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L' ASHTAVAKRA  GITA

PURE  EXPRESSION  DE  LA  VÉRITÉ



Que règne la paix et l'amour parmi tous les êtres de l'univers. OM Shanti, Shanti, Shanti.

i. soi | ii. conscience | iii. sagesse | iv. le connaissant | v. paix | vi. connaissance | vii. océan infini | viii. esprit | ix. détachement | x. désir
xi. silence | xii. accomplissement | xiii. bonheur | xiv. un idiot | xv. pure conscience | xvi. tout oublier | xvii. au-delà de tout
xviii. le sage | xix. ma propre gloire | xx. transcendance

' Ashtavakra Gita est une très ancienne Écrit de l'Advaita Vedanta qui relate le dialogue sur la nature du Soi, la Réalité et l'asservissement entre le sage Ashtavakra et le roi Janaka. Le texte insiste sur l'entière irréalité du monde extérieur et sur l'Absolue Unité de l'existence et ne prescrit aucune moralité ni devoirs.


Aux yeux de l'Ashtavakra, notre véritable identité, le Soi n'est pas plus contenu dans les objets que les objets n'existent en Lui. Il est sans forme et peut être découvert simplement en reconnaissant notre Être véritable en tant que Soi témoin. Tout le reste est illusion – le petit soi, le monde, l'univers. Toutes ces choses prennent naissance avec la pensée "je", l'idée d'une identité distincte. Ce petit "je" invente le monde matériel que, dans notre ignorance, nous nous efforçons de maintenir. Oubliant notre Unité originelle, fermement liés à notre séparation imaginaire, nous passons notre vie dominés par un sentiment trompeur du but de la vie et des valeurs. Constamment limités par notre habitude de l'individualité, créatures des préférences et du désir, nous mettons continuellement les choses en opposition les unes aux les autres jusqu'à ce que le mal et la détresse dus au choix nous consument entièrement. Mais notre véritable nature est pure et Conscience sans choix. Notre accomplissement est déjà et toujours établi. Quand cette connaissance se fait jour, le désir s'évanouit. N'étant attaché à rien, on devient silencieux.


I.  SOI


JANAKA dit :

1. Comment acquérir la connaissance ? Comment atteindre la libération ? Et comment gagner l'état de détachement ? Dis-le moi, s'il te plaît.

ASHTAVAKRA dit :

2. Si tu recherches la libération, mon fils, évite les objets des sens comme du poison et, cultive comme antidote la tolérance, la sincérité, la compassion, la modération et la vérité.

3. Tu n'es composé d'aucun élément – la terre, l'eau, le feu, l'air, ni même l'éther. Pour être libéré, connais toi toi-même comme étant composé de la conscience, leur témoin.

4. Si tu parviens juste à rester au repos dans la conscience, te percevant toi-même comme distinct de ton corps, alors maintenant-même tu deviens heureux, paisible et libre des liens.

5. Tu n'appartiens pas à la caste des prêtres ni à nulle autre caste, tu n'es à aucune étape et tu n'es pas perceptible à l'œil. Tu es sans attache et sans forme, le témoin de toute chose – alors sois heureux.

6. Vertu ou vice, plaisir ou douleur, ne sont que le produit du mental et ne te concernent pas. Tu n'es ni celui qui agit, ni celui qui recueille les conséquences, tu es donc toujours libre.

7. Tu es le témoin unique de toute chose et tu es toujours totalement libre. La cause de ton asservissement est que tu vois le témoin comme étant autre.

8. Comme tu a été mordu par le serpent noir et que tu as foi en ce concept faux : "Je suis celui qui agit", bois l'antidote de la foi dans le fait que "Je ne suis pas celui qui agit" et soit heureux.

9. Au moyen du feu de la compréhension : "Je suis l'unique pure conscience" réduis la forêt de l'ignorance en cendres et sois heureux et libre de l'affliction.

10. Cela en qui tout ceci apparait est imaginé à la façon dont on voit un serpent dans une corde ; cette joie, suprême joie et pure conscience est ce que tu es, alors sois heureux.


 

11. Si l'on se pense libre, on est libre et si l'on se croit attaché, on est attaché. Ici, cet adage est vrai : "Le penser, c'est l'être".

12. Ta nature réelle est telle le Un, parfait, libre et conscience dénuée d'action ou témoin universel – détaché de tout, sans désir et en paix. C'est par le fait de illusion que tu sembles impliqué dans le samsara.

13. Médite sur toi-même en tant que conscience immobile, libre de tout dualisme tout en renonçant à l'idée fausse selon laquelle tu serais juste une conscience détournée ou quoi que ce soit d'externe ou d'interne.

14. Tu as longtemps été pris au piège de l'identification au corps. Rompt avec elle au moyen de la lame tranchante de la connaissance : "Je suis la conscience" et sois heureux mon fils.

15. Tu es en réalité déjà détaché et sans agir, déjà éclairé et immaculé. La cause de ton asservissement vient de ce que tu persistes à essayer de calmer le mental.

16. Tout cela en fait est empli de toi et déployé en toi, car ce dont tu es fait est pure conscience – alors ne sois pas étroit d'esprit.

17. Tu es inconditionné et immuable, sans forme et inébranlable, conscience insondable et imperturbable, alors ne te réfères à rien d'autre qu'à la conscience.

18. Vois que ce qui est apparent est irréel, tandis que le non-manifesté est Éternel. Grâce à cette initiation à la Vérité, tu échapperas à la rechute dans l'irréalité.

19. De même qu'un miroir existe à la fois dans ses propres images reflétées et au-dehors d'elles, le Seigneur Suprême existe partout à l'intérieur et en dehors de ce corps.

20. De même qu'un seul et même espace universel existe à l'intérieur et autour d'une jarre, ainsi l'Éternel et Immortel Dieu existe dans la Totalité des choses.


II.  CONSCIENCE


JANAKA dit :

1. En vérité, je suis immaculé et en paix, la conscience au-delà de la causalité naturelle. Tout ce temps mon affliction a été une chimère.

2. De même que moi seul donne lumière à ce corps, j'éclaire le monde. Par conséquent, le monde entier est mien ou, autrement dit : rien n'est.

3. Alors maintenant que j'ai abandonné le corps et tout le reste, par chance mon vrai moi devient apparent.

4. Les vagues, la mousse et les bulles ne sont pas différentes de l'eau. De même tout ce qui a émané de soi-même, n'est autre que Soi-même.

5. Quand on l'analyse, le tissu s'avère n'être que du fil. De même lorsqu'on analyse tout ceci on découvre que ce n'est autre que Soi-même.

6. Tout comme le sucre produit à partir du jus de la canne à sucre est imprégné du même goût, tout ceci, qui émane de moi, est complètement imprégné de moi.

7. C'est par l'ignorance de Soi-même que le monde prend naissance et par la connaissance de Soi-même qu'il n'apparaît plus. De la méconnaissance de ce qu'est la corde, un serpent semble apparaître et par la connaissance de celle-ci, il cesse d'exister.

8. Etre radieux est ma nature essentielle, et je ne suis rien de plus que cela. Quand le monde s'illumine, c'est tout simplement moi qui resplendis.

9. C'est en raison de l'ignorance que toute cette imagination apparaît en moi à la façon dont la corde semble être un serpent, le reflet sur l'eau s'apparente à la lumière du soleil et la nacre ressemble à de l'argent.

10. Tout cela, qui a moi-même pour origine, se résorbe tout autant en moi comme une cruche redevient argile, une vague redevient eau et un bracelet redevient or.

11. Quelle merveille je suis donc ! Gloire à moi, pour qui il n'y a pas de destruction, demeurant même au-delà de la destruction du monde de Brahma jusqu'au dernier brin d'herbe.

12. Quelle merveille je suis donc ! Gloire à moi, solitaire, même si doté d'un corps, n'allant ni ne venant nulle part, moi qui demeure éternellement, remplissant tout ce qui est.

13. Quelle merveille je suis donc ! Gloire à moi ! Personne n'est aussi habile que moi ! Moi qui ai porté tout ce qui est toujours, sans même y toucher avec mon corps !

14. Quelle merveille je suis donc ! Gloire à moi ! Moi qui ne possède rien du tout ou bien qui possède tout ce dont la parole et l'esprit peuvent parler.

15. Connaissance, ce qui doit être connu et le connaissant – ces trois n'existent pas en réalité. Je suis la réalité immaculée dans laquelle ils apparaissent en raison de l'ignorance.

16. Vraiment le dualisme est la racine de la souffrance. Il n'existe nul autre remède hormis prendre conscience que tout ce que nous voyons est irréel et que je suis la seule réalité immaculée, composé de conscience.

17. Je suis pure conscience cependant par ignorance, je me suis imaginé être doté d'attributs supplémentaires. Méditer ainsi continuellement fait que ma demeure est dans Ce qui n'est pas imaginé.

18. Pour moi il n'y a ni servitude ni libération. L'illusion a perdu son fondement et a cessé. Vraiment tout cela existe en moi, bien qu'en fin de compte cela n'existe même pas en moi.

19. Prenant conscience que tout cela, y compris mon corps, n'est rien, tandis que mon vrai moi n'est autre que pure conscience, que reste-t-il à l'imagination pour s'évertuer dessus ?

20. Le corps, le ciel et l'enfer, la servitude et la libération et la peur aussi, tout cela est pure imagination. Que me reste-t-il à faire, moi dont la nature même est la conscience ?

21. Je ne perçois même pas de dualisme dans une foule de gens, alors qu'ai-je à y gagner si elle est remplacée par un désert ?

22. Je ne suis pas plus le corps qu'il n'est mien. Je ne suis pas un être vivant. Je suis la conscience. Ma soif de vivre a été mon asservissement.

23. Vraiment, c'est dans l'océan infini de moi-même, stimulé par les vagues colorées du monde, que soudainement se lève le vent de la conscience.

24. Dans l'océan infini de ce que je suis, le vent de la pensée s'apaise et le bateau du monde où naviguent les êtres vivants, les négociants, fait naufrage par manque de marchandises.

25. Comme il est merveilleux que dans l'océan infini de moi-même les vagues d'êtres vivants se soulèvent, se heurtent, jouent puis disparaissent selon leur nature.


III.  SAGESSE


ASHTAVAKRA dit :

1. Se connaissant lui-même comme véritablement un et indestructible, comment un homme sage qui possède la connaissance de soi prendrait-il plaisir à acquérir des richesses ?

2. En vérité, lorsqu'on ne se connaît pas soi-même, on prend plaisir dans les objets de la perception erronée de la même façon que l'avidité pour l'argent factice de la nacre prend naissance chez en celui qui la prend pour ce qu'elle n'est pas.

3. Tout cela jaillit comme des vagues à la surface de l'océan. En reconnaissant "je suis Cela" pourquoi courir partout comme quelqu'un dans le besoin ?

4. Après s'être entendu dire que l'on est la conscience pure et le suprêmement beau, ira-t-on convoiter les objets sexuels méprisables ?

5. Quand le sage a compris qu'il est lui-même dans tous les êtres et que tous les êtres sont en lui, il serait étonnant que son sens de l'individualité soit en mesure de continuer.

6. Il serait étonnant qu'un homme qui a atteint l'état suprême de non-dualité et qui est déterminé à recevoir les bienfaits de la libération soit toujours sujet à la convoitise et attaché à l'activité sexuelle.

7. Il serait étonnant que déjà très affaibli et sachant très bien que son excitation est l'ennemie de la connaissance, il soit encore nostalgique de la sensualité, même à l'approche de ses derniers jours.

8. Il serait étonnant que celui qui est détaché des choses de ce monde ou du suivant, qui différencie le permanent de l'éphémère et qui souhaite ardemment la libération, ait toujours peur de la libération.

9. Qu'il soit enchaîné ou tourmenté, le sage est toujours conscient de sa propre nature suprême et n'est ni satisfait ni déçu.

10. La personne dont l'âme est grande voit même son propre corps dans l'action comme s'il s'agissait de celui d'un autre, alors comment pourrait-il être perturbé par la louange ou le blâme ?

11. Comment l'âme forte qui, en voyant ce monde comme une pure illusion et en étant dépourvue de tout intérêt pour lui, pourrait-elle ressentir de la peur même à l'approche de la mort ?

12. Qui est comparable à cette personne dont l'âme est grande, dont l'esprit est libre du désir même dans la déception, et qui a trouvé satisfaction dans la connaissance de Soi ?

13. Comment celui dont l'esprit est fort, qui sait que ce qu'il voit n'est rien par nature, peut-il jamais penser devoir se saisir d'une chose ou devoir en rejeter une autre ?

14. Pour qui a éliminé l'attachement et est exempt du dualisme et du désir, un objet de jouissance qui vient de lui-même n'est ni douloureux ni agréable.


IV.  LE  CONNAISSANT


ASHTAVAKRA dit :

1. Le sage qui a la connaissance de soi, jouant le jeu des réjouissances du monde, ne ressemble en rien à ces bêtes de somme égarées dans le monde du samsara.

2. Vraiment, le yogi ne ressent aucune émotion, même à l'idée d'être établi dans cet état auquel les Devas à partir d'Indra aspirent tous de façon inconsolable.

3. Celui qui a connu Cela est intérieurement indifférent aux actes bons ou mauvais, tout comme le ciel n'est pas touché par la fumée quand bien même il peut sembler l'être.

4. Qui peut empêcher la personne de grande âme qui a connu ce monde entier comme elle-même de vivre comme bon lui semble ?

5. Parmi les quatre catégories d'êtres vivants, de Brahma jusqu'au dernier brin d'herbe, seul l'homme de connaissance est capable d'éliminer le désir et l'aversion.

6. Rare est l'homme qui se sait lui-même comme Seigneur non-duel du monde, et celui qui sait cela n'a peur de rien.


V.  PAIX


ASHTAVAKRA dit :

1. Il n‘y a rien qui te lie. À quoi une personne pure comme toi devrait-elle renoncer ? Mettant au repos l'organisme complexe, tu peux trouver ton repos.

2. Tout cela émerge de toi comme une bulle de la mer. Te connaissant ainsi toi-même n'étant qu'Un, tu peux trouver le repos.

3. Bien que tout cela soit juste devant tes yeux, comme c'est sans substance, ça n'existe pas en toi qui est immaculé. C'est une apparence comme celle du serpent dans la corde, tu peux donc trouver le repos.

4. Egal dans la douleur et dans le plaisir, égal dans l'espérance et dans la déception, égal dans la vie et dans la mort, et complet que tu es, tu peux trouver le repos.


VI.  CONNAISSANCE


ASHTAVAKRA dit :

1. Je suis aussi infini que l'espace, et le monde naturel est comme une jarre. Savoir cela est connaissance, il n'y a alors ni renoncement, ni acceptation ni dissolution.

2. Je suis tel l'océan et la multiplicité des objets est comparable à une vague. Savoir cela est connaissance, il n'y a alors ni renoncement, ni acceptation ni dissolution.

3. Je suis telle la nacre et le monde imaginaire est comme l'argent. Savoir cela est connaissance, il n'y a alors ni renoncement, ni acceptation ni dissolution.

4. Autrement dit, je suis dans tous les êtres et tous les êtres sont en moi. Savoir cela est connaissance, il n'y a alors ni renoncement, ni acceptation ni dissolution. 6.4


VII.  OCÉAN  INFINI


JANAKA dit :

1. C'est dans l'océan infini de moi-même que le vaisseau du monde dérive ici et là, mû par son propre vent intérieur. Cela ne me perturbe nullement.

2. Que par sa nature la vague du monde se lève ou disparaisse dans l'océan infini de moi-même, je n'y gagne ni n'y perd rien du tout.

3. C'est dans l'océan infini de moi-même que prend place la création mentale qui porte le nom de monde. Je suis suprêmement en paix et sans forme et comme tel, je demeure.

4. Ma vraie nature ne se trouve pas plus dans des objets que des objet n'existent en elle, car elle est infinie et immaculée. Elle est donc déliée, sans désir et en paix et comme tel, je demeure.

5. Oui, je ne suis que la pure conscience et le monde est tel le spectacle d'un prestidigitateur, alors comment pourrais-je imaginer qu'il puisse s'y trouver quelque chose à accepter ou à rejeter ?


VIII.  ESPRIT


ASHTAVAKRA dit :

1. Il y a asservissement quand l'esprit aspire à quelque chose, se chagrine de quelque chose, rejette quelque chose, maintient quelque chose, se satisfait de quelque chose ou se contrarie au sujet de quelque chose.

2. La libération, signifie que l'esprit n'a plus soif de rien, qu'il ne se lamente plus de rien, qu'il ne rejette plus rien, qu'il ne retient plus rien et qu'il n'est ni content ni mécontent.

3. Il y a asservissement quand l'esprit est empêtré dans l'un des [cinq] sens, et la libération c'est quand l'esprit n'est emmêlé dans aucun des sens.

4. L'absence de "moi" est libération, la présence du "moi" est servitude. Médite cela attentivement, ne t'accroches à rien, ne rejette rien.


IX.  DÉTACHEMENT


ASHTAVAKRA dit :

1. Lorsque le dualisme de ce qui a été fait et défait a été laissé au repos ou que la personne pour laquelle ils se produisent est en paix, te permet ici et maintenant d'aller au-delà du renoncement et des obligations en leur étant indifférent.

2. Rare en effet, mon fils, est l'homme chanceux dont l'observation du comportement du monde l'a conduit à l'extinction de sa soif de vivre, de sa soif de plaisir et de sa soif de connaissances.

3. Tout cela est impermanent et gâché par les trois sortes de douleurs. Le sachant inconsistant, dénué de substance et tout juste bon pour le rejet, on atteint la paix.

4. Y a-t-il jamais eu un âge ou une période de la vie où le dualisme des extrêmes n'existait pas pour les hommes ? En les abandonnant, une personne heureuse de prendre ce qui vient atteint la perfection.

5. Qui ne finit pas indifférent à l'égard de telles choses et parvient à la paix en prenant conscience des différences d'opinions des grands sages, saints et yogis ?

6. N'est-il pas un guru celui qui, détaché de tout et rempli de sérénité, atteint la pleine connaissance de la nature de la conscience, et ainsi guide les autres pour sortir du samsara ?

7. Si tu voyais simplement les transformations des éléments comme rien de plus que les éléments eux-mêmes, alors tu serais immédiatement affranchi de tous liens et établi dans ta propre nature.

8. Nos désirs sont le samsara. Sachant cela, abandonne-les. Le renoncement des désirs est le renoncement à ce dernier. Maintenant tu peux rester comme tu es.


X.  DÉSIR


ASHTAVAKRA dit :

1. Abandonne le désir – l'ennemi, ainsi que le gain – caractérisé par la perte, abandonne tout autant les bonnes actions, qui sont la cause des deux autres – pratique l'indifférence envers tout.

2. Considère ces choses telles que les amis, les terres, l'argent, les biens, les épouses, et les héritages comme rien d'autre qu'un rêve ou un tour de prestidigitateur d'une durée de trois à cinq jours.

3. À chaque fois qu'un désir se fait sentir, vois en lui le samsara. En t'établissant fermement dans le détachement, sois libre des passions et heureux.

4. La nature essentielle de la servitude n'est autre que le désir, et son élimination porte le nom de libération. C'est tout simplement en ne s'attachant pas à ce qui est changeant que l'on atteint la joie éternelle de l'épanouissement.

5. Tu es un, conscient et pur, tandis que tout cela n'est que non-être inerte. L'ignorance elle-même n'est rien, alors à quoi bon vouloir comprendre ?

6. Royaumes, enfants, épouses, corps, plaisirs – vie après vie tu les as tous perdus, tellement tu y étais attaché.

7. Assez de la richesse, de la sensualité et des actes de bonté. Dans la forêt du cycle des réincarnations [samsara], l'esprit n'a jamais en eux trouvé la moindre satisfaction.

8. Combien de vies de dur et douloureux labeur effectué au moyen du corps, de l'esprit et de la parole n'as-tu pas traversées. Maintenant, arrête enfin !

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XI.  SILENCE


ASHTAVAKRA dit :

1. Impassible et libre de la détresse, réalisant qu'être, non-être et changement sont de la nature même des choses, on trouve facilement la paix.

2. En paix, s'étant dépouillé de tous les désirs au-dedans et ayant réalisé que rien n'existe ici que le Seigneur, le Créateur de toutes choses, nous ne sommes plus attachés à rien.

3. En se rendant compte que le malheur et le bonheur se produisent d'eux-mêmes du fait de la destinée, nous demeurons satisfait, nos sens sous contrôle et nous n'aimons ni ne haïssons.

4. Voyant que le plaisir et la douleur, la naissance et la mort viennent du destin, et que nos désirs ne peuvent être assouvis, nous restons inactifs, et même lorsque nous agissons, nous ne nous attachons pas.

5. Conscient du fait que la souffrance ne naît de nul autre que de la pensée, c'est en abandonnant tous les désirs qu'on se débarrasse d'elle et que l'on est heureux et partout en paix.

6. En prenant conscience de "Je ne suis pas plus le corps qu'il n'est mien. Je suis pure conscience", j'atteins l'état suprême et je ne me souviens plus des choses faites ou non-faites.

7. En réalisant : "Je suis le seul qui existe, de Brahma au dernier brin d'herbe", je deviens libre de l'incertitude, pur, en paix et non soucieux de ce qui a été atteint ou pas.

8. En se rendant compte que ce monde varié et merveilleux tout entier n'est rien, on devient pure réceptivité et libre des penchants, et comme si rien n'existait, on trouve la paix.


XII.  ACCOMPLISSEMENT


JANAKA dit :

1. J'ai d'abord détesté l'activité physique, puis les longs discours et enfin la pensée elle-même – ce qui explique pourquoi je suis maintenant établi.

2. En l'absence à la fois de tout plaisir pris dans le son et autres perceptions sensorielles et du fait que je ne suis moi-même pas un objet des sens, mon esprit est focalisé et libéré de toute distraction – ce qui explique pourquoi je suis maintenant établi.

3. La distraction de choses telles que l'identification erronée nous conduit à lutter pour le calme mental. Reconnaissant cette tendance, je suis maintenant établi.

4. En abandonnant les sentiments de rejet et d'acceptation, et le plaisir et la déception ayant aujourd'hui cessés, brahmane – je suis maintenant établi.

5. La vie dans une communauté, puis aller au-delà d'un tel état, la méditation et l'élimination des objets faits d'esprit – au moyen ceux-ci j'ai vu mon erreur – je suis maintenant établi.

6. Tout comme l'exécution des actions est due à l'ignorance, leur abandon l'est aussi. En reconnaissant pleinement cette vérité – je suis maintenant établi.

7. Essayer de penser à ce à quoi on ne peut pas penser est un acte non naturel pour la pensée. Ayant par conséquent abandonné telle pratique – je suis maintenant établi.

8. Celui qui a réalisé ceci a atteint l'objectif de la vie. Celui dont la nature est ainsi a fait ce qui doit être fait.


XIII.  BONHEUR


JANAKA dit :

1. La liberté intérieure de ne rien posséder est difficile à atteindre, même en n'ayant qu'un simple pagne, mais je vis comme il me plaît en abandonnant à la fois le renoncement et l'acquisition.

2. Parfois, on éprouve de la détresse en raison du corps, parfois en raison de sa parole et parfois en raison de son esprit. Les abandonnant tous, je vis comme il me plait dans l'accomplissement de l'existence humaine.

3. Reconnaissant qu'en réalité jamais un acte n'est commis, je vis comme il me plaît, accomplissant seulement et simplement ce qui se présente.

4. Les yogis qui s'identifient avec leur corps insistent sur l'accomplissement de certaines actions et sur l'évitement d'autres actions, mais je vis comme il me plaît en abandonnant l'attachement et le rejet.

5. Je n'y gagne pas plus que je n'y perds à me tenir debout, à marcher ou à être couché, par conséquent je vis comme il me plaît que je sois debout, que je marche ou que je dorme.

6. Je ne perds rien en dormant et ne gagne rien par l'effort, donc par conséquent je vis comme il me plaît, en abandonnant le succès et l'échec.

7. Ayant en permanence conscience des désavantages que représentent les choses plaisantes, je vis comme il me plaît, abandonnant le plaisant et le déplaisant.


XIV.  UN  IDIOT


JANAKA dit :

1. Celui dont l'esprit est prédisposé au vide par nature et à qui il arrive de penser seulement involontairement est libéré du fait de vouloir délibérément se souvenir à la façon de celui qui se réveille d'un rêve.

2. Une fois mon désir éliminé, je ne possède ni richesse, ni amis, ni voleurs, ni cinq sens, ni Écritures, ni connaissance.

3. Réalisant à la fois ma suprême nature propre en la Personne du Témoin, le Seigneur, et l'état dénué de tout désir que ce soit dans la servitude ou dans la libération, je ne ressens aucune envie de libération.

4. Les divers états de celui qui est libéré du doute au-dedans et qui au-dehors flâne comme il lui plaît tel un idiot, ne peuvent être connus que de quelqu'un qui est dans le même état.


XV.  PURE  CONSCIENCE


ASHTAVAKRA dit :

1. Si un homme de pure intelligence peut atteindre le but grâce à la plus fortuite des instructions, un autre peut chercher la connaissance toute sa vie et demeurer constamment perplexe.

2. La libération est aversion pour les objets des sens. La servitude, est amour des sens. Voilà la connaissance, maintenant, fais comme il te plaît.

3. Cette prise de conscience de la Vérité rend intelligent un homme éloquent, et rend muet, stupide et paresseux un homme énergique, aussi elle est évitée par ceux dont le but est le plaisir.

4. Tu n'es pas le corps ni le corps n'est tien, tu n'es pas l'auteur des actions pas plus que celui qui récolte leurs conséquences. Tu es pure conscience éternellement, le témoin, qui n'a besoin de rien – alors vis heureux.

5. Le désir et la colère sont des objets de l'esprit, mais l'esprit ne t'appartient pas plus qu'il ne t'a jamais appartenu. Tu es la conscience sans choix et immuable elle-même – donc vis heureux.

6. Te reconnaissant toi-même dans tous les êtres et tous les êtres en toi-même, sois heureux, sois libre du sentiment de la responsabilité et sois libéré du fait d'être préoccupé par "moi".

7. Ta nature est la conscience d'où jaillit le monde entier comme les vagues de la mer. C'est ce que tu es, sans aucun doute, donc sois libre du trouble.

8. Aies confiance, mon fils, aies la foi. Ne te laisse pas leurrer. Tu es toi-même le Seigneur dont la nature même est connaissance, et tu es au-delà de la causalité naturelle.

9. Le corps investi des sens se tient immobile, va et vient. Toi-même, ni ne viens ni ne vas, alors pourquoi te préoccuper de cela ?

10. Que le corps dure jusqu'à la fin de cette Ere ou qu'il prenne fin maintenant. Qu'as-tu gagné ou perdu, toi qui n’es que pure conscience ?

11. Laisse en toi le grand océan, la vague du monde, se lever et se résorber en fonction de sa propre nature. Ce n'est pour toi ni un gain ni une perte.

12. Mon fils, tu n’es que pure conscience et le monde n'est pas séparé de toi. Alors, qui peut l'accepter ou le refuser, et comment, et pourquoi ?

13. Comment la naissance, le karma ou la responsabilité peuvent-ils se produire dans cette conscience une, immuable, pacifique, sans tache et infinie que tu es ?

14. Tout ce que tu vois, est toi manifesté ; comment les bracelets, les brassards et les anneaux de cheville pourraient-ils être différent de l'or qui les compose ?

15. Abandonnant les distinctions telles que "il est ce que je suis " et " je ne suis pas cela ", reconnaît que " Tout est moi ", et sois sans distinction et heureux.

16. C'est par ton ignorance que tout cela existe. En réalité, toi seul existe. En dehors de toi, il n'y a personne à l'intérieur ni au-delà du cycle des réincarnations [samsara].

17. Sachant que tout ceci n'est qu'illusion, on devient libre du désir, réceptivité pure, et en paix comme si rien n'existait.

18. Une seule chose a existé, existe et existera dans l'océan de l'être. Tu n'es sujet ni à l'asservissement ni à la libération. Vis heureux et comblé.

19. Etant pure conscience, ne dérange pas ton esprit avec des pensées de pour et de contre. Sois en paix et demeure heureux en toi-même, l'essence de la joie.

20. Abandonne entièrement la méditation mais ne laisse pas ton esprit s'attarder sur quoi que ce soit. Tu es libre par nature, aussi que réaliseras-tu en forçant ton esprit ?


XVI.  TOUT  OUBLIER


ASHTAVAKRA dit :

1. Mon fils, tu peux réciter ou écouter d'innombrables Écritures, mais tant que tu n'auras pas tout oublié tu ne seras pas établi au-dedans.

2. Il se peut qu'en tant qu'homme instruit tu te livres à la prospérité, à l'activité et à la méditation, mais ton esprit se languira tout de même pour cela, qui est la cessation du désir et au-delà de tous les objectifs.

3. Tout le monde souffre en raison des efforts fournis pour accomplir quelque chose, mais personne ne s'en rend compte. Par rien de plus que cet enseignement, le chanceux atteint la tranquillité.

4. Le bonheur n'appartient à personne d'autre qu'à cet homme suprêmement paresseux pour qui même le fait d'ouvrir et de fermer les yeux est source de nuisance.

5. Quand l'esprit est libéré des paires d'opposés comme " j'ai fait ceci " et " je n'ai pas fait cela ", il devient indifférent au mérite, à la richesse, à la sensualité et à la libération.

6. Un homme est sobre et répugné par les sens, un autre est avide et attaché à eux, mais celui qui est libéré à la fois des faits de prendre et de rejeter n'est ni sobre ni avide.

7. Tant que demeure le désir, ou état d'absence de discrimination, les sentiments de répulsion et d'attraction demeurent, ils sont la racine et la branche du samsara.

8. Le désir vient de l'usage et l'aversion de l'abstention, mais tel un enfant, l'homme sage est libre des paires d'opposés et devient établi.

9. L'homme passionné veut éliminer le samsara afin d'éviter la douleur, mais l'homme détaché est libre de la douleur et n'est pas affligé, même lorsqu'il se trouve dans le samsara.

10. Qui est même fier de la libération ou de son propre corps et les perçoit comme étant siens, n'est ni un voyant ni un yogi. Il n'est qu'une victime.

11. Si même Shiva, Vishnu ou Brahma né du lotus étaient tes instructeurs, tant que tu n'as pas tout oublié tu ne peux pas être établi au-dedans.


XVII.  AU - DELÀ  DE  TOUT


ASHTAVAKRA dit :

1. Celui qui est satisfait, les sens purifiés, et qui jouit constamment de la solitude, a gagné le fruit de la connaissance ainsi que le fruit de la pratique du Yoga.

2. Celui qui connaît la Vérité n'est jamais affligé en ce monde, car le monde rond tout entier n'est rempli que de lui-même.

3. Aucun de ces sens ne contentent un homme qui a trouvé satisfaction au-dedans, tout comme les feuilles du nimba [neem] ne satisfont pas l'éléphant qui préfère les feuilles du shallaki.

4. Rare est l'homme qui n'est pas attaché à ce qui lui a procuré du plaisir et qui n'éprouve pas de regret pour ce qui ne lui en a pas procuré.

5. Ceux qui désirent le plaisir et ceux qui veulent la libération existent tout deux dans le samsara, mais l'homme de grande âme qui ne désire ni plaisir ni libération est vraiment rare.

6. Seul le noble d'esprit est libre de l'attraction ou de la répulsion pour la religion, la richesse, la sensualité ainsi que la vie et la mort.

7. Il ne ressent ni le désir d'éliminer tout cela ni de colère lorsque cela continue, ainsi l'homme chanceux vit heureux quels que soient les moyens de subsistance qui se présentent à lui.

8. Ainsi épanoui par cette connaissance, content et son esprit pensant vidé, il vit heureux en voyant, entendant, ressentant, sentant et goûtant tout simplement.

9. Celui pour lequel l'océan du samsara s'est évaporé n'est sujet à ni l'attachement ni à l'aversion. Vide est son regard, sans but est son comportement et inactifs sont ses sens.

10. Certes, pour l'esprit libéré l'état suprême est partout. Il n'est ni éveillé ni endormi, et n'ouvre ni ne ferme les yeux.

11. L'homme libéré est resplendissant partout, libre de tout désir. Partout il apparaît en pleine maîtrise et pur de cœur.

12. Voyant, entendant, ressentant, sentant, goûtant, parlant et marchant, l'homme de grande âme qui est libéré du fait d'essayer d'accomplir ou d'éviter est véritablement libre.

13. Où qu'il soit, l'homme libéré est libre des désirs. Il ne blâme pas, ne loue pas, ne se réjouit pas, n'est pas déçu, et ne donne ni ne prend.

14. Lorsque celui dont l'âme est grande n'est perturbé ni à la vue d'une femme brûlant de désir ni à l'idée de la mort imminente et qu'il reste maître de lui-même, il est véritablement libéré.

15. Rien ne distingue le plaisir de la douleur, l'homme de la femme, le succès de l'échec pour l'homme sage pour qui tout est égal.

16. Ni agression ni compassion, ni fierté ni humilité, ni émerveillement ni confusion, pour l'homme dont les jours dans le samsara sont terminés.

17. L'homme libéré ne dédaigne pas plus les sens qu'il n'est attaché à eux. Il prend constamment plaisir, avec un esprit détaché autant dans le succès que dans l'échec.

18. Qui est établi dans l'état Absolu avec l'esprit vide ne connait pas plus les alternatives du calme intérieur et de son manque que celles du bien et du mal.

19. Libre du "moi", du "mien", du sentiment de la responsabilité, et conscient que "rien n'existe" car tous les désirs sont éteints à l'intérieur, l'homme n'agit pas même dans l'action.

20. Celui dont l'esprit pensant est dissout atteint l'état indescriptible et il est libre du spectacle mental de l'illusion, du rêve et de l'ignorance.


XVIII.  LE  SAGE


ASHTAVAKRA dit :

1. Que soit loué Cela dont le fait d'en être conscient fait que l'illusion elle-même ressemble à un rêve, Cela qui est pur bonheur, paix et lumière.

2. On peut ressentir toutes sortes de plaisirs en acquérant divers objets de jouissance, mais on ne peut être heureux qu'en renonçant à tout.

3. Comment peut-il être dans le bonheur, celui qui au-dedans a été consumé par le soleil torride de la douleur causé par la pensée des choses encore à faire et qui ne voit pas tomber la pluie du nectar de la paix ?

4. Cette existence n'est qu'imagination. En réalité, elle n'est rien, mais il n'y a pas de non-être pour les natures qui savent distinguer être de non-être.

5. Le royaume de Soi-même n'est pas plus distant qu’on ne peut en prendre conscience par l'adjonction de limites à sa nature. Il est inimaginable, sans effort, immuable et immaculé.

6. Par la simple élimination de l'illusion et la reconnaissance de leur nature véritable, ceux dont la vision est parfaite vivent libres de la douleur.

7. Sachant que tout n'est qu'imagination et se connaissant comme étant éternellement libre, le sage pourrait-il jamais se comporter comme un fou ?

8. Sachant qu'il est Dieu et qu'être et non-être ne sont qu'imagination, que devrait apprendre, dire ou faire l'homme qui est libéré du désir ?

9. Des considérations comme "je suis ceci" ou "je ne suis pas cela" ont pris fin pour le yogi devenu silencieux qui réalise : "Tout est moi-même".

10. Pour le yogi qui a trouvé la paix, il n'y a ni distraction ni concentration, ni connaissance plus élevée ou ignorance, ni plaisir ni douleur.

11. Que ce soit le ciel ou la mendicité qui prévaut, le gain ou la perte, la vie parmi les hommes ou dans la forêt, cela ne fait aucune différence pour un yogi dont la nature est d'être libre des distinctions.

12. Pour le yogi libre des opposés comme "j'ai fait ceci" et "je n'ai pas fait cela", il n'existe aucune obligation religieuse, aucune richesse, sensualité ou discrimination.

13. Pour le yogi libéré de son vivant, rien n'a besoin d'être fait et son cœur est sans attachement. Les choses ne dureront que jusqu'à la fin de la vie.

14. L'illusion, le monde, la méditation sur Cela ou la libération n'existent pas aux yeux de la grande âme pacifiée. Tout cela n'appartient qu'au domaine de l'imagination.

15. Celui par qui tout cela est vu peut tout aussi bien distinguer que cela n'existe pas, mais que peut faire celui qui est sans désir ? Même lorsqu'il regarde il ne voit rien.

16. Celui par qui le Suprême Brahma est vu peut penser : "Je suis Brahma", mais que peut bien penser celui qui demeure sans pensée et qui ne voit aucune dualité ?

17. Celui par qui la distraction intérieure est vue peut y mettre fin, mais qui est noble n'est pas distrait. Quand il n'y a rien à atteindre, qu'y a-t-il à faire ?

18. Contrairement à l'homme du monde, le sage ne voit pas en lui-même l'immobilité silencieuse du dedans, la distraction ou la faute, même quand il vit comme un homme du monde.

19. Il n'accomplit rien, celui qui est libre de l'être et du non-être, qui est satisfait, sans désir et sage, même lorsqu'aux yeux du monde il agit effectivement.

20. L'homme sage qui accomplit simplement ce qui se présente à lui, ne rencontre pas plus de difficulté dans l'activité que dans l'inactivité.

21. Qui est sans désir, autonome, indépendant et dégagé des liens fonctionne telle une feuille morte portée de-ci de-là par le vent de la causalité.

22. Celui qui a transcendé le samsara n'est sujet ni à la joie ni à la tristesse. Avec un esprit en paix, il vit comme s'il n'avait pas de corps.

23. Celui dont sa joie est en lui-même, qui est paisible et pur au-dedans ne désire aucunement le renoncement et ne ressent pas le moindre sentiment de perte.

24. L'homme doté d'un esprit vide naturellement et qui agit comme bon lui semble n'est sujet ni à l'orgueil ni à la fausse humilité, tout comme l'homme naturel.

25. "Cette action a été faite par le corps, mais pas par moi." La personne à la nature pure qui pense ainsi n'agit pas même lorsqu'elle agit.

26. Qui agit sans pouvoir dire pourquoi, n'est pas fou pour autant, il est libéré de son vivant, heureux et béni. Il est heureux même au beau milieu du samsara.

27. Qui en a assez des considérations sans fin et a atteint la paix, ne pense, ne sait, ne voit, ni n'entend.

28. Qui est à la fois au-delà de l'immobilité silencieuse et de la distraction mentale ne désire ni la libération ni son opposé. Reconnaissant tout comme n'étant que des constructions imaginaires, cette grande âme vit comme Dieu ici et maintenant.

29. Qui ressent de la responsabilité au-dedans agit même lorsqu'il ne fait rien ; il n'existe ni sentiment d’avoir fait ou pas fait pour l'homme sage libre du sentiment de la responsabilité.

30. L'esprit de l'homme libéré n'est ni excédé ni comblé. Il brille immobile, sans désirs, et libéré du doute.

31. Celui dont l'esprit n'entreprend pas de méditer ni d'agir, médite et agit quand même mais sans objet.

32. Un homme stupide est perplexe lorsqu'il entend la Vérité Ultime, tandis que même un homme malin s’y soumet à la façon du fou.

33. Les ignorants font un grand effort pour aiguiser leur esprit et arrêter la pensée, tandis que les sages ne voient rien à faire et restent en eux-mêmes comme ceux qui sont endormis.

34. Qu'il agisse ou qu'il abandonne l'action, l'insensé n'atteint pas la cessation, tandis que le sage trouve la paix simplement en connaissant la Vérité.

35. Les gens ne peuvent pas parvenir à se connaître par les pratiques, aussi dotés de conscience pure, claire, complète, au-delà de la multiplicité et irréprochables soient-ils.

36. L'homme stupide ne parvient pas à la libération même en pratiquant régulièrement, alors que l'homme heureux reste libre et sans action simplement par la compréhension.

37. L'homme stupide n'atteint pas la Divinité parce qu'il le veut, alors que le sage jouit de la Divinité Suprême sans même le vouloir.

38. Même en vivant sans soutien aucun et en recherchant ardemment l'accomplissement, les insensés nourrissent le samsara, alors que les sages ont tranché à la racine même de son malheur.

39. L'homme stupide ne trouve pas la paix parce qu'il la désire, alors que l'homme sage qui discerne la Vérité a toujours l'esprit en paix.

40. Comment y aurait-il connaissance de soi pour celui dont la connaissance dépend de ce qu'il voit ? Les sages ne voient pas ceci ou cela, mais se voient eux-mêmes en tant que l'infini.

41. Comment y aurait-il cessation de la pensée pour les égarés qui s'y efforcent. Pourtant, cet état est toujours là naturellement pour l'homme sage se délectant de lui-même.

42. Certains pensent qu'il existe quelque chose et d'autres que rien n'existe. Rare est l'homme qui ne pense ni l'un ni l'autre, et est ainsi libre de la distraction.

43. Ceux dont l'intelligence est déficiente se perçoivent en tant que pure non-dualité, cependant à cause de leur égarement ils ne le savent pas vraiment et en conséquence, toute leur vie durant ils ne connaissent aucun épanouissement.

44. L'esprit de l'homme qui recherche la libération ne peut trouver de repos au-dedans, mais l'esprit de l'homme libéré est constamment dégagé du désir du fait même qu'il ne possède aucun lieu de repos.

45. À la vue des tigres des cinq sens, les chercheurs d'asile apeurés se précipitent dans la grotte en quête de la cessation de la pensée et d'un esprit uni-dirigé.

46. À la vue du lion sans désir, les éléphants des cinq sens se sauvent silencieusement ou, s'ils ne le peuvent pas, ils se mettent à son service tels des courtisans.

47. L'homme libéré des doutes et dont l'esprit est libre ne se préoccupe pas des moyens d'atteindre la libération. Qu'il soit en train de voir, d'entendre, de ressentir, de sentir ou de goûter, il vit à l'aise.

48. Celui dont l'esprit est pur et non distrait en entendant simplement la Vérité, ne voit rien à faire, rien à éviter ou même de quoi être indifférent.

49. La personne honnête accomplit ce qui doit l'être, bon ou mauvais, car ses actes sont comme ceux d'un enfant.

50. Par la liberté intérieure on atteint le bonheur, par la liberté intérieure on atteint le Suprême, par la liberté intérieure on parvient à l'absence de pensée, par la liberté intérieure vient l'État Ultime.

51. Lorsqu'on se voit soi-même ni comme l'auteur ni comme celui qui récolte les conséquences, toutes les vagues mentales prennent fin.

52. Le comportement spontanément modeste des sages est remarquable, mais pas le calme délibéré de l'idiot.

53. Les sages débarrassés de l'imagination, non liés et pourvus d'une conscience sans entraves peuvent tout autant s'amuser au milieu de nombreux biens que partir pour des grottes de montagne.

54. Le cœur d'un homme sage est sans attachement, qu'il voit un brahmane érudit, une être céleste, un lieu saint, une femme, un roi, un ami ou qu'il leur rende hommage.

55. Un yogi n'est jamais contrarié même lorsqu'il est humilié par les railleries des serviteurs, des fils, des épouses, des petits-enfants ou d'autres membres de la famille.

56. Même lorsqu'il est satisfait, il n'est pas satisfait ; il ne souffre pas alors qu'il est dans la douleur. Seuls ceux qui sont comme lui peuvent connaître l'état merveilleux d'un tel homme.

57. Le samsara, c'est de ressentir la nécessité d'exécuter ou d'accomplir quelque chose. Les sages dont la forme est celle de la vacuité, dont l'apparence est sans forme, qui sont immuables et immaculés ne ressentent rien de la sorte.

58. Même alors qu'il ne fait rien, l'insensé est troublé par l'agitation, alors qu'un homme adroit demeure impassible même en faisant ce qu'il y a à faire.

59. Debout il est heureux, assis il est heureux, endormi il est heureux, et heureux il va et vient. Heureux il parle, heureux il mange. C'est la vie de l'homme en paix.

60. Qui par sa nature même ne ressent aucun malheur dans sa vie quotidienne à la façon des gens du monde, demeure impassible tel un grand lac, purifié de toute souillure.

61. Chez un insensé, même s'abstenir d'agir aura l'effet d'une action alors que même l'action de l'homme sage amène les fruits de l'inaction.

62. Un insensé fait souvent preuve d'aversion pour ses biens, mais celui dont l'attachement au corps s'est évanoui n'est sujet ni à l'attachement ni à l'aversion.

63. Le mental de l'insensé est constamment occupé par la pensée ou par le fait de ne pas penser, mais celui de l'homme sage possède la nature de la non-pensée, car il pense à ce qui est approprié.

64. Le voyant qui se comporte comme un enfant, c'est-à-dire sans désir dans toutes actions, n'est sujet à aucun attachement de par sa pureté, même dans le travail qu'il accomplit.

65. Béni soit celui qui se connaît et qui demeure identique dans tous les états, dont l'esprit est libéré du désir ardent qu'il soit en train de voir, d'entendre, de ressentir, de sentir ou de goûter.

66. Il n'existe personne qui soit soumis au samsara, il n'existe pas plus de sentiment d'individualité, de but ou de moyen de l’atteindre au yeux de l'homme sage qui est constamment dégagé de l'imagination et immuable comme l'espace.

67. Glorieux est celui qui a abandonné tous les buts et qui est l'incarnation de la satisfaction, sa nature même, et dont la concentration intérieure sur l'Inconditionné est tout à fait spontanée.

68. En bref, l'homme de grande âme qui est parvenu à connaître la Vérité ne ressent pas plus de désir pour le plaisir que pour la libération, et il est toujours dégagé de l'attachement où qu'il soit.

69. Que reste-t-il à exécuter pour l'homme qui est pure conscience et qui a abandonné tout ce qu'il est possible d'exprimer en mots, du ciel le plus haut à la terre même ?

70. L'homme pur qui a vécu l'Indescriptible atteint la paix du fait de sa nature même, en réalisant que tout ceci n'est autre qu'illusion et que rien n'est.

71. Il n'existent ni règles, ni sérénité, ni renonciation, ni méditation pour celui qui est pur réceptivité par nature et qui n'admet aucune êtreté connaissable dans la moindre forme.

72. Celui qui brille de l'éclat de l'Infini et qui n'est pas soumis à la causalité naturelle ne connaît ni servitude, ni libération, ni plaisir, ni douleur.

73. La pure illusion règne dans le samsara, lequel se poursuivra jusqu'à la réalisation du Soi, mais l'homme éveillé vit dans la beauté car il est dégagé du moi et du mien, du sentiment de responsabilité et de tout attachement.

74. Le voyant qui se sait impérissable et au-delà de la douleur n'est pas soumis à la connaissance, au monde, au sentiments d'être le corps ou que le corps lui appartient.

75. À peine l'homme de faible intelligence abandonne-t-il des activités telles que l'élimination de la pensée, qu'il sombre dans la course mentale et le bavardage.

76. Même en écoutant la Vérité, un imbécile ne se débarrasse pas de sa stupidité pour autant. Il peut sembler extérieurement dégagé des imaginations, mais au-dedans il désire ardemment les perceptions sensorielles.

77. Bien qu'il soit actif aux yeux du monde, l'homme qui s'est défait de l'action par la connaissance ne trouve nul moyen de faire ou de dire quoi que ce soit.

78. Pour l'homme sage qui est constamment immuable et sans peur il n'existent ni ténèbres ni lumière, ni destruction, ni rien.

79. Ni l'héroïsme, ni la prudence, ni le courage n'existent pour le yogi dont la nature est au-delà de toute description et libre de l'individualité.

80. Il n'existent ni paradis ni enfer, ni même de libération dans la vie. En un mot, aux yeux du voyant, rien n'existe du tout.

81. Il ne désire pas plus les possessions qu'il ne se lamente de leur absence. L'esprit calme du sage est rempli du nectar de l'Immortalité.

82. L'homme serein ne loue pas plus les bons qu'il ne blâme les méchants. Satisfait et égal face à la douleur et au plaisir, il ne voit rien à faire.

83. L'homme sage ne déteste pas plus le samsara qu'il ne cherche à se connaître lui-même. Libéré du plaisir et de l'impatience, il n'est ni mort ni vivant.

84. L'homme sage se distingue en étant libre de l'appréhension, en étant sans attachement aux choses comme les enfants ou l'épouse, en étant libre du désir pour les perceptions sensorielles et ne se soucie même pas de son propre corps.

85. Le sage, qui vit de ce qui se présente à lui, qui va où bon lui semble et qui dort où que le soleil se couche à ce moment, est en paix partout.

86. Que son corps se lève ou s'effondre, la grande âme n'y pense même pas, car il a tout oublié du samsara en se reposant sur le sol de sa nature véritable.

87. La joie de la complétude en soi-même et d'être sans possessions caractérise le sage, il se comporte comme bon lui semble, en étant libéré de la dualité et débarrassé des doutes et sans le moindre attachement à quelque créature que ce soit.

88. Le sage excelle dans le fait d'être sans sentiment de "moi". La Terre, une pierre ou de l'or sont tous pareils à ses yeux. Les nœuds de son cœur ont été entièrement défaits, et il est libéré de la cupidité et de l'aveuglement.

89. Qui peut se comparer à cette âme comblée, libérée, qui ne tient compte de rien et n'a plus aucun désir dans son cœur ?

90. Qui d'autre que l'homme juste et sans désir, connaît sans connaître, voit sans voir et parle sans parler ?

91. Mendiant ou roi, il excelle car il est sans désir et son opinion est dénuée du "bon" et du "mauvais".

92. Le sage qui a atteint le but et qui est l'incarnation même de la sincérité innocente n'est pas plus sujet à la débauche ou à la vertu qu'à la discrimination de la Vérité.

93. Cela qui est vécu au-dedans par celui qui est sans désir, libre de l'affliction et heureux de reposer en lui-même – comment le décrire et à qui?

94. L'homme de sagesse, satisfait quelles que soient les circonstances, n'est ni endormi même pendant le sommeil profond, ni endormi au cours d'un rêve, ni éveillé lorsqu'il est réveillé.

95. Le voyant est sans pensée même lorsqu'il pense, sans les sens au beau milieu des perceptions, sans compréhension alors qu'il comprend et dénué du sentiment de la responsabilité même en présence de l'ego.

96. Ni heureux ni malheureux, ni détaché ni lié, ni cherchant la libération ni libéré, il n'est ni quelque chose ni rien.

97. Pas distrait dans la distraction, pas en équilibre dans l'immobilité mentale silencieuse, pas stupide dans la stupidité, cet être béni ne fait même pas preuve de sagesse dans la sagesse.

98. L'homme libéré est maître de lui-même en toute circonstance et libre de l'idée du "faire" et du "reste à faire". Il est le même où qu'il soit et il est sans cupidité. Il ne s'attarde pas sur ce qu'il a fait ou n'a pas fait.

99. L'éloge ne le remplit pas de bonheur tout comme le blâme ne le dérange pas. Il n'a pas plus peur de la mort qu'il n'est attaché à la vie.

100. Un homme en paix ne se précipite pas vers les lieux prisés ou vers la forêt. Quelle que soient les circonstances et où qu'il se trouve, il reste le même.


XIX.  MA  PROPRE  GLOIRE


JANAKA dit :

1. À l'aide de la fine pince de la connaissance de la Vérité j'ai pu extraire des recoins de mon cœur la douloureuse épine des opinions sans fin.

2. Pour moi qui suis établi dans ma propre gloire, ni les obligations religieuses, ni la sensualité, ni les possessions, ni la philosophie, ni la dualité, ni même la non-dualité n'existent.

3. Pour moi qui suis établi dans ma propre gloire, n'existent ni passé, ni futur, ni présent. Il n'y a pas d'espace, ni même d'Éternité.

4. Pour moi qui suis établi dans ma propre gloire, n'existent ni soi ni non-soi, ni bon ni mauvais, ni pensée ni même absence de pensée.

5. Pour moi qui suis établi dans ma propre gloire, n'existent ni rêve ni sommeil profond, pas de veille ni de Quatrième état [Turiya] au-delà, et assurément aucune peur.

6. Pour moi qui suis établi dans ma propre gloire, loin ou près il n'y a rien, dedans ou dehors il n'y a rien, grand ou petit rien ne l'est.

7. Pour moi qui suis établi dans ma propre gloire, n'existent ni vie ni mort, pas de mondes ni de choses du monde, pas de distraction ni de silence de l'esprit.

8. Pour moi qui demeure en moi-même, il n'est pas nécessaire de parler des trois buts de la vie, du Yoga ou de la connaissance.


XX.  TRANSCENDENCE


JANAKA dit :

1. Dans ma nature immaculée ne se trouvent ni éléments, ni corps, ni facultés, ni mental. Il n'y a ni vacuité ni désespoir.

2. Pour moi, qui suis libéré du sentiment du dualisme, n'existent ni Écritures, ni connaissance de soi, ni esprit libre d'un objet, ni satisfaction et pas de libération du désir.

3. Il n'y a pas de connaissance ni d'ignorance, aucun "moi", "ceci" ni "mien", pas d'asservissement, pas de libération et aucune appartenance de la nature-soi.

4. Pour qui est toujours libre des caractéristiques individuelles jamais une action causale antécédente ne s'est produite, aucune libération ne survient au cours d'une vie ni d'accomplissement lors de la mort.

5. Pour moi qui suis libre de l'individualité, il n'est point d'acteur ni de celui qui récolte les conséquences, aucune cessation de l'action, ni d'émergence de la pensée, aucun objet immédiat et pas la moindre idée de résultats.

6. Pas de monde, pas de chercheur de libération, pas de yogi, pas de voyant, pas d'être lié, pas d'être libéré ; je demeure dans ma propre nature non-duelle.

7. Il ne se produit ni émanation ni retour, pas de but, de moyens, de chercheur ni d'accomplissement ; je demeure dans ma propre nature non-duelle.

8. Pour moi qui suis à jamais sans tache, n'existent ni expert, ni standard, rien à évaluer ou à juger et aucune évaluation ni jugement.

9. Pour moi qui suis constamment sans action, il n'y a pas de distraction ni de concentration, aucun manque de compréhension, aucune stupidité, aucune joie ni tristesse.

10. Pour moi qui suis toujours dégagé des délibérations il n'existe ni vérité conventionnelle, ni vérité absolue, ni bonheur ni chagrin.

11. Pour moi qui suis à jamais pur, il n'y a pas d'illusion, pas de samsara, pas d'attachement ni de détachement, pas d'organisme vivant et pas de Dieu.

12. Pour moi qui suis à jamais immobile et indivisible, établi en moi-même, l'activité n'existe pas plus que l'inactivité et la libération pas plus que l'asservissement.

13. Pour moi qui suis béni et sans limites, n'existent ni initiation ni Écritures, ni disciple ni maître et aucun but dans la vie humaine.

14. L'être et le non-être n'existent pas plus que l'unité et le dualisme. Qu'y a-t-il de plus à dire ? Il n'y a rien en dehors de moi.

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