce moment. Vous savez, il est impossible d'y ajouter quoi que ce soit ou de s'en éloigner. Donc, je suis entièrement occupé par ce qui se déroule et je pourrais sortir d'ici, m'asseoir dans la rue devant l'hôtel et y demeurer pendant vingt-quatre heures à observer comment les gens déambulent. Vous serez surpris de voir que pas même deux personnes marchent exactement de la même façon. C'est assez extraordinaire, toutes marchent différemment. Il n'y a pas deux visages semblables. Lorsque j'étais élève en botanique, j'étudiais les feuilles sous un microscope. Pas une feuille ne ressemble à une autre. Peut-être diriez-vous que les jumeaux se ressemblent ; leurs mouvements, la façon dont ils marchent. C'est assez extraordinaire de voir comment ils marchent. Essayez cela vous-même la prochaine fois : dans la rue, pas deux personnes marchent exactement de la même manière. Les mouvements sont différents, tout est différent. Donc, ça m'occupe entièrement, vous voyez. Ainsi, mon attention est toute captivée, elle est remplie de ce qui se passe. Alors n'allez pas imaginer que cette personne vit dans un état sans pensée. Je connais beaucoup de gens qui sont venus me voir et m'ont dit : "J'ai fait telle expérience dans mon état sans pensée." Mais, nom-de-Dieu, comment faites-vous pour savoir que vous êtes dans un état sans penser ? La pensée était bel et bien présente.

Question : Donc, peut-on dire qu'en fait, nous vivons en fonction de la connaissance que nous avons des choses ?

U.G. : Nous sommes la connaissance.

Question : Mais vous ne vivez pas d'après ce que vous savez des choses ?

U.G. : Non, il n'y a aucune continuité de la connaissance, car cette continuité de connaissance n'est pas nécessaire. Ce qui est ici est tout ce qu'il y a. C'est simple, c'est la conscience. Je ne deviens conscient du fait que vous êtes un homme et non une femme que lorsque j'utilise la connaissance que je possède ; sinon, de quelle conscience sont-ils en train de parler ? Rien. De nos jours, même les scientifiques se mettent à parler de la conscience. Mais ils sont en train d'atteindre ce qui est le plus indésirable pour la science, ils arrivent à leur limite. Il leur faut trouver les réponses dans le cadre de la science. Ils ne peuvent pas se permettre de se tourner vers le Vedanta ou vers la religion, car cela détruirait tout, complètement, vous voyez ? C'est pour ça que je dis que la pensée scientifique est tout autant une aberration que la pensée religieuse de l'homme. Nous sommes admiratifs devant la science en raison de ce qu'elle nous a donné, la haute technologie et tout le reste. Donc, la pensée est un fasciste de naissance, dans son contenu et dans son expression. Elle ne s'intéresse qu'à sa propre survie. Elle ne fait rien d'autre.


CONTRÔLER  LES  ÉMOTIONS


C'était un dimanche et Chandrasekhar bénéficiait de ses vacances de privilégié. Nous étions tous assis dehors en train de nous dorer au soleil. Comme à son habitude, U.G. demeurait silencieux et ignorant de ce que faisaient les autres autour de lui ; quand tout à coup Chandrasekhar prononça quelques mots au sujet des émotions. Plus tôt ce matin-là, U.G. avait souligné que l'homme n'est qu'un ordinateur, mais il refuse d'accepter ce fait. Lui rappelant cette remarque, Chandrasekhar dit : "Heureusement ou malheureusement cet ordinateur humain a des émotions et des sentiments."

U.G. dit : "Voilà la misère de l'homme. C'est ça la condition névrosée. Toutes vos religions condamnent les émotions. Il n'existent pas de bonnes ou de mauvaises émotions ; toutes les émotions sont mauvaises. Pourquoi voulez-vous contrôler les émotions ? De toute façon, ce ne sont pas les émotions qui vous occupent. Tout ce que vous faites c'est discuter de la colère ou de la jalousie. Vous ne savez pas ce qu'est la colère en tant que telle. Vous êtes constamment en train de contrôler, réprimer, vivre avec ou être conscient sans choix ; vous êtes constamment occupés à quelque chose qui s'est évanouit. C'est déjà parti. C'est la pensée qui vous fait frapper quelqu'un – votre enfant, par exemple – et non la colère. Vous l'attribuez à quelque chose qui n'est plus là. Cet état de choses-là a provoqué ce mouvement de pensée insensé. Votre problème n'est pas la colère, mais la frustration. Vous n'êtes pas en train de vous occuper du désir. Le désir c'est la vie. Si vous détruisez le désir, vous détruisez la vie. Il 'est là' – et non pas 'doit être là' – que cela vous plaise ou pas. Vous êtes-vous libéré du désir ? Ne différenciez pas "bons désirs", "mauvais désirs", "désirs spirituels" et "désirs matériels". Ils sont tous pareils. Tout ce qui vous intéresse c'est que vous ferez de ces désirs."

Nous formions une audience très sérieuse face à ceci, mais Kalyani est soudainement entrée et s'est mise à danser dans la pièce en frappant des mains. Tout la regardant, U.G. continua : "Vous êtes névrosés et elle est un cas clinique. Je ne vois pas la différence. Vous aussi êtes constamment en train de vous parler à vous-même. Elle parle tout haut, donc vous la traitez de folle et vous l'envoyez à l'asile. Ce à quoi vous pensez a une certaine logique qu'elle ne possède pas. Vos pensées empruntent des voies organisées, qui dans sa tête sont des voies expresses et c'est pourquoi vous pensez qu'elle est folle. Quelqu'un dans une maison de fous dira : "Je suis Jésus", et vous, vous êtes assis-là en train de dire : "So-ham, Je suis Cela". Quelle différence cela fait-il ? Vous êtes en train de faire exactement la même chose."

Nagaraj, qui jusqu'ici était resté assis en silence dit : "U.G., qu'êtes-vous précisément en train d'essayer de nous dire ?" U.G. répondit : "Cela dépend de vous, pas de moi. Voilà ce que vous semblez ne pas comprendre. Vous êtes le seul véhicule par lequel je puisse m'exprimer. Ce véhicule me déplaît parce qu'il traduit tout ceci en termes religieux. Ce n'est pas ce que je suis. Alors essayez autre part ou sur quelqu'un d'autre. Ce qui compte vraiment pour moi est de ne pas être assis ici et perdre mon temps. Je ne veux pas que vous me placiez dans un cadre religieux. N'importe quel autre cadre me conviendra. C'est ce que je me tue à vous dire. Donc quelle importance cela a-t-il que vous soyez ici ou là-bas, que vous nous parliez ou que vous parliez dans un ashram ou à qui que ce soit d'autre ?"

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