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NEEM  KAROLI  BABA

MIRACLE  DE  L' AMOUR



Que règne la paix et l'amour parmi tous les êtres de l'univers. OM Shanti, Shanti, Shanti.

introduction | 1. ...les abeilles affluent | 2. darshan | 3. prendre du chai | 4. sous la couverture de maharajji | 5. la foi... pas la peur | 6. clé de l'esprit | à suivre...

3.  PRENDS  DU  CHAÏ





RENDS  du chaï [thé].


– Mais Maharajji. J'en ai déjà pris.

– Prends du chaï.

– Très bien.

– Va te servir de kanna [nourriture].

– Maharajji, j'ai mangé il y a tout juste une heure.

– Maharajji veut que tu ailles te servir maintenant.

– Entendu.

– Maharajji vous fait envoyer ces bonbons.

– Mais je suis incapable d'avaler quoi que ce soit de plus.

– Maharajji tient à ce que vous acceptiez ces bonbons.

– Dans ce cas...

– Maharajji m'a envoyé vous servir du chaï.

– Oh non ! Pas encore !

– Je ne fais qu'obéir aux ordres. C'est le souhait de Maharajji.

– Bon.

– Un disciple vient d'arriver de Delhi avec un seau rempli de sucreries. Maharajji est en train de les distribuer. Il veut que vous veniez.



– Oh mon Dieu, je vais exploser.

– C'est du prasad.

– Merci Maharajji. [Oh non, pas les pommes aussi !] Ah, merci Maharajji.

S'ils étaient nombreux à avoir l'impression de quitter le temps et à éprouver l'amour de Maharajji à l'occasion des darshan, tous sans exception constataient qu'il tenait à ce que tout le monde soit bien nourri. Souvent, avant même que vous ayez pu vous asseoir, il insistait pour que vous preniez du prasad. Après l'avoir rencontré, les gens ne repartaient jamais avec la faim au ventre.

Je me trouvais à Berkeley, en Californie, et je profitai d'un arrêt à une station-service tenue par un sikh pour pratiquer mon hindi. Quand l'homme s'aperçut que j'avais séjourné dans le temple de Kainchi, il me dit aussitôt : "Oh, vous êtes disciple de ce baba. Je suis allé le voir. Il m'a donné des puris [du pain frit]. Il est bien le seul à offrir gracieusement de la nourriture."

Un nombre important de pauvres qui habitaient non loin du temple ou étaient en pèlerinage survivaient grâce aux distributions gratuites, mais une telle suralimentation et cet accent mis en permanence sur la nourriture nous donnaient à penser que celle-ci ne devait pas être comprise que dans le plan matériel.

Je commençai par me focaliser sur l'abondance de nourriture. Je venais de quitter le Népal où pendant quelque temps j'avais suivi une très stricte session de méditation bouddhiste et, devant tous ces gens qui s'asseyaient pour se gaver, je me disais : "Oh, les ignorants. Qu'est-ce qu'ils s'empiffrent !" Et puis je me suis assis à mon tour... et au bout de quelques jours je me bourrais moi aussi de nourriture. Je n'avais jamais ressenti une chose pareille. Je ne pouvais littéralement pas arriver à me rassasier. J'avais le sentiment de me nourrir l'esprit.

Il me redonna la pera [friandise] et, assez bizarrement, je repoussai son offre. Etant donné que j'avais déjà mangé mon comptant, je me dis que quelqu'un d'autre devrait en profiter. Il l'offrit donc à un voisin.

Au cours d'un autre darshan il remplit ma main de peras que je m'empressai de manger. Quelques instants plus tard il m'en redonna une énorme poignée que je refusai, estimant avoir eu largement ma part. Un Indien assis derrière moi se fâcha et me dit que je ne devrais jamais refuser le prasad de Maharajji, qu'il fallait toujours prendre ce qu'il donnait. J'en fut fort dépitée mais Maharajji ne tarda pas à m'en offrir une nouvelle poignée que je reçus avec un sentiment de joie.

J'étais en train d'essayer de me cacher quelque part près du temple, au fond de la cour sur laquelle donnait sa porte. Et, quand il est apparu, j'ai été emporté par les gens qui m'ont poussé jusqu'aux pieds du tucket. Je tâchais toujours de me tenir loin du devant de la scène et de passer inaperçu et, quand j'ai été propulsé près de lui, j'ai essayé de me dissimuler derrière la colonne, mais la foule poussait de plus belle. Et Maharajji est sorti. J'avais peur et je pleurais. Et Maharajji m'a tendu une poire. Et quand j'ai mangé ce fruit j'ai eu le sentiment d'être baigné de l'intérieur. On aurait dit que je mangeais l'amour vivant. Depuis ce jour cette poire ne me quitte pas l'esprit. Je n'ai jamais rien connu de semblable. Plus jamais je n'ai mangé de poires !

Ma fille était jeune et vivait encore avec nous. Un jour où nous allions à Kainchi pour le darshan nous avons fait halte à Bhowali. Elle m'a demandé des jelebees [espèces de bonbons] mais il n'y en avait pas et je lui ai dit qu'on en trouverait à Kainchi. Mais quand nous sommes arrivés nous nous sommes aperçus que c'était un jour de jeûne hindou – Ekadashi [onzième jour du mois lunaire] – et qu'on ne servait que des pommes de terre cuites à l'eau. Au moment où nous sommes entrés dans la pièce où se trouvait Maharajji, nous fûmes stupéfaits de voir un homme arriver avec un grand panier rempli de jelebees. Montrant ma fille du doigt, Maharajji lui dit aussitôt : "Sers cette fille en premier !" Il sait tout, rien ne lui échappe !

Un jour un sadhu de passage au temple fit des reproches à Maharajji : "Tu ne fais rien pour les gens. Tu ne leur donnes pas à manger. Tu ne les aides pas."

Maharajji ordonna aussitôt de lui donner une chambre, de la nourriture et de l'argent. Mais les disciples n'avaient qu'une envie en tête, coincer le sadhu dans un coin et lui administrer une bonne raclée. Mais Maharajji, voyant leur manège, les couvrit d'invectives. Le sadhu se calma tout à fait dès qu'il eut mangé. Maharajji expliqua : "Ce que vous ne comprenez pas, c'est qu'il a faim. Ça fait trois jours qu'il n'a rien mangé. Dans ces circonstances, comment aurait-il pu avoir une autre attitude ?"

Un jour, je lui demandai : "Pourquoi nourrissez-vous tous ces gens et donnez-vous autant de nourriture à chacun ? Je pourrais très bien me contenter de quatre chapattis [pain plat sans levain]."

Maharajji me répondit : "Nous avons tous en nous une faim de nourriture dont nous n'avons pas conscience. Même si toi tu n'as pas envie, ton âme le demande. Accepte le prasad !"

La nature de la nourriture servie auprès de Maharajji mérite quelques commentaires car, si elle satisfaisait bien nos âmes, nos intellects étaient souvent épouvantés. Le menu habituel servi au temple consistait en riz blanc, puris et pommes de terre [frits tous les deux] et en friandises, c'est-à-dire en sucre blanc presque pur. Nous nous nourrissions donc d'amidon, de graisse et de sucre, le tout arrosé d'une quantité de thé noir. Notre diététique occidentale s'en trouvait scandalisée et pourtant il s'agissait de prasad. Fallait-il rejeter cette offrande ou renoncer à nos règles en matière d'alimentation ? Que devions-nous faire quand l'amour se présentait sous forme d'amidon, de matière grasse, de sucre et de thé ? Des pommes de terre frites dans l'huile étaient une chose ; mais une bénédiction du gourou était une tout autre affaire.

Je croyais qu'un saint devait s'astreindre à certaines restrictions alimentaires. Autre chose : je ne buvais jamais de thé ou de café et je mangeais peu et très simplement. Je ne prenais jamais de médicaments et j'étais effaré par le nombre de pilules qu'ingurgitaient les gens. Après le départ de Maharajji je pris froid et je m'enrhumai. Les médecins commencèrent par me dire que c'était la grippe, puis ils se ravisèrent et m'annoncèrent qu'il s'agissait en fait d'une maladie plus grave. Il fallut donc que j'avale quinze pilules par jour pour me soigner. Tout ça faisait partie du jeu de Maharajji. Les médecins me recommandèrent aussi de prendre du poids : je passai donc mes journées à manger, de 6 heures du matin à 10 heures du soir. Je me demandais bien comment je faisais pour manger autant étant donné qu'avant, deux chapattis me suffisaient pour faire un repas. Toutes mes vieilles conceptions partirent en fumée.

Cela ressemblait fort à ce qui m'était arrivé quelque temps plus tôt à Kainchi. Je ne buvais jamais de thé et n'en avais donc pas pris le premier jour. Le deuxième jour, quand Maharajji m'en avait proposé, je n'avais pas répondu. Le matin du troisième jour il m'avait dit : "Je vois bien que tu ne veux pas de thé mais ici tu devrais en boire. Il ne fait pas chaud !" J'en avais donc pris ce jour-là et, depuis, je bois n'importe quoi – thé, café –, tout ce qui m'est proposé.

En général, quand Maharajji parlait de nutrition il n'abordait pas les questions de diététique qui obsédaient certains d'entre nous, mais conseillait seulement de "consommer des aliments simples". Il nous recommandait également de choisir ceux qui se trouvaient naturellement dans la région où nous vivions. Ensuite, il pouvait donner des instructions spécifiques à certains disciples comme par exemple renoncer au vin, à la viande, aux œufs ainsi qu'aux mets très épicés "parce qu'ils finissent par souiller le cœur". Et pourtant il pouvait très bien déclarer à quelqu'un d'autre : "Qu'est-ce que c'est que cette obsession de vouloir interdire la viande à tout prix. Si tu peux vivre sans viande c'est parfait. Mais si tu ne peux pas t'en passer il faut que tu en prennes." À certains il conseillait de "se contenter de nourriture frugale et de manger en silence, seul ou en petits groupes" ; à d'autres il prônait les vertus du jeûne, trois fois par mois, même s'il faisait cesser toute forme d'abstinence lorsque nous étions avec lui. De ces directives apparemment contradictoires nous en vînmes à la conclusion que mieux valait se fier à notre intuition plutôt que nous enfermer dans un système. Au moins, c'est ce que nous voulions entendre.

Parce qu'il nous prodiguait tant d'amour et d'attention, sans parler de la nourriture, nous cherchions des moyens de lui rendre la pareille mais il menait une vie si simple qu'il n'y avait rien à lui offrir. La plupart des gens lui apportaient donc des fleurs ou de la nourriture, surtout des fruits et des friandises qu'il distribuait lui-même, sinon il les touchait avant de les faire distribuer. Chez un être comme Maharajji ce contact de la main équivalait à une bénédiction. Il modifiait les vibrations de la nourriture et transformait les aliments en objets de prasad. En l'absence de la forme physique d'un être de la stature de Maharajji, le dévot offre la nourriture dans son cœur et dans son esprit avant de la consommer. Si celle-ci est offerte de façon vraiment désintéressée, les destinataires de l'offrande en acceptent une part subtile. Après quoi nous mangeons ce qui reste, qui est devenu prasad. En Occident, on peut rapprocher cette pratique de la coutume qui consiste à prononcer le bénédicité avant les repas.

Maharajji veillait toujours à ce que la nourriture qui sortait des cuisines fût de bonne qualité. Il faisait appeler les responsables et examinait les plats. Si la préparation laissait à désirer, il fulminait ; et si la cuisine était inutilement dispendieuse il pestait tout autant.

Quand je vivais dans la petite kuti [hutte] sur la colline et que je repartais le soir, Maharajji me faisait toujours apporter une boîte pour mes repas. Mais quand il me la donnait il ne manquait jamais d'en vérifier le contenu. De ses deux mains plongées dans la boîte il déplaçait, soulevait et examinait tout en détail.

Maharajji expliquait aux mères que les vibrations avec lesquelles la nourriture était préparée avait une incidence sur l'état d'esprit. Il disait que si vous faisiez de la nourriture un véritable prasad, elle ne manquait pas de vous purifier. Mais des aliments préparés sans véritable conscience étaient immanquablement source de confusion, même chez un être consacré. Il affirmait que l'absorption de nourriture préparée par des mains pures ennoblissait un yogi.

Au marché j'achetai quelques grappes de baies vertes pour offrir à Maharajji. Comme elles étaient d'une propreté douteuse, je les lavai avec le plus grand soin avant de les remettre dans le sac. Mais vous connaissez la solidité des sacs en Inde ! Celui-ci creva et les baies se répandirent par terre. Je les lavai donc une nouvelle fois, grain par grain, ce qui prit beaucoup de temps. Je finis par les apporter à Maharajji ; bien sûr tout le monde avait aussi apporté des fruits. Mais dès que j'eus déposé les miens devant lui, Maharajji parut très intéressé. Il les étala très soigneusement, les examina et en mangea un grand nombre avant de distribuer le reste comme s'il se fût agi d'une denrée particulièrement précieuse. Je voyais bien qu'il sentait tout l'amour et le soin avec lesquels j'avais préparé ces baies pour lui.

Il fut un temps où Maharajji n'acceptait que la nourriture confectionnée par une Ma bien précise et personne d'autre. Celle-ci me confia que s'il arrivait qu'elle soit trop occupée et que quelqu'un la remplace à la cuisine, il refusait le plat qu'on lui servait. Elle me dit qu'il lui arrivait de mentir pour qu'il mange – et de prétendre qu'elle avait tout préparé seule, mais il n'en persistait pas moins à repousser le plat. Il donnait l'impression de parfaitement faire la différence.

Mon grand-père qui était brahmine mangeait seul comme le veut la tradition. Mon épouse lui confectionnait un repas spécial. Il avait commencé à manger quand Maharajji arriva. Mon père donna donc l'ordre de préparer davantage de nourriture. Ma femme voulait offrir à Maharajji un mets particulier qu'elle avait fait pour grand-père. Elle en donna donc à Maharajji, ce qui mit mon père en colère.

"Comment peux-tu offrir à Maharajji un plat qui ne vient pas d'être préparé à l'instant ?" demanda-t-il à ma femme.

Alors Maharajji le fit venir et lui dit : "La nourriture fraîchement préparée a été mangée par le sadhu. Et le plat spécial offert avec un amour si pur l'a été par Dieu."

La plupart du temps Maharajji mangeait seul et distribuait tout ce qui lui était offert. Mais lorsque nous apportions des fruits ou des aliments, notre plus cher désir était de le voir en manger un peu lui-même. Et lorsque c'était le cas nous vivions un moment des plus précieux : Maharajji avait accepté un témoignage de notre amour.

Un jour, j'avais apporté une pomme bien tendre que j'avais pelée et coupée en morceaux avant de lui présenter comme j'avais vu les Indiens le faire... Au moment où il se pencha pour en prendre quelques morceaux au creux de ma paume, je vécus le genre d'extase qu'il est possible de connaître lorsqu'un oiseau sauvage ou une biche vient manger dans votre main. [R.D.]

Etant donné que je vivais dans l'ashram de Kainchi j'avais rarement l'occasion d'acheter quoi que ce soit pour Maharajji. Un beau jour je réussis à trouver une grenade. J'attendis le moment où, en fin d'après-midi, Maharajji se rendait au fond de l'ashram pour donner son darshan devant les douches. Après le départ du dernier car ne restaient que quelques permanents qui assistaient au darshan en compagnie d'un éventuel visiteur de marque ou d'un villageois venu pour affaire. C'était un moment intime qui rutile autant dans mon souvenir que le couchant sur les contreforts de l'Himalaya au bout de la vallée.

j'enlevais les pépins de la grenade et les lui tendais. Il en mangeait quelques-uns, en distribuait d'autres et, dès qu'il en avait retiré la pulpe, je lui en redonnais. Alors que mes provisions s'épuisaient, une matrone indienne me passa sa poignée de pépins sous le tucket afin que j'en aie d'autres à lui verser dans la main comme autant de bijoux. Une fois ceux-ci disparus elle m'en fit passer une nouvelle tournée. Ce petit manège continua le plus naturellement du monde. Nous faisions tous, y compris Maharajji, comme s'il ne se passait rien d'anormal sous le tucket. De toute évidence elle prenait autant de plaisir que moi à voir Maharajji accepter et manger notre offrande. Elle était ravie de participer avec lui à ce jeu vraiment délectable.

J'achetai une douzaine d'oranges pour les offrir à Maharajji. Nous arrivâmes au minuscule temple où il séjournait. De nombreux dévots indiens s'y étaient déjà rassemblés, entassés dans la pièce qu'il occupait. Dès que notre présence fut connue nous nous trouvâmes propulsés sur le devant de la scène, au pied de la table de bois sur laquelle était assis Maharajji. Je lui offris les oranges. La table était déjà couverte d'une quantité de fruits et de friandises. Mais il advint alors quelque chose qui m'étonna. Maharajji se jeta sur mes oranges comme s'il n'avait jamais vu de nourriture. À peine une orange était-elle ouverte qu'il s'en emparait et la dévorait en moins de rien. Je le vis engloutir ainsi huit oranges. Quant aux quatre qui restaient, Maharajji insista pour que le principal du collège me les fasse manger.

Je demandai plus tard à mon excellent ami indien K. K. des éclaircissements sur ce comportement singulier. Celui-ci m'expliqua que Maharajji prenait ainsi une partie de mon karma [acte, travail] et qu'il opérait souvent de la sorte pour alléger le joug de certains.
[R.D.]

"Prendre du karma" signifie qu'un être très élevé de la stature de Maharajji peut modifier de façon fort subtile le mode vibratoire de ses disciples et ainsi les débarrasser de vieux clichés avec lesquels ils fonctionnent depuis le début de cette existence ou même depuis de nombreuses vies. Par exemple, un tel être pouvait faire disparaître votre chagrin ou votre malchance.

Cette opération bien connue des saints de l'Inde et de nombreux sorciers et guérisseurs du monde entier peut être pratiquée de bien des façons. Le guérisseur utilise habituellement une mèche de cheveux, les excréments ou l'urine de la personne qui subit les effets des forces négatives à l'œuvre en elle ou au dehors. En Inde, de tels guérisseurs karmiques se servent souvent des choses que leur donnent leurs dévots. Shirdi Sai Baba, très grand saint de l'Inde, demandait à ses disciples des annas, petites pièces de monnaie valant moins d'un centime. Il les maniait au creux de sa paume et ne s'en débarrassait qu'après en avoir extrait l'état négatif du disciple qu'il absorbait. Il se déchargeait ensuite de cette énergie pernicieuse par d'autres techniques yogiques. Un autre célèbre gourou d'Inde demande des cigarettes à ses disciples et fume du matin au soir, tout au long de l'année, parfois trois ou quatre cigarettes à la fois. Maharajji, quant à lui, mangeait le karma et, dans ce domaine, ses capacités d'absorption semblaient illimitées. Une de ses disciples de longue date relate l'histoire suivante :

Un soir à Bhumiadar où Maharajji passait la nuit nous étions tous partis nous coucher à 10 heures et demie après avoir dîné. Sur le coup d'une heure du matin environ Maharajji se mit à crier qu'il avait faim et qu'il lui fallait du dal [lentilles] et des chapattis. Je me réveillai et lui rappelai qu'il avait déjà mangé. Mais il insista. Il lui fallait absolument du dal et des chapattis. Qui peut comprendre le mode de fonctionnement d'un être pareil ? J'ai donc réveillé Brahmachari Baba [le prêtre] qui a fait un feu et préparé à manger. Le repas fut prêt vers 2 heures du matin et nous vîmes Maharajji dévorer comme un affamé, après quoi nous retournâmes nous coucher. Le lendemain matin on apporta un télégramme vers 11 heures : un des vieux dévots de Maharajji était mort dans la plaine [à environ trois cents kilomètres] à 2 heures du matin. Après avoir pris connaissance du télégramme Maharajji fit le commentaire suivant : "Voilà pourquoi il me fallait du dal et des chapattis", ce qui excita notre curiosité car nous ne voyions pas le rapport. Nous insistâmes pour avoir des explications mais il ne voulut pas en dire davantage. Nous lui reposâmes la question deux ou trois jours d'affilée et il finit par nous dire : "Vous ne voyez pas ? Il [le défunt] avait envie de chapattis et de dal et je ne voulais pas qu'il emporte ce désir dans l'au-delà car ça aurait eu une incidence sur une future naissance."

Quand il se rendait chez les gens il lui arrivait de se présenter à la porte en faisant savoir qu'il avait très faim et de demander s'il pouvait manger. Chez des indigents où il pouvait ne pas y avoir de nourriture du tout, il se contentait de dire qu'il avait grand soif et de demander de l'eau.

À Lucknow Maharajji emmena des responsables des travaux publics en voiture et les conduisit dans le quartier le plus pauvre de la ville où la municipalité n'assure pas l'entretien des rues et ne s'occupe pas non plus de l'assainissement public. En passant devant une cahute il appela son occupant, un Musulman [en parlant de lui Maharajji disait : "le Mahométan"]. L'homme sortit de sa cabane et, après qu'ils se furent embrassés, Maharajji lui annonça :

"J'ai très faim.

– Mais Maharajji, je n'ai rien à manger.

– Ah, gredin ! Tu as caché deux rotis [pain plat] dans le toit ! ..."

Tout étonné que Maharajji fût au courant, l'homme alla chercher ses deux pains. Tout le monde venait de déjeuner mais Maharajji en engloutit un de bon appétit et tendit l'autre aux responsables municipaux parmi lesquels des brahmanes hindous qui n'auraient jamais accepté de nourriture préparée par un musulman. "Prenez ce prasad !" leur dit-il.

La dernière fois où Maharajji se rendit à Lucknow, il demanda à tous ceux et celles qui vinrent au temple et en avaient les moyens d'aller lui chercher des bonbons. Dès qu'ils revenaient avec les sucreries, Maharajji les distribuait. Ce jour-là il en donna aux uns et aux autres pour une valeur de mille cinq cents roupies. Un médecin en acheta pour mille roupies et le problème personnel qui le préoccupait fut résolu par la même occasion.

Entre 1939 et 1949, quand Maharajji se rendait dans une ville comme Nainital, toutes les femmes faisaient de la cuisine dans l'espoir de le voir venir manger chez elles. Ce n'est pas seulement qu'elles étaient serviables ; pour elles, nourrir un tel saint représentait une bénédiction. Et K. K. qui le suivait de l'aube à la nuit tombée le vit un jour engloutir vingt repas complets en vingt-quatre heures. Une autre personne affirme l'avoir vu avaler dix repas d'affilée. Si vous êtes allés en Inde et avez goûté l'accueil réservé aux invités que l'on traite comme Dieu en personne, vous serez plus à même d'apprécier la taille des portions qu'on vous sert ainsi que la persistance de vos hôtes à toujours vouloir remplir votre assiette. En Inde, un seul repas est plus que largement suffisant à un être humain normal.

Mais l'immense capacité d'absorption de Maharajji qui dépassait de loin les normes diététiques, participait bien sûr d'un autre ordre.

Un beau matin Maharajji déclara tout de go aux gens de l'ashram : "Vous ne me traitez pas comme il faut. Vous n'arrivez pas à me rassasier. Je vais aller trouver Ma. Elle me nourrira comme il faut." Et il partit pour l'ashram de Ma Ananda Mayi, grande sainte du nord de l'Inde. Pendant toute la durée du voyage il ne cessa de répéter : "Elle va me donner à manger. Je vais voir Ma. Elle saura me rassasier." À peine arrivé, il fit irruption dans la salle de darshan comme un enfant de cinq ans, sa couverture volant aux quatre vents. Ma Ananda Mayi y était assise et, l'entendant implorer – "Ma ! J'ai faim. Donne-moi à manger, Ma !" – elle éclata de rire. Elle lui fit apporter un gigantesque repas qu'ils distribuèrent tous les deux aux dévots présents dans la salle.

Maharajji nous enjoignit mainte et mainte fois de donner à manger à autrui. Il ne pensait pas à ses seuls dévots mais à tous ceux qui ont faim. Il avait coutume de dire : "Dieu vient aux affamés sous forme de nourriture." Et à ceux et celles qui faisaient la cuisine il affirmait : "Préparer à manger est un service divin. Les gens ont besoin de se nourrir pour rester en vie."

Il répétait qu'on devait servir sans discrimination les moindres créatures : "Tout est création. Servez tout le monde même si vous avez affaire à un dacoit [un voleur] ou à tout autre individu. S'il vient à vous et qu'il a faim donnez-lui à manger." Que de fois il nous disait : "Tout un chacun a le droit d'être nourri."

Ce que Maharajji accomplissait dans ce domaine ne pouvait manquer de nous inspirer. Non content de donner à manger à tous ceux qui venaient recevoir son darshan, il organisait constamment de grandes bhandaras [fêtes au cours desquelles on nourrit gratuitement des foules de gens]. Les gens se voyaient servir dès leur arrivée car Maharajji avait donné des consignes très strictes : "Un être qui souffre de la faim ne devrait pas attendre. Il faut absolument le nourrir sur le champ."

À ces grandes bhandaras où étaient souvent servies plus de mille personnes, de nombreux dévots rivalisaient d'ardeur pour aider à la préparation et à la distribution de la nourriture. On trouvait alors côte à côte juges et commerçants, enseignants et hommes politiques occupés à éplucher des pommes de terre, à remuer le contenu d'énormes marmites ou à servir l'halva [plat de céréale fait de froment et de beurre clarifié accompagné de sucreries] ou le riz à la louche. Les Kumbha Melas [grande fête religieuse qui a lieu tous les douze ans] étaient l'occasion de réjouissances encore plus impressionnantes. À l'occasion de ces melas se retrouvent des centaines de milliers de sadhu, de saints et de croyants venus de toute l'Inde afin de se baigner au confluent de trois fleuves – le Gange, la Yamuna et la Saraswati [cours d'eau sacré souterrain] – à un moment astrologiquement propice. On dirait une gigantesque foire spirituelle qui dure parfois plus d'un mois. Aux melas la tente de Maharajji servait habituellement entre 250 et 500 repas par jour pendant au moins un mois, ce qui représentait des montagnes de pommes de terre à éplucher !

À l'occasion de ces festivités Maharajji exigeait beaucoup de la part des dévots et beaucoup voyaient dans ces manifestations une école de discipline. Voici le témoignage de l'un d'entre eux :

À la mela on avait préparé du khichri [mélande de riz et de lentilles] mais la louche était si lourde que les dévots de service ne tardèrent pas à se fatiguer et se mirent à servir des portions congrues. En conséquence les mendiants devaient faire plusieurs fois la queue pour pouvoir être rassasiés, ce qui finit par exaspérer l'un des disciples de Maharajji. À cet instant précis celui-ci arriva de Chitrakut [lieu de pèlerinage des adorateurs de Ram]. Il se mit à hurler après tout le monde, criant à tue-tête qu'on ne pouvait pas donner à manger dans la colère et qu'on devrait servir chacun copieusement.

Un autre témoignage précise que les disciples n'étaient même pas remerciés de tous leurs efforts. Maharajji ne leur en savait jamais gré :

Vous pouviez travailler comme un forçat aux melas et aux bhandaras, Maharajji n'en disait pas moins : "À vous voir on dirait une bande de fainéants qui passe son temps à s'amuser. Vous êtes toujours en train de dormir."

Les gens avaient beau apporter continuellement de la nourriture que Maharajji distribuait aussitôt, les vivres venaient pourtant parfois à manquer tant la demande était forte. C'était à ces moments-là que l'œil attentif surprenait Maharajji en train de manifester un pouvoir connu sous le nom de "siddhi d'Annapurna". Annapurna est la déesse du blé et des céréales, l'aspect de la Mère Divine qui nourrit l'univers. Celui qui possède le siddhi [pouvoir surnaturel] d'Annapurna peut puiser continûment dans des réserves de nourriture sans jamais les entamer.

Un jour de fête, au temple, on distribua des bonbons qui sortaient de l'ordinaire. J'étais très jeune à l'époque et Maharajji me fit cadeau d'une petite coupe confectionnée à l'aide d'une feuille. Cette coupe, qu'il avait mise de côté spécialement pour moi, en était remplie. À peine me les avait-il offerts qu'il me dit : "Rends-moi ces bonbons." J'obtempérai car j'avais une confiance absolue en lui. Après avoir glissé la feuille roulée en forme de coupe sous sa couverture, il se mit à distribuer les bonbons. Je ne sais comment il s'est débrouillé mais il en a donné une poignée à chacun et il y avait au bas mot mille personnes ce jour-là. J'étais sidérée. Je ne comprenais pas comment il pouvait sortir autant de bonbons de la petite coupe que je lui avais donnée et, comme j'étais une enfant, je fourrai la main sous sa couverture et la retirai pour voir ce qui se passait. Sur ce Maharajji se tourna vers moi et m'annonça : "À présent, la séance de magie est terminée."

Un homme avait apporté quelques oranges qu'il avait mises dans un panier vide à côté de Maharajji. Celui-ci commença à distribuer les oranges aux personnes présentes dans la pièce avant d'en faire passer à d'autres qui se trouvaient ailleurs dans le temple. L'homme avait apporté huit oranges et Maharajji en distribua quarante-huit.

Nombreux furent ceux qui vinrent à la tente pendant la mela et Maharajji nous demanda de préparer du thé pour tous ces gens. Personne ne voulut annoncer à Maharajji qu'il n'y avait plus de lait. Quelqu'un finit par le lui signaler et Maharajji donna alors les instructions suivantes : "Allez remplir un récipient d'eau du Gange et couvrez-le d'un linge." Toute la journée, et le soir jusqu'à minuit, le thé coula à flot – sans parler du lait qu'on versait dedans.

Maharajji me fit asseoir à côté de lui pendant qu'il lançait le prasad à la ronde. Il mangeait de petits biscuits dans une assiette à dessert presque vide. Il se mit à me donner des biscuits qu'il prenait dans son assiette. Il continua jusqu'à en remplir mes mains que je ne pouvais pas séparer à cause de tout ce prasad. Peu avant qu'il me fasse venir près de lui j'avais été fâché de le voir distribuer l'offrande de cette façon et je m'étais dit : "On devrait donner le prasad et non pas la lancer." Il savait ce que je pensais, c'est la raison pour laquelle il m'avait appelé pour m'en remplir les mains.

Un jour Maharajji m'appela à Allahabad pour m'apprendre qu'il était parti à Vrindaban. Quand j'arrivai à l'ashram de Vrindaban, je trouvai peu de monde sur place. Une femme arriva pour le darshan chargée d'un sac rempli de pommes magnifiques. Vous n'avez pas idée de leur taille et elles avaient vraiment l'air succulentes. Maharajji commença à les distribuer et j'étais persuadé qu'il allait aussi m'en donner une. Mais non. Après en avoir offert quelques-unes aux autres dévots présents il rendit le reste à la femme qui n'avait pas l'air décidée à en donner davantage. Elle les remit au fond de son sac qu'elle ferma hermétiquement.

Quelques instants plus tard Maharajji traversa la cour, entra seul dans une pièce et s'assit sur le tucket qui s'y trouvait. Puis il m'appela et me demanda d'entrer, moi seul et personne d'autre. Je ne sais d'où elle sortait mais, après avoir baissé le bras le long de son corps et posé la main sur le tucket, il me tendit une pomme encore plus grosse et plus appétissante que celles que la femme lui avait données. Et puis il m'en tendit une autre. Je me demande d'où elles pouvaient bien sortir étant donné qu'il n'en avait gardé aucune par-devers lui. J'avais bien vu la femme remettre dans son sac toutes les pommes qui restaient !

J'accompagnais Maharajji d'Allahabad à Vrindaban et, dans la gare, avant de monter dans le train, j'aperçus les oranges les plus belles et les plus juteuses qu'on puisse imaginer. L'espace d'un instant je fus tenté de m'arrêter et d'en acheter quelques-unes, mais finalement je n'en fis rien. Une fois installé dans le compartiment quelque chose détourna mon attention une seconde et quand je posai à nouveau les yeux sur Maharajji je découvris à côté de lui un énorme panier d'oranges ! Je ne sais d'où elles venaient mais elles étaient de plus belle qualité que celles que j'avais vues à la gare.

Quand Maharajji me tendit une orange, je la mis dans ma poche de devant à droite sur ma poitrine. Quant à la seconde qu'il m'offrit, je la glissai dans la poche de gauche. Elles étaient tellement rebondies qu'on aurait dit que j'avais des seins ! Il m'en tendit une autre que j'enfilai dans une poche de mon pantalon, puis une quatrième que j'enfonçai dans l'autre poche. Et il continuait à m'en donner si bien que je dus me servir des pans de ma chemise, devant et derrière ! Il m'offrit tellement d'oranges que je pouvais à peine bouger ! Je me mis à distribuer ces fruits magnifiques autour de moi en disant aux gens : "C'est le meilleur prasad que je puisse proposer aujourd'hui." Au jour où je vous raconte cette histoire je ne sais toujours pas comment ces oranges sont apparues.

À la Kumbha Mela de 1966 Maharajji était assis sur les berges du Gange en compagnie de deux ou trois sadhu. Il nous demanda d'apporter beaucoup d'eau du fleuve dans un récipient. Après l'avoir tenu quelques instants il nous dit de la distribuer. C'était du lait.

Ce n'est qu'avec ses plus proches disciples que Maharajji manifestait ouvertement de tels pouvoirs. Sinon il les dissimulait souvent sous des mises en scène de couverture qui lui permettaient de faire croire qu'il n'était pour rien dans la multiplication de la nourriture.

Quand Maharajji fonda un temple dédié à Hanumân sur l'emplacement d'un ancien cimetière, une grande bhandara fut organisée afin de libérer les "esprits errants". Tard dans la nuit on s'aperçut qu'on avait épuisé les réserves de ghee [beurre clarifié]. Le responsable de l'intendance vint en avertir Maharajji en lui précisant que de nombreuses personnes continuaient à arriver. Comment allait-on pouvoir donner à manger à tout ce monde ? Maharajji répondit : "Va voir dans la réserve parmi les boîtes vides ! Tu en trouveras une pleine." L'homme savait pertinemment qu'il ne restait rien et que tout était vide étant donné qu'il venait de vérifier le contenu des boîtes qu'il avait comptées par la même occasion, mais il alla tout de même voir et, au beau milieu des boîtes en fer-blanc vides, il en découvrit une qui était pleine.

Pendant des années un homme joua un peu un rôle de domestique auprès de Maharajji. Il s'occupait de ses vêtements, l'aidait à se baigner, allait lui chercher de l'eau et ainsi de suite. Il s'acquittait de toutes sortes de tâches utiles et dormait à ses pieds afin d'être toujours disponible. Il avait pour habitude de jeûner le mardi, jour où il ne prenait que du lait. Un mardi Maharajji lui proposa de la nourriture mais il refusa en disant qu'il prendrait du lait. La journée se passa sans qu'il en boive une goutte.

En fin de soirée Maharajji lui demanda s'il avait mangé quelque chose ou bu du lait. Il répondit qu'il n'avait rien avalé de consistant parce qu'il jeûnait mais qu'il avait bien bu du lait. Maharajji s'exclama aussitôt : "Menteur ! Dis la vérité ! Personne ne t'a donné de lait !" Ses cris réveillèrent l'ashram. Après avoir interrogé le cuisinier, Maharajji apprit que personne n'avait pensé à lui donner son lait et, à l'heure qu'il était, il n'en restait plus. Maharajji se leva et rejoignit sa chambre. Il y fit entrer l'homme et lui demanda de fermer la porte à clé.

Maharajji lui demanda l'heure ; il était minuit passé. Il lui dit alors : "Tu n'as pas mangé de la journée. Il est plus de minuit. Peux-tu manger maintenant que nous sommes mercredi ?" L'homme répondit par l'affirmative. Maharajji glissa la main dans son dhoti [sorte de pagne dont on se ceint les reins] et en sortit cinq parathas [pains frits] et deux plats de légumes en disant : "C'est le prasad de Dieu, le prasad de Ram." L'homme s'apprêtait à sortir pour aller dîner dehors mais Maharajji l'arrêta et lui demanda de rester sur place. Quand il eut terminé, Maharajji fit apparaître une part de khir [pudding de riz sucré] que l'homme mangea également. Il voulut alors sortir pour aller chercher de l'eau mais Maharajji l'arrêta à nouveau : "Où vas-tu comme ça ? Tiens, voilà de l'eau." On en laissait toujours pour la nuit à côté du lit de Maharajji mais l'homme ne voulut pas boire dans son bol. Maharajji lui en versa donc le contenu dans la bouche avant de lui faire promettre de ne jamais raconter à personne ce qui s'était passé ce soir-là.

Ce camouflage s'accompagnait souvent d'un flot d'invectives à l'encontre des dévots qui se voyaient accusés de négligence et se mettaient à culpabiliser, pensant ne pas avoir entreposé la nourriture au bon endroit. Comme tout bon magicien il détournait ainsi l'attention mais se montrait ensuite très tendre envers ceux qu'il avait agonis d'ignominies, lesquels se rendaient compte alors que s'il les avait traités de tous les noms il ne les avait pas maltraités pour autant.

Alors que le ghee venait à manquer à Hanumân Ghar, Maharajji pria discrètement un dévot d'aller porter un seau rempli d'eau dans les bois. Ensuite, aussi directement qu'à l'habitude, il annonça à la cantonade : "Il faut que j'aille pisser", et il sortit. À son retour il était dans tous ses états. Il fonça droit sur un sadhu et l'enguirlanda comme il faut, lui reprochant de ne pas avoir assez bien surveillé le ravitaillement. Il cria que des voleurs allaient voler le ghee. "Tenez, ils en ont déjà emporté un bidon dans les bois." Et les dévots allèrent chercher le seau rempli de beurre clarifié.

Un disciple était occupé à servir des repas à Kainchi. On commençait à manquer de malpuas [puris sucrés] étant donné que la fête battait son plein depuis dix jours. Les nouveaux arrivants se virent servir des chapattis et du dal mais pas des malpuas. Ce fut alors le moment de servir soixante ou soixante-dix femmes venues de lointains villages qui ne s'étaient pas déplacées uniquement pour le darshan de Maharajji mais aussi parce qu'elles désiraient des malpuas. Maharajji demanda qu'on leur en donne. Quand un dévot lui apprit qu'il n'en restait plus, Maharajji s'acharna sur lui : "Espèce de voleur ! Il y avait plein de malpuas. Tu les as volées. Confisquez-lui ses clés. Je ne veux plus le voir dans le temple. Il ne faudra plus lui confier les clés de la réserve. Il a probablement caché les malpuas quelque part." Quand on alla vérifier dans la réserve on découvrit une quantité de malpuas. Ensuite Maharajji se montra plein d'amour et de tendresse envers le dévot qui avait subi sa vindicte.

Je me trouvais à Allahabad en compagnie de Maharajji à l'époque de la mela. Maharajji m'apprit qu'il y avait des ma de Nainital. "Allons les trouver à la mela !" me dit-il. Nous prîmes un taxi que Maharajji congédia dès notre arrivée. La nuit était tombée et des milliers et des milliers de gens étaient rassemblés à cet endroit. Maharajji m'envoya à la recherche de ces femmes avec un ami mais, comme nous redoutions de le perdre, nous nous contentâmes de jeter un coup d'œil rapide. Très vite de retour, nous déclarâmes que ces femmes étaient introuvables. Il annonça alors qu'il irait voir lui-même. Il n'eut qu'à inspecter deux tentes. Quand il pénétra dans la troisième, les ma qu'il cherchait terminaient une punja en son honneur. Dans l'espoir d'obtenir son darshan elles faisaient cette punja tous les jours depuis un mois. C'était le tout dernier jour. Elles avaient même réalisé un portrait de Maharajji.

Celui-ci pénétra sous la tente et demeura un instant debout au fond, puis il conduisit les ma chez un autre disciple et nous envoya chercher du lait et des sucreries. Nous étions alors étudiants et ne souhaitions pas dépenser tout notre argent. Nous tentâmes donc d'évaluer ce qu'une ma pouvait bien boire et revînmes avec une quantité insuffisante de lait et de bonbons, ce qui nous valut un bon sermon de Maharajji qui nous flanqua dehors. Nous restâmes assis sous la galerie, regrettant ce que nous avions fait. Plus tard il nous fit entrer dans sa chambre et nous demanda : "Pensez-vous que j'avais besoin de vous pour trouver des sucreries ?" La pièce était pleine de seaux remplis de bonbons et Maharajji nous en fit manger plus que notre content.

L'ancien responsable des établissements pénitentiaires de Lucknow, disciple très âgé et fort respecté, raconte ce qu'il a vécu avec Maharajji dans ce domaine. Ce témoignage est particulièrement intéressant car il montre que la foi de son épouse a été suffisamment forte pour permettre au siddhi d'Annapurna de Maharajji d'opérer à travers elle.

Il vous mettait dans votre tort ou dans une situation délicate, vous prenait au dépourvu et, ensuite, venait à votre secours. Un soir à Nainital nous étions rentrés à la maison pour le dîner après avoir passé la majeure partie de la journée en compagnie de Maharajji. Nous étions quatre et ma femme avait préparé juste de quoi manger pour la famille. Puis ma fille cadette entendit Maharajji passer devant chez nous – il venait du palais du gouverneur. Elle sortit immédiatement, apprit à Maharajji que nous habitions là et l'invita à entrer.

Je lui criai : "N'embête pas Maharajji. Nous avons passé une grande partie de la journée avec lui." Il me vint aussi à l'esprit que nous avions fort peu à manger.

Mais Maharajji ne l'entendait pas de cette oreille : "Non, il faut que j'aille chez vous" et il entra, suivi d'une vingtaine de personnes. Au bout de quelques minutes il me dit : "Ces gens ont faim. Donne-leur à manger." Je ne voulus pas dire non car je savais que c'était inutile et je me dirigeai donc vers la cuisine. Maharajji hurla : "Et dépêche-toi !" Arrivé dans la cuisine j'expliquai tout bas à mon épouse le dilemme dans lequel nous nous trouvions pris. Le petit fait-tout ne contenait des légumes que pour nous quatre et le marché, loin plus bas dans la ville, était déjà fini.

Ma femme qui avait davantage de foi que moi me dit : "Ne t'inquiète pas. Maharajji va s'occuper de tout. Tiens, prends le petit fait-tout [qu'elle avait fermé] et n'enlève pas le couvercle pour regarder à l'intérieur. Et voilà une louche. Tu n'as qu'à servir les gens et je vais faire les puris." Je suivis ses instructions à la lettre, sans regarder dans le fait-tout. Je savais qu'il allait se passer quelque chose d'extraordinaire.

Je servis à tout le monde une ou deux bonnes louchées en demandant à chaque fois : "En voulez-vous davantage ?" J'en redonnai à ceux qui le désiraient. Tous purent manger leur content de légumes et de puris.

Maharajji était radieux : "Tout le monde a bien mangé," disait-il. "Vous êtes tous rassasiés. C'est un vrai festin."

Plusieurs histoires relatives à "la première époque" de Maharajji ont filtré jusqu'à nous. Dans certains de ces récits il est difficile de faire la part de la réalité et de la fiction. En voici un délicieux exemple :

Les enfants du village menaient souvent paître leurs vaches et leurs chèvres sur les bords du lac. Un jour, ne voyant personne à la ronde, ils suspendirent les sacs contenant leurs déjeuners aux basses branches d'un arbre et partirent jouer. À leur retour ils constatèrent que leurs déjeuners avaient disparu et découvrirent Maharajji assis sous l'arbre, la mine fort réjouie. Il adressa un grand sourire aux enfants et, en échange de leurs repas, tira puris et laddhus [friandises particulièrement prisées d'Hanuman] de dessous son vêtement. Les enfants mangèrent à satiété.


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introduction | 1. ...les abeilles affluent | 2. darshan | 3. prendre du chai | 4. sous la couverture de maharajji | 5. la foi... pas la peur | 6. clé de l'esprit | à suivre...

4.  SOUS  LA  COUVERTURE  DE  MAHARAJJI  



E  rapport avec le Guru varie énormément d'un dévot à l'autre. Les livres saints affirment qu'aux yeux du disciple le Guru peut figurer le père, la mère, l'enfant, l'ami, le maître, l'amant, ou même Dieu. Et il était des disciples pour lesquels Maharajji jouait chacun de ces rôles.


Mais, mieux que le terme de Guru, le mot baba exprime ce que ses disciples indiens éprouvaient pour Maharajji. Baba peut signifier "grand-père" ou "aîné". C'est un terme de déférence à l'adresse d'un homme plus âgé ou d'un être spirituel. Les sadhu ou renonçants errants de l'Inde sont habituellement appelés babas, tout comme les vieux balayeurs qui travaillent sur la voie publique. De par son mélange de douceur et de familiarité, baba rend mieux compte de la nature des échanges entre Maharajji et ses dévots.

Pour certains il était avant tout comme le grand-père de la famille :

Il était bien le seul à pouvoir nous donner une affection si paternelle.

Pour d'autres leur baba était leur ami intime :

Quand vous aimez quelqu'un vous vous sentez parfaitement à l'aise avec lui. Vous abordez toutes les questions sans vous mettre martel en tête. C'est toujours ainsi que j'ai envisagé nos rapports.

Nous voyagions souvent ensemble et parlions de tout et de rien. Aucun sujet n'était tabou.

Beaucoup voyaient en lui un conseiller avisé :

J'arrivais, lui posais ma question et repartais aussitôt.

Pour certains ce n'était qu'un sadhu ordinaire, un saint homme comme on en rencontre souvent :

Ce n'était qu'un baba comme les autres. Il passait souvent et nous lui offrions quelques friandises ou un verre d'eau. Il s'asseyait sur un petit lit tout simple et nous étions bouffis d'orgueil parce qu'aujourd'hui "nous avions offert à manger à un baba."

Ma famille a toujours été en relation avec des saints comme Maharajji.

Mais nombreux étaient ceux qui le considéraient comme un ange gardien venu d'un autre monde :

En sa présence je me sentais toujours totalement protégé. Où que nous nous trouvions, rien ne pouvait m'arriver.

Maharajji nous prend à un endroit pour nous replacer dans un autre.

Toutes les fois que nous affrontons des épreuves et que nous rencontrons des difficultés nous pensons à lui. Et il ne manque jamais de nous venir en aide, directement ou en donnant à d'autres la force d'intervenir pour nous.

D'autres l'assimilaient à Dieu :

Celui qui reçoit son darshan, même de dos, est sauvé.

Maharajji est le havan [feu sacrificiel] qui accepte et brûle mon karma.

Il se situe au-delà de tout ce qu'on pourrait dire de lui.

Voyez-vous, il est Dieu. C'est bien sûr sa vraie nature.

Toutes ces catégories sont trop spécifiques. En vérité, pour la plupart des dévots il représentait tantôt l'une, tantôt l'autre de ces facettes, ou bien toutes à la fois. En fait il était tout simplement leur baba.

Peu importaient ses miracles. Une seule chose comptait pour moi : il était mon baba.

Une femme ne vit jamais en Maharajji un grand saint doté de pouvoirs. Il affirmait ne pas en avoir et elle le croyait. Pour elle c'était un homme pur et bon qui lui donnait amour, affection et paix intérieure. Son mari estimait que Maharajji était Dieu en personne. En sa présence tous les deux oubliaient leurs problèmes.

Je n'ai jamais eu peur de lui. Jamais. Si j'étais tendu et constamment sur mes gardes auprès de lui, ce n'est pas que je le craignais mais que je craignais pour lui. Si vous possédez un jardin d'agrément dont vous vous occupez, vous ne redoutez pas les fleurs mais le cheval ou la vache qui risquent de piétiner les massifs ou de manger les plantes, ou encore le jardinier qui pourrait oublier d'arroser. Ce qui me faisait peur, voyez-vous, c'est que quelqu'un, par insouciance ou manque d'attention, lui cause des ennuis, de la gêne ou de la souffrance ; comme votre mère si vous rentriez de l'école et qu'elle n'était pas là – elle s'inquiéterait de savoir qui vous donnerait à manger et s'occuperait de vous. Voilà exactement ce que j'éprouvais.

On retrouve la même diversité de vues parmi les Occidentaux. Même si un grand nombre d'entre nous entretenait des relations très intimes avec Maharajji, le terme plus formel de "Guru" qui désigne plus nettement un agent de libération spirituelle paraît plus approprié en ce qui nous concerne. Comme les maîtres représentaient une denrée rare dans notre culture nous avions tendance à davantage abonder dans le sens du mythe du Guru. Nous n'avions pas particulièrement besoin d'un grand-père ou d'un ami de plus. Nous étions en quête de Dieu ou, au moins, d'un intermédiaire divin. Et, pour la plupart, c'est ainsi que nous considérions Maharajji. Dans les commentaires suivants apparaissent quelques différences de points de vue sur cette question :

[Un disciple occidental s'adresse à un autre.] Je n'avais pas besoin d'être souvent avec lui. Mais c'était très bien que d'autres soient différents et éprouvent constamment le désir de se trouver à ses côtés. C'est une bonne chose que j'aie voyagé avec toi parce que tu constituais pour moi un parfait complément. Il fallait que tu te tiennes près de Maharajji, que tu restes assis à ses pieds et enregistres les plus menus détails, les moindres anecdotes. Et j'aimais vraiment beaucoup ça ; c'était vraiment magnifique – mais pour moi tout ça constituait une gêne, ça n'était pas du tout indispensable. Il me fallait simplement l'essence, la semence, le climat, l'ambiance.

Je me rappelle un jour où nous avions très bien mangé, comme d'habitude, et ensuite nous étions tous allés faire une sieste. Mais nous ressentions cette ambiance, cette présence de ce que les soufis appellent la baraka [bénédiction ou pouvoir spirituel]. À notre réveil nous étions désorientés, mais c'était merveilleux. Le vrai travail pour moi consistait surtout à ressentir cet état que je goûtais en arrivant après l'offrande du prasad et que je retrouvais après les moments de détente. C'est ainsi que j'ai fait l'expérience de la vraie baraka, de la bénédiction qui se manifestait.

Je pleurais tout le temps parce que Maharajji ne voulait pas me prendre dans ses bras et me mener ainsi à l'intérieur du temple pour me faire décoller et m'expédier en plein ciel. Après le premier contact avec lui, le désir d'être dans sa couverture, à l'intérieur, ne me lâchait pas ; j'en perdais presque la raison.

En conséquence j'essayais toujours de marchander, de trouver un moyen ou un autre d'arriver à mes fins et de faire en sorte qu'il me prenne comme je le souhaitais. Mais je me suis très vite rendu compte que c'était absolument impossible.

Pour moi les mots n'ont jamais joué un grand rôle. Le vrai Guru se trouve à l'intérieur. Et Maharajji était une manifestation visible dont j'avais besoin pour comprendre cette vérité.

À cause du désir intense que j'avais de lui et du sentiment d'être en présence de ma propre Mère divine et sacrée, j'avais toujours l'impression que Maharajji était comme ma Mère ; Maharajji jouait pour moi le rôle de la ma. Le rapport de Maharajji à Dieu était tout intérieur et subtil.

C'était tellement merveilleux d'être qui vous êtes – d'être vous-même. Le jeu était si infini, et l'ouverture du cœur si vaste.

La présentation des deux comportements suivants montre une différence d'un autre ordre.

Quand le disciple A se trouvait dans le temple on pouvait être sûr que de tous les Occidentaux il était le seul à avoir obtenu l'autorisation de rester auprès de Maharajji. L'ingénuité qu'il déployait pour demeurer à tout instant à côté de son maître ne connaissait pas de limites. Si Maharajji demandait aux gens de s'en aller, A était le dernier à partir. Il pouvait très bien alors faire le tour du bâtiment par derrière, cueillir une fleur dans un arbre au passage et réapparaître de l'autre côté comme s'il arrivait à l'instant. Quand d'autres se voyaient intimer l'ordre de vider les lieux il se cachait souvent de façon à ne pas avoir à subir l'arrêté d'expulsion. Ces manœuvres finirent par devenir un jeu auquel se prêtait Maharajji.

A était passé maître dans cet art de ne jamais quitter Maharajji. Il donnait l'impression d'être doté d'un flair hors du commun qui lui indiquait où se trouvait Maharajji à n'importe quel moment et il réussissait à se rendre à cet endroit dans l'espoir de le rencontrer. D'aucuns s'essayèrent à ce sport mais nul n'approcha jamais l'obstination de A ou son parfait égoïsme – tout dépend du point de vue que vous adoptiez. Certains étaient gênés par un sentiment de culpabilité ou n'osaient pas par égard pour les autres. Si vous lui faisiez part de telles considérations, A vous regardait de l'air ahuri de celui qui ne comprend vraiment pas de quoi vous voulez parler.

L'attitude du disciple B n'avait rien à voir. Si Maharajji nous envoyait aider à la cuisine, B continuait à éplucher les pommes de terre longtemps après que les autres s'étaient arrêtés pour retourner auprès du maître. Quand il avait pelé la dernière il en redemandait. Il avait fait des études de droit et travaillait comme attorney aux États-Unis, mais son dévouement et son humilité étaient si remarquables qu'il devint bientôt responsable des cuisines et des réserves. Il demeura cinq ans au temple où il se consacra entièrement au service d'autrui jusqu'au jour où il fut expulsé par le gouvernement. Pour lui il n'y avait pas de tâches trop ingrates. Son humilité était vraiment exempte de tout orgueil et il ne faisait jamais en sorte de se mettre en avant par son travail. Il donnait vraiment l'impression de mieux se rapprocher de Dieu par le service. On ne le voyait presque jamais auprès de Maharajji et les rares fois où on l'apercevait il ne venait que pour lui toucher les pieds et repartait aussitôt vaquer à ses occupations.

Des disciples comme A irritaient souvent les autres dévots parce qu'ils paraissaient monopoliser Maharajji, tandis que ceux qui ressemblaient à B faisaient naître chez autrui un sentiment de respect et même quelquefois de culpabilité. Et pourtant nous savions intuitivement que chacun à sa façon était un disciple exemplaire et Maharajji les appréciait énormément tous les deux.

Les réactions du maître étaient aussi diverses que les façons qu'avaient les uns et les autres de le considérer ou de se comporter vis-à-vis de lui. Il réagissait avec chacun ou chacune selon ce que la personne était capable d'absorber. Dans la nature infiniment changeante du comportement de Maharajji nous trouvions tous et toutes ce dont nous avions besoin. Étant donné qu'il ne se trouvait nulle part, il figurait un miroir qui renvoyait aux dévots l'image du baba ou du Guru qu'ils projetaient eux-mêmes. Souvent une seule et unique action lui suffisait à satisfaire simultanément les besoins disparates d'une douzaine de disciples.

Ces saints sont imprévisibles, exactement comme le ciel. L'esprit de Maharajji était d'une clarté totale. On aurait dit qu'il n'avait pas de pensée ; sinon celle que Bhagavan voulait bien lui envoyer. Elle arrivait telle un nuage et alors – oh ! là ! là ! – des actes stupéfiants s'ensuivaient ! Et puis elle repartait tout aussi mystérieusement qu'elle était venue. Son esprit était en permanence inoccupé.

Il s'adressait aux dévots selon la profondeur de la personne à qui il avait affaire, en s'adaptant à son stade et à son mode de dévotion.

Si vous étiez malin ou retors Maharajji vous ignorait, mais si vous étiez simple et ouvert il vous aidait.

Quand il appréciait quelqu'un, Maharajji le manifestait par le canal du cœur. Quand il ne voulait pas voir un visage il couvrait le sien d'un drap.

Maharajji ne se révélait pas à tout un chacun. Il fouillait l'âme des gens ; lorsque nous trouvions quelqu'un sympathique, lui voyait les motivations les plus secrètes de cette personne. À certains il se contentait de donner le prasad avant de les renvoyer.

Vous pouviez être disciple depuis vingt-cinq ans ou un nouveau venu qui débarquait tout juste, cela ne changeait rien à l'affaire. Tout le monde avait droit à la même considération. Il n'y avait pas de préférés et personne n'était indispensable.

Un beau jour un convoi de camions militaires s'arrêta devant le portail et des centaines de soldats se rangèrent à la queue leu leu devant lui. Maharajji se tenait assis et conversait avec un paysan. Soldats et officiers avançaient et, chacun leur tour, s'inclinaient, touchaient les pieds de Maharajji et le regardaient un instant avant de repartir. La plupart semblaient se satisfaire de ça. Mais de temps à autre avançait un homme qui avait l'air différent, donnait l'impression d'avoir peut-être un peu plus de lumière ou faisait l'effet de souffrir davantage. Dans ce cas-là j'étais particulièrement attentif. Alors Maharajji lui tapait sur la tête ou lui offrait une fleur ou bien encore interrompait sa conversation pour lui dire par exemple : "Ta mère va se tirer d'affaire", ou : "Tu ne devrais pas te battre avec tes supérieurs" ou bien : "Tu as vraiment beaucoup d'amour pour Dieu." Nous n'apercevions qu'une infime fraction de ce que voyait Maharajji.

Les militaires voulaient des images d'Hanumân [dieu protecteur de l'armée indienne] ainsi que des photos de Maharajji pour porter sur eux et se protéger en cas de guerre. Maharajji disait : "L'armée a des hommes qui sont bons, simples et croyants." Ce n'était pas comme si Maharajji "décidait" de faire ceci ou cela ; c'était plutôt la nature de la personne en quête qui faisait naître en lui, comme dans un miroir, telle ou telle réponse ou réaction en retour.
[R.D.]


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J'ai rencontré Maharajji pour la première fois à une mela. On m'avait demandé de venir à Chitrakut et ce qui m'a frappé d'emblée c'est qu'il était comme un miroir. Il y avait beaucoup de monde à Chitrakut et les gens parlaient de toutes ces choses qu'il faisait mais moi ça ne m'intéressait pas du tout. Pour moi l'important c'est qu'il était comme un miroir. Ensuite, quand on a rapporté mes propos à Maharajji, il a été très content d'apprendre que c'est ça que j'avais surtout remarqué.

J'abordais tous les sujets avec Maharajji. On parlait même de science et des hommes qui allaient sur la lune. C'était un vrai miroir ; rien de tout ça ne le passionnait le moins du monde. Mais il manifestait de l'intérêt et la fois d'après, quand vous repreniez le même sujet, il vous emboîtait le pas. Il disait souvent : "Je me souviens de tout."

Maharajji ne paraissait pas "décider" de la façon de réagir vis-à-vis de chacun de ses dévots et en fait conseillait aux autres de...

VOIR DIEU EN CHAQUE HOMME.
C'EST UNE TROMPERIE
DE PRENDRE COMME POINT DE DÉPART LES DIFFÉRENCES
ENTRE LES ÊTRES ET LE CARACTÈRE INDIVIDUEL DU KARMA.

[Ces citations et toutes celles qui sont imprimées ainsi en majuscules sont des paroles prononcées mot pour mot par Maharajji.]

Néanmoins quand on le lui demandait instamment il lui arrivait d'"expliquer" son comportement :

Un jour où je reprochais amèrement à Maharajji de donner des photos à des gens du monde qui ne s'intéressaient vraiment pas à lui il me fit cette réponse : "Tu ne me comprends pas. Si je dis à un homme qu'il est un grand bhakta [dévot, adorateur] je plante une graine. Et si quelqu'un a déjà en lui une graine qui pousse je n'ai plus besoin d'en planter une autre."

"Vous racontez à ces ivrognes, ces menteurs et ces dacoits qu'ils sont de vrais bhaktas. Mais en rentrant chez eux ils vont continuer comme si de rien n'était."

Maharajji me reprit : "Certains se rappelleront mes paroles et ça les incitera à développer cette qualité en eux. Si dix pour cent d'entre eux éprouvent le besoin de changer dans ce sens, c'est une excellente chose."

Un dévot lui demanda un jour : "Maharajji, pourquoi dites-vous à certains de faire quelque chose pour le leur reprocher ensuite ?"

"Si je leur demande de sauter d'une falaise, faut-il qu'ils le fassent ? Je leur dis simplement ce qui se passe dans leurs cerveaux."

Tout cela ressemblait fort à un jeu qui lui permettait de faire travailler les disciples à s'éveiller les uns les autres.

Quand les Indiens éprouvaient du ressentiment à l'égard des Occidentaux, Maharajji leur disait : "Ils sont très sincères et très purs, voilà pourquoi je les aime. Les Occidentaux me mettent à l'épreuve. Vous, les Indiens, vous avez tous une foi aveugle."

À propos des Occidentaux, Maharajji eut l'occasion de préciser : "Pour les Occidentaux le seul fait d'être en Inde représente une forme de renoncement. Ils ont renoncé à tant de choses pour venir ici. Une fois qu'ils croient ils croient sans restriction, de tout leur cœur et de toute leur âme ainsi que des enfants."

Non seulement ses réactions différaient d'une personne à l'autre mais elles changeaient aussi avec le temps pour chacun d'entre nous. On aurait dit qu'une rencontre avec Maharajji était toujours une première fois. Et si la même conversation revenait inlassablement, ce qui était souvent le cas, cela venait de ce que le disciple n'avait pas bougé d'un iota depuis la dernière entrevue. Mais à chaque fois qu'il ou elle tranchait le lien qui le ou la retenait coincé[e] dans une ornière, il ou elle découvrait alors un tout nouveau Maharajji.

L'une des méthodes préférées de Maharajji dans le traitement des disciples, surtout des dévots indiens, était le recours aux injures et aux insultes. Et, dans cet art, il était passé maître. La plupart des Occidentaux ne comprenaient pas suffisamment l'hindi pour goûter ses propos irrités et hauts en couleurs et la plupart des traducteurs jugeaient bon d'édulcorer son langage. Les Indiens s'étaient habitués à sa façon de parler et y voyaient en fait une façon à lui de leur manifester son affection.

Maharajji frappait toujours les gens qui lui étaient chers.

S'il vous traitait de tous les noms et vous accusait d'être vicieux et dépravé, vous saviez qu'il vous aimait.

Il injuriait souvent les gens, leur disait qu'ils dansaient nus, buvaient trop. Il les traitait de fauteurs de troubles, de voyous et de sherabis [poivrots].

Un membre de ma famille ne cessait de m'embêter mais je ne réagissais pas. Cette situation me préoccupait. J'allai en parler à Maharajji qui sut immédiatement que cet homme me faisait constamment des misères. Il me dit : "C'est excellent d'être maltraité, y compris d'un point de vue spirituel. On progresse si quelqu'un vous rend la vie infernale. Ne t'inquiète pas. Un jour viendra où cet homme viendra s'incliner devant toi."

Et c'est ce qui a fini par arriver. Un beau jour il est venu me dire : "J'ai commis beaucoup de fautes à ton égard ; je t'ai donné bien du tracas inutile..."

Maharajji ne se contentait pas de faire pleuvoir les insultes, il aimait aussi beaucoup taquiner et réprimander.

"Dada a son Dieu aujourd'hui : du thé et des cigarettes !" lançait souvent Maharajji à son fidèle disciple qui se contentait de rire.

Dada utilisait un coin de son propre dhoti pour essuyer la bouche de Maharajji. Quelqu'un critiqua Dada et lui expliqua qu'il ne devrait pas faire une chose pareille. Puis une femme apporta du lait. Maharajji en but et quelques gouttes restèrent accrochées à ses lèvres. Maharajji se tourna alors vers son fidèle dévot et lui demanda : "Pourquoi laisses-tu ça ?" avant de saisir lui-même le dhoti de Dada pour s'essuyer la bouche devant tout le monde.

Une femme évoqua en riant la familiarité qu'elle avait avec Maharajji. Elle raconta à quel point il aimait taquiner et faire marcher les gens. Dans cet esprit, elle décrivit sa façon de procéder avec les Américains et les Européens. Il les interrogeait parfois en présence d'un groupe important d'Indiens. Quand les Occidentaux répondaient à ses questions, Maharajji se tournait vers la femme et, après lui avoir fait un clin d'œil en catimini, commentait tout haut : "Regardez combien ces gens sont naïfs ; ils ne savent rien." Et les Occidentaux prenaient tout ce qu'il disait pour argent comptant, voyant de profondes vérités dans ses moindres paroles alors qu'il s'amusait de leur ingénuité.

Une famille vint recevoir le darshan de Maharajji. Ils lui avaient acheté une boîte de bonbons à Nainital et au cours du voyage à Kainchi ils commencèrent à se dire qu'ils aimeraient bien en goûter un ou deux, ce qu'ils firent. Après quoi ils arrangèrent le contenu de la boîte pour qu'on ne s'aperçoive de rien. Dès qu'ils lui tendirent leur offrande Maharajji eut un mouvement de recul et refusa même de toucher la boîte. "Prenez cette boîte, emmenez-la, elle est contaminée ! Jetez-moi ça ! C'est tout juste bon pour les chiens ! Et non, même les chiens ne doivent pas y toucher. Elle est polluée. À la poubelle !"

Un confiseur rempli de dévotion venait souvent voir Maharajji et apportait des friandises pour tout le monde à chacune de ses visites. Maharajji chantait ses louanges et le récompensait. Au bout d'un certain temps cet homme devint bouffi d'orgueil et imbu de lui-même. Un jour en particulier, après une assez longue absence, il apporta en prasad une petite boîte de bonbons deux fois plus petite que ce que les gens amenaient d'ordinaire, alors qu'il était confiseur. Maharajji le regarda d'un œil désapprobateur, vida les bonbons et tendit la petite boîte à un disciple tout près en lui disant : "Ne lui donnez pas une grande boîte de puris. Remplissez-en plutôt cette boîte minuscule !"

"Voudrais-tu boire cette eau ?" me demanda Maharajji. Cette eau impure provenait d'une source musulmane. Il savait que j'étais brahmane et ne voulais pas la boire et il ne me força jamais à aller à l'encontre de ma nature. Il disait souvent aux gens : "Offrez ça à S.", sachant pertinemment que je n'en prendrais pas, et se reprenait aussitôt : "Non, ne lui en proposez pas. Il n'en voudra pas."

J'étais allé en pèlerinage à Bombay où je logeais chez des particuliers. Le chef de famille devait boire un verre d'alcool tous les soirs pour ses problèmes cardiaques. Il m'en offrit et je finis par bel et bien me soûler au scotch. Plus tard, quand je revins auprès de Maharajji, il me parla d'un sadhu qui était parti aux États-Unis. Maharajji me demanda :

– Qu'est-ce qu'on lui donne à manger en Amérique ?

– Je ne sais pas, Maharajji. Mais ça doit être de la nourriture très pure.

– Ils lui donnent du lait, dit Maharajji.

– C'est excellent.

– Sais-tu ce qu'ils mettent dans le lait ?

– Non.

Il se pencha en avant et précisa avec beaucoup de précautions comme un conspirateur qui m'aurait confié un secret :

– De l'alcool !

– Non !

– Si !

– Oh non ! m'exclamai-je comme s'il venait d'évoquer la pire turpitude.

À quoi Maharajji repartit : "Oh ! si !" en me regardant d'un air entendu.

J'éclatai de rire. Il venait de me démasquer.
[R.D.]

L'un des merveilleux côtés de ces rapports entre le maître porté sur l'injure et la réprimande et, d'autre part, ses disciples, c'est que nombre d'entre eux ne craignaient pas de riposter. Et il avait l'air d'apprécier tout particulièrement ceux qui lui résistaient.

J'étais capable de lui parler sans prendre de gants parce que je le connaissais depuis l'âge de six ans et que je ne m'étais jamais posé la question de savoir comment je devrais m'adresser à lui ; je n'avais jamais le sentiment d'avoir affaire à quelqu'un de "grand" ou à un "aîné". Un jour par exemple où il me tirait le bout du nez je l'ai mis en garde : "Ne faites pas ça ! Ne me touchez le nez que si vous pouvez l'allonger ; sinon, laissez-le tranquille !"

Maharajji me dit : "Entendu, je ne vais plus y toucher. Mais je peux toujours te bénir sur le haut du crâne."

Je lui expliquai que tout ce qu'il me faisait devait être fait comme il fallait. Il me tapota donc la tête. Je m'adressais à lui sans ambages. C'est ce qui me manque à présent qu'il a quitté son corps.

J'ai vu Maharajji pour la dernière fois à Vrindaban. Nous étions partis de très bonne heure pour arriver juste avant midi mais il ne sortit de sa chambre qu'à trois heures de l'après-midi. Quand il finit par apparaître il se mit aussitôt à m'invectiver, à m'ordonner de m'en aller et à me dire qu'il ne voulait plus voir mon visage : "Jao !" ["Va-t-en !"]

Je lui répondis du tac au tac sur le même ton en lui demandant ce que je lui avais fait. J'avais voyagé toute la matinée et attendu toute la journée pour le voir, tout ça pour être accueilli comme un malpropre. "Non ! ripostai-je, je ne m'en irai pas !"

Il continua à pester contre moi et finit par appeler le chaukidar pour me mettre à la porte. Celui-ci arriva, les mains jointes, et s'adressa à moi poliment mais fermement. Je fulminai contre Maharajji : "Que cet homme ose me toucher ! J'aimerais bien savoir comment il va s'y prendre pour se débarrasser de moi ! Je ne partirai pas !"

Vous savez, Maharajji a fini par me demander d'approcher. Il m'a tapoté la tête en récitant quelques mantras, exactement comme lorsqu'il m'avait vu pour la première fois. Il me gratifia d'un sourire magnifique. Il m'assura que sa shakti [énergie spirituelle] ne me quitterait jamais et que maintenant je devais m'en aller. Mais à présent j'étais rempli de sa présence et je lui dis qu'il n'avait pas besoin de me demander de partir. Je m'en allai de mon plein gré parce que j'avais reçu son darshan.

Ma mère est une grande dévote de Maharajji et il lui est même arrivé de lui faire des reproches quand elle le jugeait opportun. Maharajji disait d'elle : "Elle peut se le permettre. Seuls ceux et celles qui ont le cœur pur peuvent faire des choses pareilles !" Mais parfois Maharajji la réprimandait et lui demandait pourquoi elle était venue : "Oh ! pourquoi es-tu venue ? Tu devrais rentrer chez toi. Tu es partie sans la permission de ton fils !"

Je n'ai jamais su qui était Maharajji. Un jour où je ne voulais pas partir, Maharajji m'a dit : "Tu m'as mangé la tête. Je t'en prie, va-t-en !" Maharajji m'insultait : "Va-t-en ! Je ne veux pas te parler." À quoi je répliquai : "Je ne partirai pas avant d'avoir fait mon travail."

Je ne voulais pas aller à Madras avec Maharajji. Il m'a demandé de l'accompagner mais je n'avais pas de vêtements. Quand il a annoncé qu'il partait j'ai dit que je me contenterais de l'accompagner à la gare pour lui souhaiter bon voyage. Je suis donc monté dans sa voiture parce que je souhaitais m'incliner devant lui pour le saluer avant son départ. Mais il n'a pas voulu m'adresser la parole ; il a tourné la tête et n'a même pas voulu me regarder. J'ai tardé à descendre et, après que le train a démarré, Maharajji a éclaté de rire. Il a donc fallu que je l'accompagne !

En ce temps-là Maharajji ne restait jamais bien longtemps au même endroit – rarement plus de deux ou trois jours –, je n'ai donc pu profiter de son darshan qu'en de rares occasions. Et puis j'ai quitté Kanpur pour Calcutta où, pendant vingt ans, mon travail m'a accaparé et je n'ai eu aucun rapport avec Maharajji. Quand je suis revenu à Kanpur je me suis inquiété de savoir où il se trouvait et je m'en voulais de ne pas avoir cherché à le revoir plus tôt. Pendant deux mois je n'ai plus pris de repas. Ma femme m'a demandé pourquoi j'étais fâché et ne voulais pas manger de céréales mais je ne lui ai jamais dit la raison. J'étais très en colère contre moi-même.

Un jour, à Allahabad, un homme me proposa de recevoir le darshan d'un grand saint. J'ignorais de quel saint il s'agissait et je fus conduit chez Dada. En me voyant Maharajji me dit : "Pourquoi ne prends-tu plus de repas depuis deux mois ?"

Je rétorquai : "Pourquoi ne m'avez-vous pas donné votre darshan ? Moi je suis peut-être fou, mais vous, vous êtes un saint – vous devriez être plus sensé." Je lui parlai aussi mal qu'un enfant.

Quelqu'un me demanda : "Tu vas te bagarrer avec Maharajji ?

– Oui, bien sûr. Pourquoi je ne me battrais pas avec lui ? Il est comme mon père et moi, comme son fils. Pourquoi ne pourrions-nous pas nous disputer ? Mêle-toi de tes oignons !"

Maharajji intervint : "Laisse-le tranquille. Ça fait très longtemps qu'il est mon disciple."

Les gens s'éloignèrent. Maharajji se tourna alors vers moi : "À présent rentre chez toi, me dit-il. Je passerai te voir demain matin et nous déjeunerons ensemble.

– Entendu, quand vous viendrez déjeuner chez moi je reprendrai à nouveau des céréales. Sinon je continuerai à ne pas en manger."

Maharajji répéta : "Je viendrai demain."

Mais je le repris : "Non Maharajji. Je n'ai pas confiance. Vous me dites de venir vous chercher demain matin mais vous ne serez peut-être plus là. Et alors qu'est-ce que je vais devenir ? Non, je ne m'en irai pas. Je vais dormir ici ce soir sous la véranda ou sur l'herbe.

– Non, tu ne peux pas dormir ici. Il n'y a pas de place pour toi.

– Peu importe, Maharajji, je me coucherai devant le portail sur la voie publique avec une ou deux briques comme traversin. Comme ça demain matin je serai sûr de ne pas vous manquer."

Maharajji me répéta que c'était impossible : "Oh ! non ! Tu peux compter sur moi. Je t'assure que je t'accompagnerai chez toi. Maintenant va-t-en !"

Maharajji insista et me donna sa parole. Puis il demanda à un dévot de me conduire chez moi en voiture. Cet homme me pria d'attendre une demi-heure. Je m'assis donc. Plusieurs personnes qui avaient entendu la discussion me mirent en garde : "Maharajji fait souvent des chèques sans provisions. Il se peut qu'il vienne mais vous pouvez très bien ne jamais le voir."

Je leur annonçai que je reviendrais le lendemain matin et que, si Maharajji ne m'accompagnait pas chez moi, je ferais le vœu de ne plus boire, ne serait-ce qu'une goutte d'eau, jusqu'à ce qu'il vienne effectivement à la maison.

Alors que je prononçais ces paroles, Maharajji sortit précipitamment : "Attends un instant. Je pars tout de suite avec toi."

Nous avons pris deux voitures et nous sommes arrivés chez moi vers onze heures du soir. Comme il n'y avait pas de nourriture fraîchement préparée, Maharajji prit un peu de tous les restes du dîner. Après quoi il me dit : "Maintenant que j'ai été servi, c'est ton tour. Recommence à manger des céréales et ne jeûne plus." Sur ce il s'en alla. C'est ainsi que Maharajji m'accorda sa bénédiction, laquelle n'a cessé de croître au fil des jours.

Les rapports entre Maharajji et les dévots faisaient souvent penser à des jeux d'enfants :

Maharajji m'implorait souvent comme un enfant gâté : "Oh ! Ma, je t'en prie, chante-moi un bhajan." Et il citait les paroles du chant qu'il voulait : "Un puits sans eau, une vache sans lait, un temple sans sa lampe, tel est un homme privé de bhajan."


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C'était le jour de Rakshabandhan où l'on attache des rubans de protection aux poignets de ses frères. J'en avais déjà acheté pour mes frères ainsi que pour Maharajji. J'avais laissé à la maison ceux que je destinais à mes frères mais j'avais mis celui que j'avais choisi pour Maharajji dans un porte-monnaie. Je n'avais jamais passé cette journée avec Maharajji et j'avais le plus grand désir de lui attacher le ruban au poignet, mais je n'osais le faire devant tant de monde. Quand nous fûmes tous les deux seuls il me laissa le lui mettre au poignet. À cet instant précis quelqu'un entra dans la pièce et Maharajji dit à la personne, d'une petite voix timide : "Mère est en train de m'attacher le Rakshabandhan."

Maharajji avait passé la matinée dans sa chambre à donner son darshan à une quantité de gens. Au bout de plusieurs heures, tel un père s'adressant à l'un de ses enfants, Dada lui glissa à l'oreille : "Allez, venez Maharajji. Vous avez passé toute la matinée sans sortir une seule fois pour aller uriner."

Maharajji ne se démonta pas et rejeta carrément la responsabilité sur Dada : "C'est de ta faute. Tu ne m'y as pas fait penser !"

Un jour Maharajji parut faire un grand effort pour prendre une mouche morte sur un bout de papier. Il finit par la tendre à Dada. Au moment où Dada allongeait le bras pour s'en saisir, la mouche s'envola et Maharajji n'était pas content : "Tous les efforts que ça m'a coûtés et tu l'as laissé partir !

– Baba, repartit Dada, elle était dans votre main, pas dans la mienne." Maharajji se contenta de rire.

En 1968, à Kainchi, Maharajji passait la plus grande partie de ses journées assis sur le lit de Dada. À ce propos il faisait remarquer : "Dada veille, donc moi aussi je ne dois pas aller me coucher." À trois heures du matin il alla frapper à la porte de Dada : "Tu me réveilles, donc aujourd'hui je viens te réveiller !

– Mais il est trois heures du matin, protesta Dada, et je vous réveille à cinq heures." Pour tout commentaire Maharajji éclata de rire et entra.

Un jour les mas vinrent prévenir Maharajji que son bain était prêt. "Allez-vous-en ! répondit-il. Je ne veux pas me baigner. Allez, viens, K. K., on part pour Vrindaban !"

Maharajji était alité. Il avait pris froid. Mme Soni, qui ne l'avait jamais vu malade comme ça, lui massa les pieds et lui fit remarquer : "Oh, Maharajji, vous avez les pieds glacés !

– Ah bon, Ma ?" Il était comme un petit enfant.

C'était un de ces soirs de nouvelle lune où il est recommandé de sortir la nuit quand on a des problèmes de santé. Donc, comme un adulte s'adressant à un petit enfant, elle lui demanda d'avancer jusqu'à la porte : "Regardez la nouvelle lune et vous vous porterez mieux.

– Tu crois, Ma ?" Arrivant à ses fins à force de cajoleries, elle l'aida à se lever et à atteindre la porte.

– Ma, je ne la vois pas.

– Tenez, là-bas !

– Où ça, Ma ? Et, au bout d'un moment : "Oh ça y est, je la vois !"

Elle lui dit alors : "À présent ça ira beaucoup mieux demain." Elle l'aida à se recoucher et, le lendemain, il se sentait effectivement mieux.

Une dévote n'avait jamais pris de photos de Maharajji car elle prêtait souvent son appareil à d'autres. Elle se trouva seule avec Maharajji un jour où elle avait son appareil avec elle et où il était chargé. Elle décida donc de tenter sa chance et de le prendre en photo.

"Il essaya de me faire marcher. Vous voyez ce que je veux dire – il prenait des poses, tournait la tête à droite, à gauche, en faisant semblant de méditer. C'était vraiment cocasse." Elle montra plusieurs portraits de Maharajji qu'elle prit ce jour-là et qui sont maintenant accrochés sur les murs de l'ashram.

Nous étions les seuls à pouvoir être avec lui en toute circonstance – pendant qu'il mangeait, prenait son bain ou allait aux latrines. Il était vraiment charmant ! Si espiègle et joyeux, on aurait dit parfois un vrai petit enfant. À certains moments il donnait l'impression d'être absolument incapable de se débrouiller tout seul.

Vêtu du treillis de camouflage avec lequel il chassait dans la jungle, un homme venait raconter ses exploits à Maharajji lorsque celui-ci se trouvait à Kainchi. Maharajji l'avait baptisé "Hunter", en anglais. L'homme avait un talent de conteur. Il décrivait remarquablement les traques, comment il lui fallait ramper sans se faire repérer en écartant lentement les hautes herbes devant lui.

Ce jour-là, le temps du récit, Maharajji donna l'impression d'être fasciné, pris sous le charme. Son visage reflétait toutes sortes d'émotions fluctuant au fil des péripéties. "Et puis soudain, s'exclama le chasseur, là devant moi se trouvait un tigre !"

À ces mots Maharajji fit un bon en arrière sur son tucket, exactement comme un enfant. Une histoire aussi passionnante le transportait de joie. Il jubilait.

Un jour où des Occidentaux venaient d'arriver, Maharajji se mit à pousser des hurlements de joie ainsi qu'un enfant comblé : "Les voilà ! Les voilà ! Ils sont venus me voir !"

OÙ AS-TU TROUVÉ ÇA ?
PERSONNE NE M'EN A DONNÉ.

C'est une longue histoire que celle des rapports de Maharajji avec les dacoit [voleurs].

Si quelqu'un possédait une pure étincelle, une braise spirituelle, Maharajji le remarquait aussitôt et s'empressait de l'attiser – sans se soucier du statut social de la personne. Il n'excusait pas le vol pour autant et pouvait même se montrer très dur s'il avait affaire à ce genre de délit. Il rencontrait les délinquants dans les prisons qu'il allait souvent visiter mais les trouvait aussi le long des routes, dans les caniveaux et dans le ruisseau. Du temps de ses jeunes années, quand il errait dans la jungle, les énormes fossés creusés en bas des routes pour contenir les pluies de mousson faisaient de bons abris pour passer la nuit. Et il y côtoyait des individus qui, d'une façon ou d'une autre, devenaient ses disciples.

Maharajji dormait souvent dans les caniveaux, comme les dacoit. Les voleurs s'y installaient après avoir écarté les toiles d'araignées et tout ce qui pouvait les gêner. Il existe un énorme fossé près de Mathura, sous un pont, où les voleurs attendent leurs victimes. Quand Maharajji allait y dormir, les dacoit lui demandaient : "Baba, va-t-on récolter de l'argent ce soir ? T'as intérêt à dire oui sinon on te tue !"

Maharajji explique que c'est pourquoi il connaît tous les malfaiteurs.

Les dacoit recevaient un enseignement gratuit à Nainital. Les enfants venaient voir Maharajji qui disait de leurs pères : "Ils ont parfois le cœur pur." Quelqu'un montra à Maharajji la photo d'un dacoit qui portait un collier de graines de rudraksha, des graines sacrées consacrées à Shiva. "Il était vraiment sincère, commenta Maharajji. Il commettait des actes répréhensibles mais il était pur quand il faisait ses dévotions."

Un policier se montrait particulièrement cruel envers un prisonnier avec lequel il traversait la ville. Maharajji le mit en garde : "Ne fais pas ça !"

Le policier agonit Maharajji d'injures mais celui-ci répliqua : "Tu devrais te montrer plus gentil. On ne sait jamais, tu pourrais te retrouver un jour dans la même situation."

Le policier fut arrêté le lendemain pour corruption et conduit en prison, enchaîné au vu et su de tous.

Maharajji visitait une prison à l'époque de Ram Lila [fête au cours de laquelle on donne tous les jours une représentation du Ramayana] et les détenus revêtus des costumes appropriés faisaient un récit mimé de l'épopée sacrée. Plein de morgue et d'arrogance, le directeur expliquait à Maharajji pourquoi ces hommes étaient incarcérés – et la peine que chacun devait purger – au moment même où ils donnaient leur spectacle. Le vieux père du directeur vint assister à la représentation et Maharajji lui demanda de faire arti [cérémonie de la lumière en l'honneur du Guru] devant le détenu qui jouait le rôle de Ram. Il lui fit même toucher ses pieds, ce qui eut pour effet de mortifier le directeur.

Une femme et sa sœur accompagnèrent Maharajji qui se rendait dans un centre de détention pour jeunes délinquants. Les détenus qui avaient construit une estrade pour Maharajji devaient se tenir à l'écart et ne pas l'approcher. Ils chantèrent des kirtan, les mains jointes. Maharajji donna de l'argent pour que le directeur distribue des bonbons à tout le monde tout en lui recommandant de ne pas révéler d'où provenait la somme. En quittant la prison ils virent des jeunes garçons enfermés dans des cellules.

L'une des deux femmes qui l'accompagnaient lui demanda : "Vous ne pouvez rien faire pour eux ?"

Maharajji était en larmes : "Tu veux prendre cette responsabilité ?"

Un jour Maharajji fut arrêté pour vagabondage et jeté en prison. À trois ou quatre reprises pendant la nuit il ouvrit la porte de sa cellule pourtant fermée à double tour afin d'aller uriner, au grand dam du geôlier. Le lendemain matin celui-ci raconta à son supérieur les tracas que lui avait causés Maharajji. Le supérieur en question se rendit compte qu'il avait affaire à un grand être. Il présenta ses excuses à Maharajji, le libéra après lui avoir donné à manger et devint un de ses plus fidèles dévots.

Maharajji employait fréquemment l'expression "prison centrale" pour parler de son corps ainsi que des ashrams. Il l'utilisait même avant que J. fût nommé directeur général de la prison centrale. Maharajji allait souvent voir un dévot anglo-indien détenu dans la prison centrale de Fateghar. Quand il rendait visite à J., Maharajji demandait à être traité comme les prisonniers et on lui servait la pitance du jour. Il commençait par manger avant d'aller voir les détenus. Certains d'entre eux, de toutes les conditions sociales, se considéraient même comme ses disciples.

À bord d'une Jeep, Dada et Gurudatt Sharma conduisaient Maharajji au temple de Bhumiadar. En arrivant ils surprirent plusieurs individus apparemment occupés à en forcer la porte, ce qui eut le don d'enchanter Maharajji. Il s'écria aussitôt : "Regardez ! Ils cherchent Hanumânji ! Allons voir ! Allons-y !"

Les dacoit détalèrent comme des lapins. Bondissant hors de la Jeep, Maharajji laissa tomber sa couverture et se lança à leurs trousses. Il courait comme un dératé. Dada et Gurudatt Sharma se gênaient en essayant de le suivre et, quand il le rattrapèrent, celui-ci revenait déjà vers eux. Il était heureux comme tout et riait à gorge déployée : "Dada, je les ai poursuivis. Je leur ai fichu la trouille ! Je criais si fort qu'ils en ont pissé dans leurs frocs. C'est bien, ce que j'ai fait. Hein Dada que c'est bien ?"

Un jour un inspecteur accusé de corruption, le responsable des Contributions indirectes et Maharajji se tenaient assis côte à côte. Celui-ci demanda à l'inspecteur : "Dis-moi, c'est vrai que tu acceptes des pots-de-vin ?"

L'homme se mit à trembler et éclata en sanglots. Maharajji demanda au responsable des Contributions : "Il va être mis à la porte et jeté en prison ?"

Le chef répondit : "Je ne sais pas."

Maharajji reprit : "S'il perd son poste, sa femme et ses enfants vont mourir."

L'homme fut acquitté. C'était une méthode qu'employait Maharajji avec des gens qui avaient commis des fautes. Il les faisait se confesser en public afin d'épurer leur conscience et essayait ensuite d'exciter la compassion des juges et de leur éviter des condamnations.

C'était une chaude nuit d'été. Maharajji était assis sur la pelouse de D. en compagnie de plusieurs disciples. Maharajji occupait l'unique fauteuil. Tous les représentants de la grande noblesse locale faisaient cercle autour de lui. Assis à l'écart, j'observais la scène. Alors apparurent deux hommes, l'un revêtu de l'habit traditionnel d'avocat et l'autre en simple dhoti. Après avoir tous deux effectué le pranam [prosternation indi quant que l'on se considère comme tout petit en présence du supérieur], ils s'assirent près de moi, mais Maharajji parlaient à ceux qui étaient installés et ignorait totalement les nouveaux venus. Ceux-ci étaient tous deux très impatients et l'avocat voulait s'en aller. Je les sentais très perturbés car pourquoi vouloir partir précipitamment quand on se trouve en présence d'un saint ? L'avocat pressait l'homme en blanc qui se leva et attira l'attention de Maharajji. Il annonça qu'il avait une requête.

– Je t'écoute, fit Maharajji.

– Mon ami [l'avocat] a de très gros ennuis.

Maharajji se tourna vers celui-ci : "Tu n'es pas vraiment avocat.

– C'est exact.

– Qu'est-ce qui t'amène ?"

Le faux avocat fut incapable de répondre mais son ami en blanc prit la parole : "Il a été mêlé à un crime."

– As-tu tué quelqu'un ? lui demanda Maharajji.

– Non.

– Ce n'est pas toi qui as arrangé le meurtre ?

– Si.

Maharajji donnait l'impression de visionner une diapositive disposée devant ses yeux.

– Quel mal t'avait-il fait ? N'était-ce pas un homme simple et honnête ?

– Si, mais il était un obstacle sur mon chemin."

Maharajji lui dit : "Il avait trois ou quatre enfants. C'est un crime abominable. Tu ne regrettes pas ?

– Si.

– Tu ne commettras plus jamais un crime pareil dans cette existence ?

– Non.

– À présent tu peux t'en aller", fit Maharajji.

L'homme au dhoti blanc demanda : "Sera-t-il acquitté ?"

Maharajji répondit : "Oui, il sera gracié."

Puis il se tourna vers le criminel : "Pense à la femme de la victime et à ses pauvres enfants. Qui va s'occuper d'eux ?" L'homme tremblait.

"Prends soin des enfants, continua Maharajji, aide-les et, plus tard, tu te rendras compte de ce que tu as fait." Le juge chargé de l'affaire avait déjà statué sur le cas et rédigé l'acte d'accusation, mais, tard dans la nuit, il se leva pour modifier sa décision et acquitter l'homme.

En l'absence de Maharajji un nombre important de sacs de ciment avaient disparu de l'ashram de Vrindaban. Dès son retour il fit venir le jardinier :

– Combien de sacs de ciment as-tu volés ?

– Non, Maharajji, je ne les ai pas pris.

– Dis-moi, poursuivit Maharajji, combien d'argent ça t'a rapporté ?

– Rien.

Maharajji se leva et frappa le jardinier si fort en plein visage qu'il s'écroula. Il le laissa par terre, étendu de tout son long, et s'éloigna. Au bout de cinq minutes il demanda de ses nouvelles : "Comment va-t-il à présent ? Faites-le venir."

Le jardinier réapparut devant Maharajji.

– Les as-tu volés ? Combien de roupies ?

Cette fois le jardinier avoua et reconnut avoir reçu 250 roupies pour le ciment.

Maharajji se tourna vers le disciple chargé de la comptabilité de l'ashram et lui dit : "Donne-lui 250 roupies supplémentaires" après quoi il ordonna au coupable de filer : "Allez, va-t-en !"

Le jardinier fut renvoyé. Un peu plus tard il revint voir Maharajji, lui toucha les pieds et l'implora de le réintégrer dans ses anciennes fonctions.

Maharajji lui dit : "Te voilà de retour ! Cette fois je vais t'expédier à la prison centrale."

L'homme fut envoyé au temple de Lucknow où le responsable était Mahotra, ancien directeur des établissements pénitentiaires.

Un policier et un dacoit rendaient tous deux visite à Maharajji. Ils lui massaient chacun une jambe. Maharajji s'adressa au dacoit :

– Ta tête est mise à prix et celui qui te livrera recevra une récompense, pas vrai ?

– Je ne sais pas, fit le dacoit.

Alors Maharajji se tourna vers le policier : "Est-ce que tu le reconnais ?"

Voilà le genre de jeu qu'il aimait à jouer.


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